jeudi 16 juillet 2015

Sorcières !, le livre des ombres de Julie Proust Tanguy


« Sorcière, sorcière, prends garde à ton derrière ! » Qui n'a jamais chuchoté ces mots interdits dans son enfance, dans l'excitation et la frayeur de voir apparaître une vieille bique toute voûtée avec des verrues plein la face et une pauvre dent solitaire toute moisie ? Je peux vous dire que j'ai essayé. Plein de fois. Mais bon, vous et moi, on sait que les sorcières, c'est un peu comme le père Noël. Ouais, je sais, c'est triste. Enfin, ça ne m'a jamais empêchée de rêver d'être une sorcière, alors, un bouquin rien que sur elles, pour leur rendre à la fois vérité et hommage, je ne pouvais que brûler (mouhahaha) d'envie de m'y plonger. Avouez, ça vous tente aussi, hein ? Allez, hop ! On enfile son chapeau pointu, on enfourche son balai et c'est parti pour faire la teuf au sabbat !

Avant de mettre les deux pieds dans le chaudron, laissez-moi être un brin superficielle et m'extasier devant la beauté de l'objet livre. Comme d'habitude chez les Moutons électriques qui façonnent toujours de superbes ouvrages, celui-ci vaut honnêtement son pesant d'or rien qu'avec son titre fluorescent qui pète aux yeux comme un sortilège sorti de Harry Potter, son cahier couleur de début d'ouvrage et l'iconographie extrêmement riche qui nourrit les pages d'intérieur (peintures, illustrations, schémas, photographies… il y  a de quoi satisfaire ses mirettes). Foi de Flora, vous en aurez pour votre argent.

Passons maintenant au plat de résistance (la vache, c'est que je suis bigrement bavarde !) ; le contenu de ce joli chaudron. Julie Proust Tanguy nous propose de nous initier à l'histoire des sorcières à travers les âges, mais surtout à l'évolution de la perception de ces pauvres bougresses au fil des siècles. Le tout de façon accessible, claire et didactique — et avec un poil de fantaisie. Si, comme moi, la prose universitaire obscure et barbante vous tétanise d'effroi, soyez rassurés, on se laisse ici porter par la plume de l'auteure sans effort. Et la passion de Julie Proust Tanguy est sacrément communicative !


Découpé en cinq parties, l'ouvrage nous offre tout d'abord un ticket pour l'Antiquité, d'où émergent les premières figures de sorcières sous les traits des guérisseuses, herboristes et sages-femmes, avant de sauter dans les âges obscurs du Moyen Âge, où il va falloir s'accrocher car la pauvre sorcière en voit de toutes les couleurs avec la misogynie croissante et sa nouvelle parenté avec le diable, apportées par le christianisme. Puis, contre toute attente, la Renaissance s'annonce comme la pire des périodes pour notre amie ensorceleuse. En effet, c'est à cette époque pourtant synonyme de progrès que les bûchers flamboient avec le plus d'ardeur et que l'Inquisition vient apporter ses joujoux de torture sympathiques. Cette partie évoque également le fameux et passionnant procès des sorcières de Salem, mais aussi l'apparition des sorcières dans les contes et dans la sphère de l'enfance, jusqu'à la naissance du vaudou, incarné par la grande prêtresse Marie Laveau de la Nouvelle-Orléans ! Place enfin au XIXe siècle, où la sorcière commence à se libérer et devient une figure romantique, avant de devenir une créature purement imaginaire mais bien plus sympathique, voire drôle et comique comme Ma Sorcière bien-aimée, aux XXe et XXIe siècles.

Avec une foultitude d'anecdotes surprenantes, bizarres et souvent très drôles — comme cette tactique pour empêcher la grêle de saccager les récoltes au Moyen Âge et qui obligeait quatre femmes à se coucher sur le dos pour faire peur aux démons en montrant leur vulve au ciel… mais bien sûr ! —, Julie Proust Tanguy nous dévoile ainsi le sort de ces femmes qui, pour seul crime, possédaient un savoir qui échappait aux hommes (notamment la médecine féminine) ou bien étaient trop sensuelles ou libérées pour les bonnes mœurs de l'époque. Franchement, les hommes et la religion ont fait de sacrés dégâts, et je plains ces pauvres filles qui se sont retrouvées sur le bûcher ou le gibet simplement parce qu'elles étaient des jeunes filles séduisantes ou des vieilles mémés un peu chelous. Je réclame vengeance ! Bref, pardon, je m'emporte un peu.

Julie Proust Tanguy maîtrise son sujet sur le bout des ongles, même si j'ai parfois trouvé qu'elle s'égarait un tantinet du sujet strict de la sorcière pour aller s'intéresser à d'autres créatures, comme les sirènes, ou à la place de la femme dans la société de façon plus générale. Mais quel que soit le sujet, Julie Proust Tanguy analyse les faits de façon passionnante, alors on en redemande ! Croix de bois, croix de fer. Si je mens, je vais en enfer !

Sorcières !, Julie Proust Tanguy.
Les Moutons électriques, collection la Bibliothèque des Miroirs, 2015, 248 pages.

5 commentaires:

  1. Tant d'enthousiasme fait grand plaisir : merci infiniment !

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    1. Tout le plaisir est pour moi ! Merci pour toutes ces découvertes !

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  2. La couverture accroche l’œil en tout cas !
    Les histoires de sorcières sont aussi mon péché mignon et un recueil aussi esthétique qui donne un compte-rendu, j’avoue que ça me tente ! Si je le trouve à mon prochain passage en libraire, je pense que je vais me laisser tenter :)

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    1. Elle claque, hein ? Quand on aime les sorcières, ce bouquin me semble assez indispensable, c'est une super petite bible, et y a plein de jolies photos (superficialité, bonjour) ! Laisse-toi tenter, je suis sûre que tu ne le regretteras pas. :)

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  3. Vraiment très tentant *_* Merci pour cette découverte qui rejoint illico presto ma liste d'envies :)

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