mercredi 10 juin 2015

Lucy in the Sky, Pete Fromm : diamant d'innocence


Lucy Diamond, quatorze ans, file à toute allure vers l’âge adulte. Prise entre l’urgence de vivre et la crainte de devoir abandonner ses manières de garçon manqué, Lucy se cherche et joue avec l’amour. Elle découvre par la même occasion que le mariage de ses parents n’est pas aussi solide qu’enfant, elle l’a cru. Son père, bûcheron, est toujours absent. Sa mère, encore jeune, rêve d’une autre vie. Et Lucy entre eux semble soudain un ciment bien fragile. Armée d’une solide dose de culot, elle s’apprête à sortir pour toujours de l’enfance et à décider qui elle est. Quitte à remettre en question l’équilibre de sa vie et à en faire voir de toutes les couleurs à ceux qui l’aiment. Dans un Montana balayé par les vents, c’est la peur au ventre et la joie au cœur que Lucy, pleine de vie, se lance à corps perdu dans des aventures inoubliables.


Lucy, I love you.

Cette chronique ne pourrait tenir qu'avec ces quatre mots. Simplement parce que Lucy in the Sky est brillant, que je l'aimerai et le chérirai jusqu'à la fin de mes jours. (Et nous vécûmes heureux et eûmes beaucoup d'enfants, Lucy et moi.) Mais bon, une chronique de quatre mots, c'est pas vraiment sérieux, on est d'accord. Alors, disséquons gentiment notre petite Lucy pour que je vous montre ce qu'elle a dans les tripes. Et vous allez voir, elle en a dans le ventre, la môme. Ce bouquin, je l'ai gentiment volé à mon cher et tendre, qui est un inconditionnel des éditions Gallmeister (vous devriez voir nos bibliothèques, je crois que l'équipe de Gallmeister pourrait venir bosser chez nous vu qu'on a quasiment tous leurs bouquins. Fin de la parenthèse), qui me faisait un peu baver d'envie en le lisant. Le titre, tout comme le résumé, m'avaient tapé dans l'œil, et je ne sais pas, je sentais que ce bouquin m'appelait. J'avais le feeling, vous savez. Alors, quand mon bien-aimé l'a terminé et qu'il m'a sommée de le lire, je ne me suis pas fait prier.

Direction Great Falls, Montana ! Les grandes plaines, la grande liberté, le grand rien. Et dans ce trou paumé coincé entre les montagnes et les missiles enterrés, où le chinook vous fouette le visage, vit Lucy Diamond, quatorze ans, avec sa mère. Parfois, son père bûcheron s'invite dans le tableau, débarquant à l'improviste avant de repartir aussitôt pour recouper des arbres dans le fin fond du Canada. Malgré leur drôle de vie, ses parents sont dingues l'un de l'autre, se roulent des galoches indécentes à chacune de leurs brèves retrouvailles. Ou du moins, c'est ce que Lucy croit, au début. Garçon manqué, plate comme une limande et le crâne tondu à la sauvage par son paternel, Lucy n'a rien de girly, c'est une baroudeuse qui n'a pas froid aux yeux, qui fait ses propres expériences et se trouve tirée bien malgré elle vers l'âge adulte. Vous savez, cette chose terrifiante. Peu à peu, son corps change, prend des formes, s'arrondit, attire les regards des garçons. Lucy échange ses premiers baisers, va un peu plus loin à chaque fois, jusqu'à sauter le grand pas avec son ami d'enfance, Kenny. Lucy n'est plus une petite fille, même si elle fait tout pour le rester, pour refuser ce passage à l'âge adulte et cette féminité qui s'impose à elle comme une sentence. En gros, Lucy est sacrément paumée et va s'embarquer dans de grosses conneries. L'apprentissage de la vie, les gars ! Et Dieu sait que ce passage se passe rarement sans casse.


Lucy, c'est un peu moi. C'est un peu l'auteur. Et c'est sûrement un peu vous. En lisant certaines de ses pensées, de ses répliques, en partageant ses doutes et ses espoirs, j'ai eu l'impression saisissante de me revoir, à quatorze printemps, perdue et tiraillée entre l'enfance si douillette qui s'éloigne peu à peu et ce monde d'adultes si attrayant et terrifiant à la fois. De temps en temps, je m'arrêtais et je me disais : « Putain, mais je l'ai pensé, ça ! » Honnêtement, qu'un auteur masculin avec une grosse moustache ait pu se glisser dans la tête bien perturbée d'une ado de quatorze balais avec autant d'acuité et de finesse… j'en reste bouche bée. Pour ne pas dire sur le cul (bon, bah voilà, je l'ai dit quand même). Franchement, Pete Fromm, je vous tire mon chapeau, parce que c'est magistral, tout simplement, et que vous m'avez touchée au plus profond de mes tripes. Même que je vous soupçonne d'avoir été une fille, parce que c'est époustouflant d'authenticité. Bref, Lucy, je l'ai aimée comme une folle, et je me suis tellement retrouvée dans son mal-être, son envie de s'échapper de son trou paumé (même si je donnerais tout ce que j'ai pour vivre aux States, mais bon, l'herbe est toujours plus verte chez le voisin), son déchirement entre la petite fille qu'elle délaisse peu à peu pour la femme qu'elle n'est pas prête à assumer. J'ai presque envie de vous ressortir cette bonne vieille chanson de Britney Spears qui a bercé mon adolescence, I'm Not A Girl, Not Yet A Woman, parce que c'est tout à fait ça. Qui aurait pu croire qu'il y avait un peu de Britney dans Pete Fromm ? Ha-ha, ça vous en bouche un coin, pas vrai ? Bref, je m'égare légèrement.
En fait, c'est rudement difficile de parler de Lucy in the Sky, parce que c'est un putain de roman, et c'est surtout un récit extrêmement dense, d'une incroyable richesse, et que je ne peux pas trop vous en dire sans dépuceler salement l'intrigue (et j'ai bien l'intention de préserver votre virginité, je suis une femme honorable, moi).

Bref. Lucy in the Sky est un roman d'apprentissage qui m'a collé une belle claque et m'a replongée dans ma propre adolescence, dans mes doutes, mes échecs, mes conneries et mes espoirs d'alors. À tel point que je n'avais pas trop envie de parler de ce bouquin, parce que c'est devenu une partie de moi, et que j'avais envie de garder cette expérience, ces personnages pour moi seule. C'est foutrement émouvant. Parfois triste, souvent drôle (nom de Dieu, ces dialogues !). Brutal et tendre à la fois. Sombre et lumineux. C'est Lucy. C'est la vie.
Lucy, je sais qu'elle restera très longtemps à mes côtés, qu'elle continuera de trottiner et de faire sa spirale supersonique dans ma tête, et que sa lumière continuera de rayonner en moi comme celle d'un diamant éternel.

Lucy in the Sky (As Cool As I Am), Pete Fromm.
Gallmeister, 2015, 392 pages.

22 commentaires:

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    1. Indéniablement ! Il va me rester en tête très longtemps...

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  2. Comment tu viens de me vendre du rêve femme... oO

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    1. Ma mission est accomplie en ce bas monde, alors, je peux mourir heureuse.

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  3. Moi je dis BANCO!
    Déjà que j'apprécie beaucoup aussi cette maison d'édition (même si je n'en ai que 2-3... c'est parce que je dois me retenir. Et le nouveau catalogue noir me fait bien de l'oeil aussi), mais en plus, tu l'as bien vendu ma chère Francine!!

    Rhhha je pense que je vais me ruer sur cet achat....

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    1. Moi je dis : dans mes bras Val ! Francine est bien ravie ! ;)
      Je trépigne d'impatience, je suis sûre que tu vas adorer Lucy !

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  4. Et bien dis donc.... Ton avis donne tellement envie que j'aurai envie d'aller DE SUITE chez le libraire pour me l'acheter et le lire ce soir. Mais bon, à cette heure-ci je ne pense pas trouver une librairie ouverte... M'enfin, si demain je le trouve... :) Parce que GRAND DIEU, tu m'as incroyablement donner envie de rencontrer Lucy.
    Une fois de plus, j'ai adoré lire ta chronique ! Très bien écrite.
    Merci pour cette belle découverte !

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    1. Aaaah, comme je suis contente ! Fonce vite chez un libraire aujourd'hui ! :) Tu verras, ce bouquin est brillant, tu vas le dévorer ! Je suis vraiment ravie de t'avoir donné envie de rencontrer Lucy !

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  5. Hello ! ^^
    L'histoire a l'air super ! ^^ J'ai beaucoup les romans de ce genre ! ^^
    En tout cas, merci pour cette belle découverte livresque ! ^^

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    1. Elle l'est ! Et si tu aimes les romans d'apprentissage de ce genre, n'hésite pas une seconde : fonce ! :)

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  6. Et bien je ne connaissais pas du tout (et je ne connais même pas cette maison d'éditions!! Ouh la la), mais avec une chronique comme celle-ci, ça donne vraiment envie de se jeter dessus (bon, faudrait que j'y pense la prochaine fois que je fais un tour en librairie)! Merci pour la découverte :)

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    1. Chouette, je suis ravie de t'avoir donné envie ! Gallmeister est vraiment une maison qui gagne à être connue, n'hésite pas à zieuter leur catalogue ! :) Tout le plaisir est pour moi, héhéhé.

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  7. Comme Christel, je ne connaissais même pas cette maison d'édition ! Mais, clairement... Tu viens de lui offrir un aller simple pour ma wish prioritaire, à ce petit bijou '_'

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    1. Oh mon Bouchon, les éditions Gallmeister gagnent vraiment à être connues, il faut que tu t'inities à leurs petits bijoux ! Tu ne le regretteras pas, promis-juré !

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  8. Ce roman me faisait déjà sacrément envie, pour son titre, sa couverture, mais j'avais peur que ce soit du récit initiatique que j'ai passé l'âge de lire... pourtant, via ton retour, je finis par me demander si ce n'est pas justement à notre âge qu'on est le plus en mesure d'apprécier ces tranches de vie si particulières de l'adolescence. Justement parce qu'on commence peut-être, enfin, à comprendre par quoi on est passé (ou pas...).
    A priori, je ne ferai plus d'achat de romans cette année, je me note celui-ci en wish-list pour l'an prochain.

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    1. Je ne peux que te le conseiller à 300%, Roanne (voire même essayer de le fourrer discretos dans la poche) ! Aucune inquiétude à avoir sur l'âge, mon copain l'a adoré et pourtant, il a bien passé l'âge de l'adolescence. Et c'est bien vrai, c'est sûrement avec du recul qu'on apprécie encore plus ce genre de récits.

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  9. Avec un tel titre de chronique, j'ai été obligée de mettre une voix VF d'Aladdin de Disney (pardon (mais déjà à la lecture du titre du livre, je chante, alors...)). Quelle chronique ! A chaque fois, je suis épatée pour l'enthousiasme que tu réussis à transmettre.

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    1. Je t'avoue que oui, je me suis inspirée d'Aladdin pour le titre (franchement, big highfive pour avoir capté la référence !), héhéhé. Je suis ton meilleur ami ! (Ah bah ça y est, moi aussi, j'ai les chansons dans la tête maintenant. Bravo, moi-même.)
      Merci Acr0 ! Je dois dire que c'est facile d'être enthousiaste à la lecture de Lucy, quel bouquin !

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  10. Bel article ! J'ai adoré ce bouquin, j'adore à peu près tout ce que fait Mr Gallmeister ( pour moi un des plus grands éditeurs du moment ) et je vous conseille vraiment de lire le précédent roman de Pete Fromm, "Comment tout a commencé", si ce n'est pas déjà fait ( mais pour avoir un peu regardé ce blog, je n'ai pas vu ce livre )
    Suis tombée ici via FB et la page Gallmeister

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  11. J'arrive sur ce blog via la page FB de Gallmeister. Oui, superbe roman, et Gallmeister est un grand éditeur, il est à l'origine de la plupart de mes plus belles lectures de ces dernières années. Je vous conseille de lire "Comment tout a commencé" de Pete Fromm, absolument bouleversant.

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    1. Merci pour vos commentaires, Lectrice en campagne ! Ne vous en faites pas, ils ont bien été pris en compte, c'est juste que je dois les valider avant qu'ils n'apparaissent sur le site (comme ça, je ne manque pas de répondre à chacun d'entre eux). C'est noté pour Comment tout a commencé, il m'attend déjà dans ma bibliothèque et je suis sûre de n'en faire qu'une bouchée, car on me l'a souvent conseillé.

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  12. Youhou ! J'ai lu en premier le compte-rendu de la rencontre, mais là tu as achevé de me convaincre sur ce titre. Je note, je note !

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