mardi 28 avril 2015

Inaccessible, Jessica Brody perdue en eaux troubles


Séra est retrouvée indemne dans les décombres d’un avion, sans aucun souvenir de sa vie passée. Zen, un inconnu, affirme être son petit ami et l’avoir sauvée d’un laboratoire secret. Dans un futur proche où même les souvenirs peuvent être manipulés, Séra doit-elle lui faire confiance ?


Quand j'ai lu le pitch d'Inaccessible, j'ai tout de suite pensé : « Oh ouais, ça a l'air cool ! » Vous savez, c'est ce genre de livres qui a le potentiel d'un bon blockbuster, un bouquin qui va vous en mettre plein la face et vous tenir en haleine jusqu'à la fin. Et effectivement, côté action et effets spéciaux, ça en jette. On ne s'ennuie pas, ça dépote sévère, et ça se dévore sans effort. Je dois avouer que le résumé m'a de suite intriguée : cette jeune fille retrouvée en plein océan, seule survivante d'un crash d'avion et qui souffre d'amnésie, un vilain complot qui se dessine en contrejour, et une p'tite romance pour pimenter le tout… Rien de révolutionnaire, on est d'accord, mais de quoi passer un sacré bon moment ! Pour finir, la couverture me tapait dans l'œil, avec cette forme géométrique énigmatique qui m'intriguait bigrement (parce que voyez-vous, ce machin avait forcément une signification… Mais laquelle donc ?! Hahaha, moi je sais, mais mystère !). Mais alors que tous les ingrédients étaient réunis pour former une histoire qui promettait d'aller à 200 à l'heure, les rouages de la machine se sont grippés. Jusqu'à coincer sévère. Pour à la fin se crasher totalement. Et j'étais moi aussi au milieu des débris, seule survivante.

Mais laissez-moi vous arrêter tout de suite : Inaccessible n'a rien d'un mauvais livre, c'est un honnête young adult qui nous tient en haleine et offre un bon divertissement. Toutefois, l'expérience s'arrête là. Et j'en attendais tellement plus. J'étais à fond dès le début, je brûlais de savoir pourquoi Séra se retrouvait en mode Robinson Crusoé après ce crash d'avion. Les premiers mots nous cognent comme des coups de poing. J'étais accrochée. Tout de suite, on sent que Séra n'est pas une jeune fille comme les autres. Elle est spéciale. Trop belle, trop parfaite, trop étrange avec ses yeux violets et son tatouage rectiligne sur le poignet… et les étonnants dons qu'elle manifeste ajoutent une touche de mystère à cette personnalité énigmatique à souhait. Quant à ce jeune homme qui ne cesse de surgir dans sa vie, c'est une véritable bouffée d'air frais. Alors que Séra reste très statique, Zen est le véritable moteur du récit, et sa dévotion m'a attendrie. Car même si ses souvenirs lui échappent, Séra sent que quelque chose la lie à ce jeune homme, un lien inaltérable, inscrit au plus profond de sa chair. J'ai adoré cette facette de leur relation, ce lien qui ne peut être rompu. Et chose surprenante, la romance ne prend pas toute la place dans ce récit, ce que j'ai rudement apprécié.


Mais alors que je m'attendais à m'en prendre plein la tronche pendant ces presque 450 pages, mon enthousiasme a vite dégringolé en flèche. Parce que c'est long à démarrer, que diable ! OK, le début nous colle un petit uppercut mais il faut ensuite attendre la moitié du roman pour que la donzelle se décide enfin à prendre son courage à deux mains et chercher les réponses qui la démangent. Ainsi, pendant la première moitié, on se retrouve en tête-à-tête avec une héroïne qui ne fait rien à part se demander qui elle est mais qui ferme les yeux dès qu'elle peut entrevoir la réponse. Au bout de 200 pages, ça devient vite barbant, on a envie qu'elle bouge son petit popotin et fissa ! Il y a donc eu un moment où je n'ai plus eu envie de la suivre, de la planter là, seule dans sa merde (désolée Séra, c'est la vérité). Heureusement, certains personnages secondaires viennent rehausser la fadeur de l'héroïne, notamment le jeune Cody, avec ses sorties piquantes à souhait, et Rio, nimbé de mystères mais qui m'a beaucoup émue, bien qu'il soit trop peu présent.

Les réponses sont donc trèèèès longues à venir, il faut s'accrocher ! Et finalement, même si certaines m'ont réellement surprise et séduite, d'autres m'ont laissée de marbre. On a droit à certains clichés vus et revus, notamment celui du complexe industriel tout-puissant et de son directeur dévoré par le pouvoir et l'argent qui nous fait son petit monologue d'explication à la fin (aaaargh, que c'est facile !). C'est convenu et tout vu d'avance, et c'est bien dommage car certains twists de l'histoire nous prennent vraiment à revers ! J'ai notamment beaucoup aimé la présence de l'un de sonnets de Shakespeare, qui unit Séra et Zen à travers le temps et l'espace… C'est aussi poétique qu'inattendu et c'est une vraie bouffée de fraîcheur dans cette intrigue qui manque de panache et d'originalité.

Enfin, le dernier élément qui m'a vraiment fait décrocher et enrager comme un putois, c'est le manque de soin apporté au texte. C'est peut-être du young adult, mais est-ce que c'est une raison pour bâcler le travail éditorial ? Je n'avais jamais vu autant de coquilles dans un livre, et j'ai dû en repérer une cinquantaine au total. Entre les mots qui manquent, ceux en trop, les coquilles d'inattention et les fautes de français, j'ai passé mon temps à grogner et ça m'a sacrément refroidie dans mon élan.

Bon, vous l'aurez compris, entre Inaccessible et moi, ça n'a pas été un coup de foudre. Et j'en suis toute déçue parce que le pitch me promettait un bon divertissement. Inaccessible a ainsi les défauts d'un premier tome introductif : trop long à démarrer, une héroïne qui ne sait pas ce qu'elle veut ni où elle va (ni même d'où elle vient), et une intrigue qui cède à la facilité côté résolutions (vive les monologues de personnages omniscients). Espérons que les défauts de ce premier opus seront gommés dans les tomes suivants et que le potentiel de cet univers sera pleinement exploité, car l'univers façonné par Jessica Brody est loin d'être inintéressant. Mais il faut aller plus loin.

Inaccessible (T. 1), Jessica Brody.
Au diable vauvert, 2015, 448 pages.

8 commentaires:

  1. Effectivement, une cinquantaine de coquilles cela fait beaucoup! J'aurai décroché aussi, c'est dommage.

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    1. Voui, je pense qu'ils ont dû avoir des délais très serrés pour le soigner aux petits oignons, mais ça fait vraiment bâclé, du coup... Bien dommage !

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  2. Je suis très difficile concernant le young adult (même si j'en lis pas mal) et les défauts que tu as relevés me font assez peur :')

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    1. Oui, je comprends, je dois dire que ce n'est pas un premier tome que je recommanderais forcément... Tu l'as dans ta PAL ? Tu penses quand même tenter, du coup ? :)

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  3. Ce qui me "dérange" le plus dans les points négatifs que tu soulèves, c'est ce que tu dis par rapport aux nombres de fautes... C'est vraiment dommage, une ou deux fautes, ok, une cinquantaine, c'est autre chose... Sinon le pitch a l'air sympa, à part le début trop lent (et 200 pages pour débuter, c'est beaucoup quand même). Ceci dit, tu m'intéresses avec le sonnet de Shakespeare; pour les avoir étudier longuement à la fac, ça pourrait me plaire ce côté-là haha.

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    1. Oui, je t'avoue que finalement, c'est ce qui m'a le plus énervée, parce que 2 ou 3 coquilles, ça passe, mais là, c'était à chaque chapitre quoi !
      Mais j'avoue que l'incursion du sonnet de Shakespeare est pas mal, j'ai bien aimé cet aspect ! ;)

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  4. Ben moi j'ai commencé comme toi, super motivée. Puis peu à peu, comme toi j'ai déchanté parce que pétard !! c'est long... j'ai envisagé de stopper ma lecture mais je voulais quand même les réponses (c'est qu'il rend curieux ce roman). Du coup j'ai tout lu en croix, en sautant des passages, j'ai surtout lu les dialogues pour connaître l'histoire ^^ Le pire c'est qu'en le survolant en 1h, ben j'ai tout compris xD Pas bon signe du tout pour le roman...

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    1. "Pétard" ? ^^ Héhéhé !
      Je suis rassurée de voir que tu as trouvé ça long aussi, pfiouuuu ! Mais c'est vrai qu'on a super envie de savoir, Jessica Brody réussit bien son coup à ce niveau. Hahaha, j'ai passé bien plus d'une heure sur le roman... j'aurais peut-être dû adopter ta technique ! :D

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