samedi 28 février 2015

Love Letters to the Dead, Ava Dellaira envoie des mots au ciel


Tout a commencé par une lettre.

Une simple rédaction demandée par un prof : écrire à un disparu. Laurel a choisi Kurt Cobain, parce que sa grande sœur May l’adorait. Et qu’il est mort jeune, comme May. Si elle ne rend jamais son devoir, très vite, le carnet de Laurel se remplit de lettres à Amy Winehouse, Heath Ledger… À ces confidents inattendus, elle raconte sa première année de lycée, sa famille décomposée, ses nouveaux amis, son premier amour. Mais avant d’écrire à la seule disparue qui lui tient vraiment à cœur, Laurel devra se confronter au secret qui la tourmente, et faire face à ce qui s’est vraiment passé la nuit où May est décédée.


Je remercie les éditions Michel Lafon de m'avoir permis de découvrir ce livre.

Comme une étoile brillant au firmament, Love Letters to the Dead m'attirait de par sa lumière et son aura mystérieuse, décalée, singulière. Je dois avouer que c'est sa couverture qui m'a sérieusement tapé dans l'œil, car j'ai eu un véritable coup de foudre pour ce ciel de toute beauté, entre le crépuscule et l'infini de l'univers. Le titre n'a fait ensuite qu'aiguiser mon intérêt ; des lettres d'amour aux morts ? Voilà qui était original. Et sacrément intrigant, en plus d'être poétique à souhait. Sur la couverture, les mots élogieux de Stephen Chbosky et d'Emma Watson — excusez du peu — ont quant à eux fini de me convaincre. Honnêtement, je n'en avais pas besoin de plus. Cet ouvrage renfermait la promesse d'un univers, une promesse de grandeur et de solitude, de beauté à l'état pur.

L'idée à l'origine de Love Letters to the Dead est brillante, tout simplement, et elle m'a séduite avant même que mes yeux ne se posent sur les premiers mots de Laurel. Dévastée par la mort de sa sœur aînée, May, la jeune adolescente doit apprendre à vivre seule au sein d'une famille déchirée. Alors qu'elle commence l'année dans un nouveau lycée, loin de son ancien quotidien et de ses vieux souvenirs, sa prof d'Anglais lui demande de rédiger une lettre à un disparu. Mais Laurel ne peut pas écrire à May, la plaie est encore béante. Alors, elle écrit à Kurt Cobain. Puis à Judy Garland. Jim Morrison. Janis Joplin. River Phoenix. Amy Winehouse. Heath Ledger… Jusqu'à remplir son carnet de mots griffonnés à ces gens bourrés de talents mais que la vie a prélevés trop tôt. J'ai tout de suite adhéré à cette idée, pleine d'émotion et de poésie (certes, un poil morbide), de s'adresser aux morts, de leur parler comme s'ils pouvaient l'entendre. D'autant plus qu'on en apprend plus sur ces artistes morts prématurément, et c'est avec beaucoup de curiosité que j'ai observé leur passé à travers les yeux de Laurel, tantôt triste de constater que ces gens se sont éteints à jamais, tantôt énervée qu'ils n'aient rien fait pour l'empêcher.


Malheureusement, j'ai été gênée par l'ombre de Stephen Chbosky et du Monde de Charlie, qui plane sur l'univers et l'atmosphère façonnés par Ava Dellaira. Chbosky étant cité en premier dans les remerciements de l'auteure, son empreinte n'est donc pas une surprise, et le choix de l'épistolaire apparaît alors évident, les « Ton ami, Charlie » se trouvant ici remplacés par « Amitiés, Laurel ». Le hic est que Laurel est loin de m'avoir touchée comme le Charlie de Chbosky a pu le faire. Si j'avais eu un véritable coup de cœur pour le jeune garçon, j'ai eu l'impression avec cette Laurel qui se sent « ordinairement bizarre » et qui se demande ce qui ne tourne pas rond chez elle de retrouver un Charlie au féminin, mais sans la profondeur de ce dernier. Comme Charlie, c'est donc dans ces lettres qui restent éternellement sans réponses que Laurel va trouver le réconfort, ou du moins, un exutoire salutaire. Car, dès ses premières missives aux étoiles mortes, on ne peut ignorer la culpabilité qui la ronge de l'intérieur, et l'on pressent qu'une chose terrible est arrivée dans le passé, quelque chose qui a brisé Laurel et sa sœur. Car May a beau sembler parfaite et heureuse, quelque chose cloche, et l'on se rend compte que la réalité était peut-être bien plus sale que le parfait tableau qu'elle voulait bien laisser voir à sa petite sœur. Et là encore, on retrouve l'influence omniprésente du Monde de Charlie, ce qui m'a réellement déçue.

Ainsi, j'ai eu l'impression de parcourir les mots de Laurel avec une certaine distance, comme si cette glace qui semble séparer la jeune fille du monde qui l'entoure faisait obstacle à l'émotion que j'aurais aimé ressentir. À l'instar de mon ressenti dans Si je reste de Gayle Forman, j'ai donc traversé cette histoire comme à travers un brouillard épais, sans pouvoir m'identifier à l'héroïne et entrer en empathie avec elle. Et c'est certainement de cette retenue que vient ma pointe de déception, car je ressors de cette lecture avec la sensation que les mots d'Ava Dellaira ont glissé sur moi sans réussir à m'atteindre. Pourtant, l'histoire ne m'a pas laissée totalement insensible, et j'ai été touchée par la relation de Laurel avec May, les souvenirs de leur passé, de ces nuits où Laurel espérait apercevoir les ailes de fée de sa sœur, mais aussi ces moments où elle tente de se fondre dans le fantôme de May, ne sachant pas qui elle est réellement et voulant à tout prix ressembler à sa sœur, devenir sa sœur. Finalement, ce sont les personnages secondaires qui m'ont le plus attendrie, à commencer par le père de Laurel, brisé mais qui tente de sauver la face, ainsi que Natalie et Hannah, dont la relation est aussi belle que déchirante.

Love Letters to the Dead n'est donc pas l'étoile scintillante que j'espérais, car je m'attendais à trouver une œuvre brillante d'originalité, et j'ai été déçue de retrouver au fil des pages l'influence pesante du Monde de Charlie de Chbosky. Néanmoins, Ava Dellaira narre une histoire touchante et emplie de poésie sur la difficulté à surmonter le deuil et à s'accepter soi-même pour ce que l'on est. Une jolie lueur, donc, mais qui n'a pas l'éclat tant espéré. Comme une étoile avortée.

Love Letters to the Dead, Ava Dellaira.
Michel Lafon, 2014, 320 pages.

13 commentaires:

  1. J'ai ressenti la même chose. C'est une histoire touchante, qui ne m'a pas laissée indifférente, mais les mots de l'auteure ne m'ont pas touchée plus que ça.
    Puis par ma part, j'ai vraiment trouvé Laurel transparente... et quel dommage quand c'est elle qui doit nous émouvoir.
    Je te souhaite une meilleure lecture après celle-ci :) Et franchement, j'adore lire tes chroniques. Tu as une si belle plume ♥

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    1. Voui, je me suis beaucoup reconnue dans ton ressenti, et pendant ma lecture, j'ai souvent pensé à toi et à ta chronique... Je suis bien d'accord sur Laurel, c'est vraiment dommage qu'elle ne parvienne pas à nous transmettre plus d'émotions, car tout repose sur elle.
      J'espère aussi enchaîner avec une meilleure lecture car j'ai enchaîné deux déceptions, et c'est un peu décourageant. Merciii, ton petit compliment me file le rouge aux joues, t'es adorable ! ♥

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  2. Je l'ai dans ma pile à lire, moi aussi séduite par la couverture et le pitch.
    Par chance, ne connaissant pas du tout Charlie, je n'aurai pas matière à comparaison... du coup, si je le lis prochainement (je ne sais pas quand, et ce "prochainement" peut durer des semaines, des mois... mes projets d'écriture me bouffent en ce moment), je pourrai faire un retour sans l'ombre de Charlie derrière.

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    1. Ah, en effet, je pense que tu pourras beaucoup plus apprécier LLTTD en étant "vierge" du Monde de Charlie. Je suis très curieuse de connaître ton avis, du coup, car il est vrai que la ressemblance avec le bouquin de Chbosky m'a vraiment gênée et j'aurais sûrement plus apprécié l'histoire de Dellaira en n'ayant pas lu le premier !

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  3. Oh c'est dommage que tu n'es pas plus aimé que ça. Je ne l'ai pas encore lu à cause de mes appréhensions sur la ressemblance avec Le monde de Charlie mais je trouve ça triste qu'il est suscité autant d'avis positifs avant et au début de sa sortie et beaucoup plus de mitigé après la première vague :(

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    1. Oui, je suis toute déçue aussi... car je m'attendais vraiment à adorer ! C'est vrai qu'au début, LLTTD a fait l'effet d'une bombe sur la blogosphère pour retomber ensuite, c'est assez curieux. L'histoire reste touchante, et il y a plein de belles petites choses à y découvrir, donc si tu as envie de le découvrir, vas-y, même s'il ressemble au Monde de Charlie. Peut-être que tu y seras plus sensible que moi !

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  4. Je dois dire que tu me rassures énormément !
    Je suis actuellement en train de le lire, j'en suis à 67%, et ma meilleure amie m'avait dit qu'elle avait plus qu'adoré, qu'elle avait pleuré, patati patata, et ma binômette avec qui je le lis en LC m'a dit qu'elle l'avait en fait déjà lu et adoré !
    Et moi, comme toi, je me sens assez extérieur à l'histoire.
    Déjà, tu as raison, ça ressemble au Monde de Charlie, avec les lettres, mais moi, la ressemblance qui m'a frappée est celle avec Il faut sauver Zoé d'Alyson Noël ! Je ne sais pas si tu l'as déjà lu, mais je ne peux m'empêcher de faire la comparaison, et Love letters ne tient pas la route ! :/
    De plus, je n'aime pas vraiment Laurel, elle me tape un peu sur le système quoi ! ^^'
    Donc voilà, je suis contente d'avoir trouvé quelqu'un de mon avis :P

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    1. Tu me vois moi aussi rassurée de ne pas être la seule à ressentir cette distance (et ravie de pouvoir t'épauler dans ton ressenti ^^) ! Ce roman a suscité des avis diamétralement opposés, c'est fou.
      En revanche, je n'ai pas lu Il faut sauver Zoé d'Alyson Noël, mais s'il y a une autre comparaison possible avec un autre roman en plus de celle du Monde de Charlie, c'est vraiment dommage... Du coup, l'originalité du roman en prend un coup.
      Bref, en tout cas, on n'est pas toutes seules, c'est rassurant ! :p

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    2. Je l'ai fini, et franchement... Je ne vais pas en dire plus xD J'ai déjà essayé de ne pas l'assassiner dans ma chronique x)) Mais c'est fou comme j'ai été déçue ! :o
      Et sincèrement, la ressemblance est encore plus frappante avec Il faut sauver Zoé :/
      Oui, c'est ça !! xD

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  5. La chronique de Sita m'avait déjà un peu refroidie, la tienne confirme mon sentiment ; je ne suis plus si pressée de le lire !

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    1. C'est une lecture à prendre avec des pincettes, je pense, mais en s'y plongeant en connaissance de cause (ressemblances avec Le Monde de Charlie et tout ça), peut-être qu'on peut mettre ces aspects à part et mieux profiter du roman. Je m'attendais à un récit vraiment original, et je pense que ça a joué en sa défaveur... :/

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  6. Oh mince je suis déçue que tu aies été déçue :( J'avais beaucoup aimé personnellement, mais il est vrai que je n'ai pas lu Le monde de Charlie donc je n'ai pas été dérangée par les ressemblances.

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    1. Oui, je suis toute déçue aussi... J'avais très envie d'aimer ce livre en plus ! :( En même temps, ton avis me réconforte parce que je suis sûre que ce livre, qui est loin d'être mauvais, peut trouver son public, et je suis contente que tu aies aimé du coup !

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