mercredi 29 octobre 2014

Le Prince de la Nuit (T. I, II, III), Swolfs maître des ténèbres


C'est à grands pas qu'Halloween approche. Quoi de mieux que quelques frissons pour se préparer à la grande nuit de l'horreur ? Après vous avoir présenté Élizabeth Bàthory de Pascal Croci au début du mois, je vous propose une nouvelle incursion dans l'univers de la bande dessinée d'épouvante. Mettez-vous sur votre trente-et-un et préparez-vous à rencontrer l'une des figures emblématiques des ténèbres nocturnes, j'ai nommé… Le Prince de la Nuit !


Comment ne pas avoir la chair de poule rien qu'en susurrant ce titre sombre et évocateur à souhait ? La toute première planche du Chasseur vous installe dans l'ambiance sans attendre que vous soyez prêts. Sombre, mystérieuse et emplie de dangers, l'atmosphère s'annonce singulière, vous donnant la sensation de vous envelopper dans une cape riche et chaude, mais non moins oppressante. Êtes-vous seulement prêts à percer les mystères du Prince et à en subir les effroyables conséquences ?

Le premier tome, intitulé Le Chasseur, nous initie à une légende vampirique digne du comte Dracula. Alors que la neige étend son manteau sur le château de Jehan, un étrange violoniste virtuose vient frapper à la porte de l'édifice, offrant un peu de divertissement. Lorsqu'on le surprend plus tard en train de s'abreuver au cou de l'épouse du maître des lieux, une terrible malédiction s'enclenche ; Jehan n'aura de cesse de venger son épouse défunte, et transmettra le fardeau de sa vie à ses descendants si la mort venait à le prendre avant que justice ne soit rendue.
L'histoire du Prince de la Nuit se dédouble ainsi sur chacun des tomes avec, d'une part, celle de Vincent Rougemont, jeune journaliste du début du XXe siècle qui découvre le terrible secret de sa famille ainsi que la mission qui pèse sur ses épaules, et de l'autre, celle de ses ancêtres qui traversent les époques en poursuivant le même but. Le Chasseur nous livre ainsi l'origine de la malédiction et l'histoire de Jehan, le premier à vouer sa vie contre le Prince, La Lettre de l'Inquisiteur nous invite ensuite à suivre les pas du frère Aymar qui poursuit le monstre jusqu'à Venise, et nous rencontrons enfin Armand après la Révolution française dans Pleine lune, emblème de la raison du siècle et ne croyant guère à ces superstitions de famille.


À travers les siècles et les membres de la lignée des Rougemont qui se succèdent et s'entrecroisent, on observe ainsi que l'histoire se répète sans cesse et que les personnages se reflètent comme dans un miroir. Les hommes de la lignée des Rougemont ont chacun les mêmes traits et le même grain de beauté, font des erreurs différentes mais finissent tous par échouer. Il en va également de même pour les femmes de ce récit, d'Enora la sorcière en passant par Lyvia, la noble vénitienne et vénéneuse, jusqu'à Élise, la fiancée de Vincent, trois rousses belles et sensuelles aux yeux en amandes et aux lèvres charnues, toutes trois victimes de la passion destructrice des hommes. Passé et présent se mêlent ainsi au sein de cette fresque originale, imbriquant les récits au sein d'un puzzle que Vincent devra décrypter s'il souhaite réussir la lourde tâche qui lui revient.

Pour illustrer cette histoire emplie de richesse et de rebondissements, Swolfs use d'un trait détaillé mais qui n'est pas toujours très précis — ou plutôt, très « propre ». Si l'esthétique générale de la bande dessinée m'a réellement séduite, je n'ai néanmoins pas apprécié les hachures dont use l'illustrateur afin de créer les ombres sur les visages, les vêtements et les décors, et qui viennent donner à mes yeux un côté légèrement « sale » aux planches. En revanche, les angles et le cadrage des vignettes sont saisissants de relief, avec des zooms et des contre-plongées qui donnent beaucoup de dynamisme aux dessins. Swolfs nous livre en outre de magnifiques paysages, aussi bien pour les décors enneigés du Chasseur où l'épouse de Jehan apparaît tel un fantôme que lors de notre excursion sur les canaux de Venise dans La Lettre de l'Inquisiteur, où les victimes de la peste gisent décharnés, jusqu'au Paris des années 1930, délicieusement nostalgique avec ces tons d'automne.

Aussi bien par son histoire — ou devrais-je dire ses histoires — que par la qualité de ses dessins, de ses décors et de son atmosphère si particulière, Le Prince de la Nuit m'a ainsi doublement séduite. À dévorer dès le crépuscule… et jusqu'aux lueurs de l'aube.

Le Prince de la Nuit : Le Chasseur (I) ; La Lettre de l'Inquisiteur (II) ; Pleine lune (III), Swolfs.
Intégrale Glénat trois volumes, 1994, 144 pages.

2 commentaires:

  1. Un de mes souvenirs de jeunesse les plus marquants! Jolie chro la Miss ;)

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    1. Merci my dear ! :)
      Je comprends que le souvenir soit marquant, surtout dans la fleur de l'âge... Certaines planches sont vraiment saisissantes et ce Prince de la Nuit est à la fois magnifique et terrifiant. Bref, je me réjouis de découvrir bientôt le second cycle !

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