dimanche 12 octobre 2014

Comtesse Bathory, Patrick Mc Spare, requiem pour les immortels


À l'abri de son château, la comtesse Erzébeth Bathory s'agite tel un fauve en cage. Car une seule obsession tourmente son esprit enténébré. La mort. Celle qui s'approche un peu plus à chacune des inspirations qui soulèvent sa poitrine. Par quel moyen échapper à l'inéluctable ? Là où la comtesse ne pensait trouver que la damnation, l'espoir fou éclot. C'est dans le sang qu'Erzébeth trouvera son salut démoniaque, jouissant d'une nouvelle jeunesse. Mais bientôt, cette illusion apparaît comme un leurre car la mort, elle, reste tapie dans l'ombre. Ainsi, lorsque l'un de ses anciens amants et mage noir de son état vient trouver Erzébeth avec la promesse de lui octroyer l'immortalité tant désirée, le sang de la comtesse ne fait qu'un tour. Car le sang est immortel.


Après une première incursion dans le mythe entourant la figure d'Erzébeth Bathory à travers les dessins lugubres et étranges de Pascal Croci, j'avais terriblement envie de me délasser encore quelques instants dans le bain chaud et poisseux de la Comtesse sanglante. J'ai ainsi jeté mon dévolu sur un petit bijou pourpre signé Patrick Mc Spare, Comtesse Bathory, si séduisant avec sa très belle illustration de la main de Marc Simonetti. Après l'avoir laissé sommeillé pendant presque un an dans mon antre, il était grand temps de réveiller les morts.

Vous le savez peut-être, mais la comtesse Bathory n'a guère bonne réputation. La comtesse qui prend vie sous la plume de Patrick Mc Spare n'échappe pas à la règle. Violente, colérique et méprisante, cette chère Erzébeth nous apparaît dès les premières pages dans toute la splendeur de sa cruauté. Épousant parfaitement le mythe tout en le remodelant avec finesse, Patrick Mc Spare nous livre une Bathory dont l'incroyable force de caractère fait écho à la faille abyssale de ses peurs les plus enfouies. De façon discrète mais lancinante, les vieux démons de la comtesse surgissent à intervalles réguliers au cours du récit, laissant entrevoir une personnalité bien plus complexe que la façade glaciale et hautaine affichée par Erzébeth. Bien que la comtesse coure à sa propre perte avec une volonté de tous les diables et se délecte dans une effroyable débauche sanglante, elle cache néanmoins une facette sensible et fragile. Tombant sous le charme vénéneux d'une belle nécromancienne, Anna, Bathory laisse malgré elle ses défenses tomber et se met complètement à nu, révélant un cœur corrompu mais entièrement dévoué. Cette ambiguïté m'a réellement séduite, même si je n'ai eu, dès le départ, aucun espoir pour la rédemption de notre comtesse.


Si notre ténébreuse protagoniste est façonnée avec soin et précision, la galerie des autres personnages contient également des figures variées et intéressantes, à commencer par le noyau gravitant autour de Bathory. Cadevrius Lecorpus, tout d'abord, le mage noir envoûtant et magnétique, puis Anna, la belle et ensorcelante Anna, esprit libre dans un corps sans entraves. Mon cœur va tout entier à la magnifique nécromancienne, qui ne cesse de nous surprendre et de nous provoquer au fil du récit. Les cinq mercenaires lancés sur les traces de la comtesse proposent certes des personnalités fort diverses, mais peinent toutefois à s'attirer notre sympathie, Vincent de Guise en tête avec ses fanfaronnades. Seule Victoria, indépendante et pugnace, a réussi à me charmer entièrement. Enfin, l'auteur s'attaque à ses héros de papier avec un certain manque de clémence, faisant tomber de nombreuses têtes au fil des pages, ce qui m'a souvent laissée démunie et sidérée. Armez-vous donc, vous êtes prévenus.

Avec cette réécriture de la légende de la Comtesse sanglante, Patrick Mc Spare nous offre un étonnant voyage à travers les paysages de la Hongrie, mêlant Histoire et politique au sein d'un ensemble minutieusement documenté. Ces aspects m'ont cependant moins séduite et parfois un peu égarée dans leur complexité, et la fin m'a semblé un peu grossière, Bathory étant trop intelligente pour être ainsi dupée. Outre les quelques facilités du roman, son charme, entêtant comme l'effluve du sang, ne se trouve pas dissipé pour autant et continue d'exercer sur nous sa magie démoniaque.

Sous la plume de Patrick Mc Spare, souple et gracile comme le corps voluptueux de Bathory, cet étonnant voyage empreint d'un obscur onirisme se révèle ainsi envoûteur. C'est avec un plaisir intense et malsain que je me suis à nouveau glissée sous la peau de la Comtesse sanglante si chère à mon cœur, et je sors de ce festin un peu hagarde, mais pleinement rassasiée.


Comtesse Bathory, Patrick Mc Spare.
Panini Books, collection Eclipse, 2013, 376 pages.

 

6 commentaires:

  1. Sensuel et sanglant, quel cocktail !
    Après ça, il faut lire un album des Schtroumpfs pour contrebalancer l'atmosphère de ce bouquin !^^

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    1. Cocktail Bloody Bathory ! ;) Tiens, je n'en ai pas parlé dans ma chronique, mais il y a en outre plusieurs scènes érotiques très très sensuelles... et d'autres plus crues. C'est pas pour les Schtroumpfs, donc. ^^
      Je dois dire qu'avec deux bouquins sur la Comtesse d'affilée, j'ai eu ma dose d'hémoglobine et de gorges tranchées, je vais prendre quelque chose de différent pour la suite. ;)

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  2. Il me tente pas trop mais tes articles sont toujours SUBLIMES !

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    1. Ah, trop sanglant peut-être ? Je peux tout à fait comprendre, l'univers et le mythe gravitant autour de la figure de Bathory sont très spéciaux et peuvent donc rebuter. Merci pour l'article, en tout cas, ça me fait chaud au cœur Natacha ! :)

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  3. Erf, dire que ça fait plus d'un mois que je veux débouler sur ton blog et te souhaiter une bonne rentrée et je me rends compte qu’on est déjà en Novembre en fait… Je ne vois plus le temps qui passe quand j’ai le nez coincé entre des pages…
    Mais enfin, bon courage pour cette année en retard, ça marche aussi :B
    (Et pis, tu m'excuseras, quand on devient immortel, la notion des heures devient très superflue *c'était le quart d'heure Anne Rice et je sors maintenant*)

    Ça fait plusieurs fois que je le vois ce livre et jamais je n’ai osé le prendre ! J’ai une passion un chouilla (trop) ponctuée pour les tueurs en série très populaires et j’ai toujours peur quand ils apparaissent dans des romans… (Je sais, c’est Marc Simonetti mais enfin, ça ne fait pas tout ! Vu ce que Jack l'Éventreur subit dans Duel en Enfer, maintenant, je montre les crocs *c'était pas le bonus Anne Rice*)
    Je braverai peut-être ma timidité malgré les quelques défauts que tu relèves (ils n’ont pas l’air gros mais je me connais, je pourrais voir des souris grosses comme des éléphants…). Après, j’ai une amie (rencontrée en cours de sciences criminelles, les grands esprits tordus se rencontrent~) qui est une grande passionnée de la Comtesse Bathory et je me demande si elle l’a lu…
    Mais enfin, si tu as aimé et si elle a aimé aussi, je me sentirai obligée de le lire, ne serait-ce que pour la plume qui semble bien belle.

    Merci pour cette chronique :)

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    1. Mouhahaha, ne t'en fais point, je ne vois pas les mois filer non plus depuis la rentrée et j'ai bien du mal à garder le rythme des blogs que j'aime visiter. J'ai accumulé pas mal de retard dans ton antre également...

      Arf, c'est sûr que quand on est féru des grands criminels, je ne sais pas si Comtesse Bathory peut satisfaire la curiosité. Personnellement, je connaissais un peu son histoire réelle et le roman m'a plu, mais je ne sais pas ce qu'il pourrait en être pour un connaisseur éclairé. Cela dit, je pense qu'il faut l'aborder comme une belle histoire romancée et non un potentiel document historique, même si l'auteur s'est bien documenté.
      Mais, mais, mais... tu prends des cours de sciences criminelles ? C'est la première fois que j'entends ça, c'est DÉMENT !
      Bref, tu me diras si tu succombes ou si tu décides de passer ton chemin ! ;) Et bonne étude des psychopathes ! :p

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