dimanche 26 octobre 2014

Au bois dormant, Christine Féret-Fleury se pique à son propre jeu


« Depuis que je suis née, ma vie ressemble à un conte de fées. 
Mais ne vous y fiez pas ! La vie d'une belle au bois dormant n'est pas rose. 
Mes parents me font déménager sans cesse, ils me surveillent jour et nuit, je ne suis pas libre comme les autres. Ils ont la hantise de me voir grandir. 
Car il le leur a promis : le jour de mes seize ans, 
je devrai mourir »


Depuis ma plus tendre enfance, mon cœur bat d'amour à l'égard des contes qui ont bercé mes nuits et mes rêves. Nourrie aux histoires signées du trait de Walt Disney, mon imaginaire s'est forgé autour de ces atmosphères uniques et de ces figures emblématiques qui ont marqué à jamais la petite fille que j'étais. Aujourd'hui, je suis naturellement attirée par les réécritures de ces mêmes contes, et lorsque mes yeux se sont posés sur Au bois dormant, j'ai été frappée par un véritable coup de foudre pour sa couverture. Ces lèvres pourpres et cette rose éclose, baignées dans les tons bleuis d'une splendeur cadavérique. De toute beauté.

C'est donc déjà séduite que j'ai pénétré dans l'univers façonné par Christine Féret-Fleury. Et le premier mot qui se pose sur ma langue au sortir de cet ouvrage est « surprenant ». En effet, je m'attendais à une réécriture forcément divergente mais non moins fortement empreinte du conte de la Belle au bois dormant, qui étalait son aura sur le titre, la couverture et le texte de présentation. Justement, si j'ai pour une fois repris la quatrième de couverture en ouverture, c'est pour vous mettre en garde. Comme Ariane vous le conseille, ne vous y fiez pas, elle est légèrement mensongère. Si Au bois dormant est une réécriture du célèbre conte, celui-ci se fait néanmoins très discret et s'offre davantage en filigrane au lieu de constituer le fil rouge de l'histoire.

Une fois cette première surprise passée, je dois avouer que je me suis totalement laissée happer par ce récit qui ne cesse de nous étonner et de contre-carrer nos attentes. Nous n'avons pas affaire à un récit bien propret, avec une héroïne douce et naïve qui court joyeusement à sa propre perte. Christine Féret-Fleury trace un thriller rythmé, haletant et angoissant avec une héroïne bien ancrée dans notre époque. Ariane n'a rien d'une princesse, et son enfance n'a rien eu d'un conte de fées. Étouffant sous le bouclier ultra-protecteur de ses parents, ses rêves de liberté volent en éclats lorsqu'elle apprend l'effroyable vérité : le Rouet, ce tueur en série maniaque qui assassine des jeunes filles le jour de leurs seize ans, a juré de la tuer. Dès lors, la jeune fille va s'engager dans une fuite sans fin, mais qui conduit irrémédiablement à l'impasse de son propre destin. Ariane est une héroïne très attachante, à la fois courageuse, débrouillarde et paralysée par sa propre peur. Loin d'être candide, elle n'en est pas dénuée de faiblesses pour autant, et on l'épaule tout au long de sa fuite avec empathie et affection.


Du conte originel, Christine Féret-Fleury ne garde qu'une poignée d'éléments qu'elle détourne avec brio. Tirant son nom de la fameuse pointe qui plonge Aurore dans son éternel sommeil, le Rouet met en scène ses meurtres avec une esthétique singulière, plaçant ses victimes sur leur lit entouré de ronces, une rose entre leurs mains, leur visage plus beau que jamais, emprisonné dans un sommeil sans fin. J'ai beaucoup apprécié cette esthétique morbide mais fascinante, cette recherche de perfection dans la mort, et j'ai longtemps cherché à comprendre les motifs du Rouet et de sa collection de jeunes belles au bois dormant.
Sur les traces de la proie du Rouet, le récit tisse patiemment sa toile, égrenant les indices et les fausses pistes au pas de course, sans nous laisser le temps de reprendre notre souffle pour, à la fin, s'achever en apothéose. Oubliant l'heure nocturne, j'ai parcouru les derniers chapitres en toute hâte, suspendue à la tension du récit qui s'emballe un peu plus à chaque ligne. Hélas, la fin m'a terriblement déçue, tout d'abord parce que je ne l'ai pas comprise et que j'ai dû revenir en arrière afin d'en saisir la signification, mais peut-être également parce que j'avais échafaudé toute une hypothèse qui avait vu plus grand. Heureusement, les toutes dernières lignes m'ont agréablement surprise et ont achevé ce roman sur une touche aussi belle que poétique.

Au bois dormant m'aura ainsi fait frôler le coup de cœur, bien que celui-ci n'ait pas entièrement éclos à cause de ces quelques failles. Christine Féret-Fleury livre toutefois une réécriture originale et intéressante du célèbre conte avec ce thriller endiablé qui ne nous laisse aucune seconde de répit. Une jolie rose, somme toute, que ce roman qui ne vous laissera pas sombrer dans le sommeil avant de l'avoir refermé…

Au bois dormant, Christine Féret-Fleury.
Hachette/Black Moon, 2014, 345 pages.

10 commentaires:

  1. Ah!!! J'ai trop hâte de le lire :D Bientôt bientôt.
    Moi aussi j'ai craqué dessus grâce à la couverture magnifique et au fait que ce soit une réécriture. Je suis déjà prévenu que la réécriture est subtile, ça ne gâche pas mon enthousiasme. Je suis impatiente de le commencer ^^

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    1. Aaah, tu m'en vois ravie ! J'ai hâte de connaître ton avis sur la question, du coup, j'espère qu'il va vite passer à la casserole... ^^
      Pour ma part, si j'avais su que le conte était aussi discret, je pense que je l'aurais encore davantage apprécié, car c'est vrai que le titre, la couverture et la quatrième m'ont un peu prise en "traîtresse", je pensais qu'il serait très présent. Mais finalement, j'ai pris un énorme plaisir à le découvrir. Tu as de fortes chances de te laisser prendre au piège, héhé, bonne lecture ! :D

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  2. Ah tu l'as enfin lu ! J'ai adoré ton avis et je pense la même chose que toi. La plume m'a complètement transporté et c'est rare pour un livre de YA je trouve de se laisser autant porter par un style car je les trouve assez similaire. Christine m'a séduite intensément, elle a su jouer avec le conte de base pour le retransformer sans rien perdre de sa prestance ! Mais c'est vrai que le coup du meurtrier je ne m'y attendais pas du tout.

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    1. Oui, j'ai enfin succombé ! Encore une fois, nos avis convergent complètement. Je suis d'accord sur le style, souvent incisif mais en même temps poétique. La lecture glisse toute seule. Pour la fin, je suis rassurée de voir que je ne suis pas la seule à avoir été déroutée, c'est dommage car c'est la seule ombre au tableau !

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  3. J'aime énormément les contes et les réécritures de ces derniers... et je risque fortement de me laisser embarquer par celle-ci! =)

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    1. Tu ne le regretteras pas, Elise, crois-moi ! Comme toi, je suis férue de contes et Au bois dormant a été une très belle découverte. ☺︎

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  4. Ce livre est dans ma liseuse, il faut que je le lise rapidement apparemment ^^

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    1. Je ne peux que t'y encourager en effet, surtout s'il est tout prêt et tout chaud à consommer ! ☺︎ Bonne dégustation !

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  5. Jolie couv' en effet ;) Et j'aime bien l'idée du serial killer (comment ? Ah, tu n'es pas surprise... hum.) Je zieuterai si jamais il sort en poche ;)

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    1. Cette couverture est magnifique, je ne me lasse pas de la regarder ! Tiens, tu aimes bien les serial killers, toi ? ;) Je serais curieuse de voir sa couverture en poche... Je guetterai également !

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