vendredi 12 septembre 2014

Wizards ~ Le Sacrifice, Diane Duane coule à pic


En vacances sur l'île de Long Island, Nita et Kit profitent d'un repos bien mérité dans le bungalow familial des Callahan. Mais alors qu'ils se baignent dans l'océan, leur farniente prend un autre tour lorsqu'un dauphin surgit des eaux. La créature marine, en proie à une grande agitation, requiert sans attendre leur aide afin de sauver une baleine, cernée par de nombreux requins. Sans hésiter une seule seconde, les deux jeunes sorciers partent secourir le cétacé en danger, et découvrent que l'équilibre marin est en passe de basculer. Quelque chose de mauvais se prépare, quelque chose de terriblement grave. Et encore une fois, Nita et Kit seront les seuls à pouvoir enrayer la machine maléfique qui menace d'engloutir le monde.


À la fin de L'Initiation, j'avais quitté Nita et Kit avec un sentiment doux-amer, sans avoir été totalement conquise par cette première aventure. C'est donc pleine d'espoir que j'ai plongé tête la première dans la deuxième épopée de nos deux jeunes sorciers, avec l'envie de voir l'univers et les personnages prendre enfin leur envol. Hélas, j'ai vite perdu pied dans l'aventure sous-marine que nous offre Diane Duane, avant de m'y noyer complètement. 

Après avoir parcouru les faces lumineuses et obscures de la ville de New-York, nos protagonistes se dorent ainsi la pilule sur l'île de Long Island, avant de plonger dans l'océan pour mener leur nouvelle mission à bien. En quelques mots : sauver le monde. Eh oui, encore ! Dans cette nouvelle aventure, Kit et Nita vont ainsi se métamorphoser. Littéralement, car ils vont délaisser leur enveloppe humaine afin d'épouser des formes de cétacés pour nager aux côtés des créatures réunies pour sauver l'océan. Toutefois, cette transformation physique ne sera pas la seule, et cette épopée leur demandera une nouvelle maturité. En effet, Nita accepte sans réfléchir un rôle dont elle ignore les termes, et si sa naïveté et sa volonté de bien faire la condamne à un destin funeste qui la terrifie de plus en plus, elle apprendra à accepter son sort ainsi que les conséquences de ses décisions.
Cette fois, les deux sorciers prennent pleinement conscience des responsabilités qui leur incombent en tant que sorciers, et la magie n'est plus aussi chouette que lors de leur première aventure. Elle se révèle ici dangereuse, impitoyable. Presque un fardeau. Cette dimension inédite et résolument plus sombre de leur univers magique est particulièrement intéressante, bien qu'entachée par le manque d'évolution des deux personnages, qui m'ont semblé étonnamment lisses tout au long du récit. Nita avec sa naïveté geignarde d'un côté, Kit avec son courage de chevalier servant de l'autre. En outre, cette nouvelle aventure manque cruellement de personnages secondaires forts, à l'image de Fred ou de la Lotus dans le premier opus, qui avaient un réel bagage émotionnel. Ici, les parents de Nita agacent plus qu'autre chose, et les créatures de l'océan n'ont pas réussi à accrocher mon affection. Tout le poids de l'histoire repose ainsi sur les frêles épaules de Kit et de Nita, qui ne parviennent malheureusement pas à la porter jusqu'au bout.


Notre duo de protagonistes flanche ainsi légèrement, à l'image du cadre du récit qui manque de profondeur et de richesse. Alors que le premier tome offrait une diversité de lieux et d'atmosphères, en s'appuyant notamment sur la richesse des univers parallèles, ce deuxième tome se focalise uniquement sous la surface de l'océan. Nos deux héros font ainsi la navette entre l'océan le jour et le bungalow familial la nuit, craignant la colère des parents de Nita s'ils ne rentrent pas à l'heure du dîner (ce qui est légèrement embêtant quand on doit sauver le monde). Ces allers-retours entre eau et terre engendrent une répétition qui devient lassante, fragmente le roman et brise son rythme de façon maladroite.
Cet ouvrage m'a ainsi semblé traîner en longueur, et patauger un peu plus à chaque chapitre, l'histoire avançant à la vitesse d'un concombre de mer. Chaque étape du récit consiste en la rencontre d'un nouveau personnage qui va accompagner Kit et Nita dans la Ballade des Douze, le chant qui doit permettre à l'océan de recouvrer son harmonie, ce qui donne au récit un côté catalogue, saccadé et dénué d'âme. L'ensemble des péripéties cède en outre à de nombreuses facilités, et c'est la raison pour laquelle je ne suis pas parvenue à me laisser pleinement flotter aux côtés des personnages. Seule la fin a réussi à me séduire, notamment le sacrifice final qui m'a réellement prise par surprise et que j'ai trouvé très émouvant et poétique, à l'image des toutes dernières lignes qui ont touché ma sensibilité.

L'univers de ce deuxième opus se trouve également nettement plus limité, bien que l'océan offre des possibilités alléchantes. Le récit se trouve parsemé de belles descriptions sous-marines qui nous emportent des récifs de coraux aux fonds abyssaux inquiétants, emplis de créatures menaçantes, plantant ainsi des décors joliment travaillés. De plus, l'auteure introduit avec habileté une dimension écologique intéressante, à l'aide de descriptions des fonds sous-marins pollués et emplis des déchets déversés par les hommes. Toutefois, on regrette que le monde magique ne soit pas davantage exploré dans cette deuxième aventure, à l'image du Discours, le langage des sorciers, qui m'avait beaucoup intéressée dans L'Initiation. Hélas, rien de nouveau ne nous est révélé ici, et ma curiosité est donc restée sur sa faim.

Ainsi, cette deuxième aventure n'a malheureusement pas comblé mes espoirs, et c'est avec peine que je l'ai traversée jusqu'à la fin, où j'ai été bien heureuse de remonter à la surface et de sortir enfin la tête de l'eau.

Le Sacrifice (Deep Wizardry — Wizards, T. 2), Diane Duane, 1985/2012.
Éditions Lumen, 2014, 349 pages.

5 commentaires:

  1. Même en n'ayant pas accroché, tu réussis à faire une chronique magistrale. Chapeau !
    J'ai regretté comme toi le manque de développements du système magique, j'aurais vraiment vraiment aimé en savoir plus. En revanche, je n'ai pas été perturbée par l'effet catalogue (mais en lisant ta chronique, je me rends compte qu'il y a de ça, effectivement) : je devais être trop embarquée dans l'univers aquatique (que j'aime !).
    Pour le côté "Allons-y, faut sauver le monde", je me dis que dans les années 80, ça devait être original de coller ça sur les épaules de deux gamins.Aujourd'hui... plus trop (dommage).
    Bref, j'aime beaucoup l'univers, il y a plein de choses qui m'ont plu dans ce tome (et plein d'autres moins), et je reste quand même curieuse de voir le tome 3. Ce tome-là a-t-il définitivement terni ton intérêt pour les aventures de Nita et Kit ?

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    1. Merci Sia, je suis ravie si ma chronique t'a plue malgré nos divergences ! (Je vais aller découvrir ta chronique de ce pas, d'ailleurs)
      Oui, c'est vraiment dommage que l'univers magique ne soit pas plus développé, alors qu'il l'est énormément dans le premier tome, c'est comme si l'auteure avait épuisé son imagination et décidé de faire un cadre autonome pour contrebalancer ce manque. Tiens, c'est drôle que tu n'aies pas remarqué l'effet catalogue de prime abord, ça m'a vraiment gênée de mon côté et c'est l'une des raisons pour lesquelles l'histoire patine à mes yeux.
      Après, pour le "Let's save the world", c'est vrai que cela devait être nettement moins fréquent à l'époque (surtout avec deux ados) mais aujourd'hui, c'est un peu barbant et irréaliste.
      En ce qui concerne la suite, je ne sais pas... Cela dépendra de l'histoire du troisième tome : s'il me titille, ma curiosité aura peut-être le dessus mais s'il ne me dit rien, je passerai mon chemin. Dommage, en tout cas !

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    2. Tiens, je voulais te demander quelque chose par rapport au texte (je voulais pas en parler en chronique pour pas spoiler donc si vous ne l'avez pas lu : alerte SPOILER !).


      Que penses-tu de la réactualisation du texte ? Autant j'ai trouvé ça sympa au niveau du langage, ou des objets (les portables et le MP3) dans le tome 1, autant là ça m'a un peu plus dérangée. Parce que des baleines à Long Island en 85, why not, mais en 2008 ça me semble moins probable (à moins qu'il ne reste beaucoup de baleines aux USA ?). Du coup, ça semblait moins réaliste (dit la fille à qui des ados avec des pouvoirs magiques ne posent aucun problème) : je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire ?

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    3. C'est une bonne question qui m'a longtemps taraudée et je suis d'ailleurs mitigée !
      Sur le fond, je trouve ça pas mal, ça montre que l'auteure a sa trilogie à coeur et qu'elle souhaite que les jeunes lecteurs de notre époque s'y reconnaissent, et forcément l'allusion au portable et au MP3 fait tout de suite tilt ! D'un côté, je trouve que ça permet à l'histoire de prendre un coup de jeune et de ne pas trop mal vieillir... Mais je trouve que si on commence à faire ça, dans ce cas il faut l'actualiser tous les 10 ans, car le texte vieillira de toute façon (MP3 et déjà un peu dépassé à mon sens).
      En ce qui concerne les baleines, je n'en ai aucune idée, je dois bien t'avouer... Je pense qu'il en reste pas mal, mais près de New-York, je ne sais pas trop, car la pollution n'a pas dû aller en s'arrangeant... Je donne ma langue au chat, mais tu pointes quelque chose de très juste ! (Navrée pour avoir si peu fait avancer le débat)

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    4. Si si au contraire, je trouve que ça fait avancer le débat ! Généralement, je ne suis pas trop chaude pour la réactualisation des textes, parce que des fois ça trahit légèrement l'esprit originel. Là je trouve que Wizards s'en sort pas trop mal, mais par exemple sur la façon dont est menée l'intrigue, je trouve que l'on note une différence assez nette avec les titres d'aujourd'hui. En fait, on revient à ce qui m'avait marquée dans le tome 1, certains passages sont hyper clichés aujourd'hui, mais devaient être hyper originaux à l'époque. (Et comme j'ai du mal à me défaire de la date d'écriture d'un livre, je pardonne plus facilement ce genre de points à un titre ancien qu'à une nouveauté).

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