samedi 20 septembre 2014

Les Chants de la Terre, Elspeth Cooper submergée par la puissance de sa musique


Au bûcher, Gair y a échappé de justesse. Rongé par une musique qu'il est le seul à entendre, le Chant, il trépassera s'il n'apprend pas à maîtriser la puissante magie qui l'habite. Alors qu'il s'attend à embrasser les flammes, Gair est gracié à la dernière minute et doit quitter la ville à la nuit tombée au risque de tomber sous l'épée des Chevaliers de l'Église. Dans sa quête vers la survie, le jeune homme trouve un soutien inespéré en Alderan, vieil homme calme et mystérieux aux ressources étonnantes, qui décide de le prendre sous son aile et de l'emmener dans les Îles Occidentales, là où siège un ordre ancien et secret : les Protecteurs du Voile. Mais le péril n'est jamais loin, et un traqueur de sorciers des plus tenaces se lance bientôt sur les traces du jeune homme, mettant en danger leur périple ainsi que l'avenir tout entier de l'Ordre.


Quand je suis tombée sur ce magnifique ouvrage, par le plus pur des hasards, je n'avais jamais rien ouï à son sujet. Et pourtant, il ne m'a fallu qu'un seul regard pour céder à la tentation, tant l'objet était somptueux et son incroyable aura m'envoûtait. Il fallait que je me procure ce petit bout de magie.

C'est donc emplie d'attentes merveilleuses que j'ai ouvert ce très bel ouvrage et que je me suis plongée tout entière dans l'univers façonné par Elspeth Cooper. Et le début m'a de suite emportée. Instantanément, j'ai été charmée par la plume jolie et poétique de l'auteure, et la lenteur avec laquelle elle tisse la toile prolifique de son récit. C'est un livre qui doit se laisser dévorer sans hâte, afin que toutes les pièces s'imbriquent naturellement, sans se précipiter. L'univers se dessine ainsi peu à peu, et j'ai été sensible à la beauté des décors mis en lumière tout au long des chapitres. Elspeth Cooper crée des atmosphères que l'on peut presque palper, qu'il s'agisse du froid mordant des montagnes enneigées ou bien du soleil qui chauffe les parapets de pierre des Îles Occidentales. Mais ce qui m'a réellement envoûtée, c'est bien la magie mise en œuvre dans cet univers : le Chant. S'il ne s'agit guère de chanter des formules magiques, la magie fonctionne ici comme une force autonome, qui sommeille en chaque Protecteur et se manifeste lorsqu'elle est nécessaire. Du moins, une fois qu'elle est pleinement contrôlée. Autrement, elle s'avère terriblement destructrice et peut dévorer son hôte. Cette dualité de la magie, claire-obscure, se révèle ainsi très intéressante, et c'est avec une grande curiosité que j'ai assisté à l'évolution du Chant de Gair, notre héros, qui se voit au départ submergé par la puissance de sa magie, puis apprend à la contrôler jusqu'à la dominer d'une main de main de maître.

À l'image de cet univers qui se dévoile au compte-goutte, les personnages se révèlent petit à petit, gardant toujours une part d'obscurité qui intrigue le lecteur. J'ai beaucoup apprécié le héros, Gair, bâtard sans nom de famille au cœur noble et courageux, bien qu'un peu trop chevaleresque à mon goût. Au départ incertain et sans aucune confiance en ses capacités, le jeune homme dévoile bien vite un potentiel extraordinaire, qui en fait l'un des plus puissants Protecteurs en devenir. Cela n'a certes rien d'original, mais promet de jolies scènes de magie. Toutefois, mon cœur va à Alderan, vieux sage un peu filou qui se révèle un excellent mentor et une belle figure paternelle, qui tend hélas à se faire trop discret dans la seconde moitié du roman.


Néanmoins, si j'ai été aussitôt charmée par cet univers qui miroitait de mille possibilités et par la belle plume de l'auteure, je me suis très vite perdue dans l'épaisseur et l'opacité du récit. En effet, il s'agit de l'un de ces livres qui vous plongent in medias res dans l'histoire, sans jamais vous donner les clefs de l'univers dont elle découle. Nous traversons de nombreuses contrées aux côtés de Gair, de Dremen à Mesarild, pour ensuite prendre la mer jusqu'aux Îles Occidentales, mais je n'ai pas réussi à me faire une idée claire de la géographie de l'univers, faute de carte ou d'explications précises. Je me suis donc égarée dans la richesse du monde où Gair évolue, et je n'ai pu savourer l'histoire à sa juste valeur, peinant à comprendre l'organisation politique, religieuse ainsi que les coutumes des différentes contrées que parcourt le jeune homme. C'est là l'un de mes principaux regrets, car j'aurais adoré pouvoir gratter la surface de cet univers prometteur, si j'avais pu seulement en comprendre le mécanisme. C'est donc fort regrettable, car l'on sent pourtant qu'Elspeth Cooper a construit son monde avec beaucoup de soin, mais sans lumière pour me guider, je suis souvent restée dans l'obscurité.

D'autre part, si l'univers créé par l'auteure se révèle très intéressant sur de nombreux aspects, notamment sur l'opposition des deux mondes — celui des hommes et celui, plus obscur, appelé le Royaume Caché — et du Voile qui les sépare et se fendille petit à petit, j'ai trouvé étrange de retrouver des éléments de notre réalité au sein de ce monde si particulier. Ainsi, on retrouve par exemple un ersatz de christianisme modifié qui, à mes yeux, ne collait pas avec l'atmosphère du récit et j'aurais préféré découvrir une religion inconnue et inédite. Il en va de même avec l'irruption du Chapitre, lieu de rassemblement des Protecteurs du Voile, dont l'aspect « école pour apprentis Protecteurs » ne m'a pas séduite et provoque une rupture dans le roman. J'aurais préféré suivre Gair dans une quête personnelle, où il aurait appris à maîtriser son Chant grâce à des épreuves naturelles, et non à travers des cours qui n'auraient pas détonné à Poudlard. Ce manque de cohérence dans l'univers d'Elspeth Cooper m'a ainsi parfois désarmée et amenuisé mon intérêt ainsi que ma crédulité.

Ainsi, je dois avouer que j'attendais trop de ce roman, annoncé par l'éditeur comme rien de moins qu'un « enchantement ». Au fil de ma lecture, mon enthousiasme s'est émoussé, l'intrigue perdant de son originalité et de sa saveur et s'abîmant dans une complexité frustrante. Avec Les Chants de la Terre, Elspeth Cooper signe un premier tome d'une très grande densité mais peut-être un peu trop ambitieux. Le récit se révèle lent, complexe et puissant, à l'image d'un Chant que l'on ne peut maîtriser en notre qualité de novice. Certaines subtilités nous échappent, et l'on peine à saisir toute la richesse de cet univers pourtant minutieux et soigneusement travaillé. Il faut ainsi laisser le récit gonfler, s’intensifier, comme les Chants de la Terre, afin de pouvoir goûter toute sa poésie et sa puissance, à condition de ne pas en perdre le contrôle en cours de route.

Les Chants de la Terre (Songs of the Earth — La Chasse Sauvage, T. 1), Elspeth Cooper, 2011.
Bragelonne, 2011, 476 pages.

6 commentaires:

  1. Un très bel article. Tu me donnes vraiment envie de lire ce roman. La couverture est magnifique.

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    1. Merci Natacha, je suis ravie si je t'ai donné envie de tenter l'aventure !
      C'est une très bonne découverte, malgré quelques déceptions.
      En effet, la couverture est splendide et encore, il faut soulever la jaquette pour découvrir la véritable beauté du livre, car c'est un objet de toute beauté ! Tu peux avoir un aperçu ici : http://img.over-blog.com/375x500/4/31/09/12/IMM/P1010815.JPG
      Bragelonne a fait très fort avec les couvertures des deux premiers tomes, qui sont sensationnelles !

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  2. J'espère que t'es fière de toi, je vais devoir filer mettre ce livre dans ma Wish... TSSS, TON BLOG C'EST UNE SECTE, AVEC TES MOTS DE SORCIERE TU M'AS ENVOUTÉ. Azy, nom d'une licorne à deux têtes, je suis faible... Franchement, l'objet livre en lui-même a l'air très beau et la manière dont tu le vends c'est juste pas possible de résister. Bisou sur ta joue gauche pti' strangulot baveux ♥

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    1. Ouais, j'suis méga fière ! *Rire diabolique*
      Plus sérieusement, ce livre est vraiment une belle découverte, il n'est pas "flawless", mais a du gros gros potentiel. Et puis, l'objet... Mamma mia, il est à tomber ! Bref, mission accomplie s'il est tombé par inadvertance et le plus pur des hasards dans ta wish-list. :)
      Des poutoux dans ta face de scroutt ♥
      (Et ma joue droite alors ? Elle est toute jalouse.)

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  3. Article très complet, un livre de plus à lire, je ne te félicite pas ^^

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    1. Je sais, c'est mal... je ne peux pas m'en empêcher, que veux-tu ? :D

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