mardi 23 septembre 2014

In the After, Demitria Lunetta à la poursuite de la survie


Il y a eu l'Avant. Puis, il y a eu l'Après. Le chaos, la population humaine décimée en quelques jours. La fin du monde. Ou en tout cas, de celui d'Amy, jeune adolescente de quatorze ans, tranquillement vautrée devant la télévision familiale lorsqu'Ils ont attaqué la Terre. Eux, des créatures à la peau verte venues d'ailleurs, avides de la chair des hommes et auxquelles on ne peut échapper. Trop rapides, trop féroces, ils ne font qu'une bouchée de vous. Trois ans après l'apocalypse, Amy, survit au jour le jour avec Baby, une petite orpheline qu'elle a recueillie, sa seule alliée. Mais la relative sécurité qui entoure leur frêle existence ne tardera pas à voler en éclats. Car la traque et la terreur ne s'arrêtent jamais. Ils ne s'arrêteront jamais.


Rien qu'en regardant la couverture, j'en frissonnais d'avance, d'une impatience teintée d'angoisse. Cette route craquelée envahie de végétation sauvage, à l'image du monde brisé des hommes, et ce titre mystérieux titillaient sacrément ma curiosité. J'aime les récits d'anticipation noirs et pessimistes, les ambiances post-apocalyptiques bien poussiéreuses. J'aime quand tout se casse la gueule. En mettant les pieds dans l'enfer d'In the After, j'ai été royalement servie.

Dès l'ouverture du récit, Demitria Lunetta nous plonge dans le chaos. Pas le temps d'attacher sa ceinture ou de revêtir son gilet de sauvetage, démerdez-vous ! À Chicago, où survit la jeune Amy Harris, c'est la jungle. La végétation anarchique défonce les routes crevassées, les maisons sont éventrées et les magasins abandonnés, tout comme les rues, la ville, le pays, le monde entier. Tout est parti en vrille quand Ils sont arrivés. Ceux qu'on appelle les Floraes.
Dès les premiers mots, Demitria Lunetta installe une ambiance pesante, angoissante, qui prend aux tripes et nous met délicieusement mal à l'aise. On découvre à travers les yeux d'Amy un monde dévasté, où la population humaine a été quasiment anéantie par l'arrivée de créatures extra-terrestres avides de chair humaine. Bien que j'aie été un peu décontenancée par le fait que ces aliens portent presque le même nom que moi (ce qui est un peu vexant quand on considère leur manque de glamour), je dois avouer que ceux-ci exercent une terreur qui égale notre fascination. Comment sont-ils arrivés ? Pourquoi ? Amy est dans l'obscurité la plus totale, mais sa priorité numéro 1, c'est de survivre un jour de plus. L'angoisse chevillée au cœur, on la suit ainsi dans ses périples nocturnes, alors qu'elle part en quête de vivres et de vêtements, accompagnée de Baby, petite fille furtive et plus silencieuse qu'une tombe. Mais le danger n'est jamais loin et la tension grandit au fil des pages, chatouillant notre colonne vertébrale de nombreux frissons.

Heureusement, on peut compter sur Amy pour nous dépêtrer des situations les plus alarmantes (autrement, je serais morte dès la deuxième ligne). Bien qu'un peu brutale et sauvage de prime abord, on apprend à percer la carapace de notre héroïne au fil de sa survie, et je l'ai trouvé étonnamment touchante. Dans l'Avant, Amy n'avait rien d'une warrior, elle vivait sa petite vie d'ado insignifiante et trouvait ses parents ringards — et ne se privait pas pour le leur faire remarquer. Chose qu'elle regrette amèrement dans l'Après, ayant perdu toute sa famille lorsqu'Ils sont arrivés. L'auteure dévoile avec finesse l'horrible sensation de vide qui règne dans le cœur d'Amy, seule et abandonnée dans l'Après. Du moins, jusqu'à ce qu'elle trouve Baby, petite fille orpheline qu'elle prend sous son aile.


Habituées à vivre dans le silence total depuis l'Incident, elles ne parlent jamais à haute voix, mais développent leur propre langage des signes, ce qui leur permet de renforcer encore davantage leur lien et de créer un univers qui n'appartient qu'à elles. Les autres personnages ne sont pas en reste et livrent une palette de personnalités très variée, chacun luttant contre ses propres démons. Si j'ai eu envie d'étrangler à mains nues cette insupportable Amber, aussi silencieuse qu'un éléphant dans cet univers de danger permanent, j'ai beaucoup apprécié Rice, le scientifique geek gentil et nerveux.

En plus d'instaurer une atmosphère angoissante à souhait, qui vous donne sans cesse envie de regarder derrière votre épaule, Demitria Lunetta façonne ensuite un univers intéressant, au sein d'une construction narrative plutôt traditionnelle mais efficace. Divisé en trois parties, le récit nous entraîne du pur survival à la dystopie, en confrontant des univers et des temps différents. Je ne préfère rien dévoiler, car il est important de débarquer dans ce livre dans le noir le plus total.
L'auteure multiplie ainsi les surprises et les rebondissements, au sein d'une aventure haletante et qui, à l'image des Floraes, ne nous laisse pas souffler une seule seconde, servie par un style simple mais direct et brutal qui retranscrit parfaitement la dureté impitoyable de la survie quotidienne d'Amy et de Baby. Seule la fin m'a quelque peu déçue, notamment en ce qui concerne la nature véritable des Floraes (mystère !) et de l'éclaircissement de leur arrivée révélés dans les toutes dernières pages, qui manquent tous deux d'originalité. Malgré cette légère faille, je suis néanmoins prête et terriblement excitée à l'idée de découvrir la façon dont Amy s'en sortira par la suite dans In the End, le second tome à venir.

Avec In the After, Demitria Lunetta signe un premier récit hautement réussi, nourri d'une tension qui ne veut pas vous lâcher jusqu'à la fin. Une plongée dans l'Après que j'ai goulûment dévorée, n'épargnant aucune page dans ce délicieux carnage.

In the After (T. 1), Demitria Lunetta, 2013.
Éditions Lumen, 2014, 409 pages.


Dévoré en lecture commune avec la chouette d'amour Saefiel.
Pour savoir si elle a survécu dans l'Après, faufilez-vous en-dessous :

19 commentaires:

  1. Mais quelle chronique ma petite fleur des bois ! Quelle chronique ! C'est vivant, c'est exactement ça !
    C'est marrant je n'avais pas fait le rapport avec la dystopie sur la seconde partie alors que tu as raison on est en plein de dans (ouuuuh la honte alors que j'ai fais un mémoire dessus quand même.)
    Et j'ai pas parlé d'Amber dans ma chronique parce que rien que de la nommer ça me donne de l'urticaire, cette fille est une saloperie. J'ai pas d'autres mots.
    Je me demande vraiment ce que le second va donner, je crois que c'est le dernier vu qu'il n'y a pas de suite prévue mais du coup ça me paraît court pour résoudre autant de problèmes qui se sont posés. J'ai aussi cru comprendre qu'il y allait avoir un triangle amoureux et ça me plaît moyen moyen mais bon... J'ai hâte quand même et j'espère qu'on pourra le lire ensemble en LC parce que j'ai adoré faire celle ci avec toi <3

    Des bisous <3

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    1. Oh merci mon petit rollier à gorge lilas ♥
      J'ai mis du temps à percevoir le côté dystopique aussi, vu que ce n'est pas ce qui est mis au premier plan d'emblée, mais c'est une facette intéressante du bouquin ! (En même temps, t'en as assez bouffé comme ça, on comprend que tu ne t'y sois pas attardée davantage ^^)
      Aaaaargh, Amber ! Elle me donne de ces envies de meurtres, celle-là.
      En tout cas, voui, je suis très curieuse de savoir ce que le second tome nous réserve, vu les nombreuses questions qui sont restées en suspens... Mince pour le triangle amoureux cela dit, c'est vrai que ça m'emballe moyen aussi. Enfin, gardons espoir ! Et ce sera avec graaaand plaisir pour une deuxième LC !

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  2. Je crois que je suis la seule à avoir ris dans la première partie du roman et que je n'ai pas ressenti cette tension comme je me devais de le sentir malheureusement... peut-être parce que j'ai décelé une ironie très mignonne de la part d'Amy XD. Celle que je peux pas blairer dans ce livre (nan ce n'est pas Amber) c'est la mère d'Amy... j'ai toujours du mal à me concorder avec les parents des héros T_T.

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    1. Hmmm... Effectivement, je ne me souviens pas d'avoir ri dans la première partie, mais plutôt de m'être crispée ! En même temps, je suis peureuse et facilement influençable. Après, c'est vrai qu'Amy a des réparties et des pensées un peu cyniques ou sarcastiques qui peuvent faire sourire. :)
      Rah oui, la mère d'Amy m'a bien énervée également... C'est dommage néanmoins parce que j'ai eu la sensation que son personnage n'était pas creusé au maximum. Mais peut-être le sera-t-il dans la suite ?

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  3. Le speech me fait VRAIMENT penser à La 5ème vague (livre totalement merveilleux au passage), alors je suis vraiment curieuse. J'ai peur à la fois que ça y ressemble beaucoup (trop).
    Mais voila, ça me donne bien envie, et ta chronique aussi !

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    1. Rah, hélas, La 5e Vague est toujours dans ma pile à lire, alors, je ne peux pas te donner un avis sur les différences et ressemblances entre les deux livres... Cela dit, Sae avait peur de ça également, et au vu de sa chronique, ça ne l'a finalement pas dérangée, même si le matériau de base est plutôt similaire. Moi je dis, pour te faire un avis, il faut te laisser tenter, mouhahahah.

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  4. J'ai adoré ce livre :)
    J'adore ta présentation des chroniques : très agréable et original ;)

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    1. Merci Léa, ton commentaire me fait très plaisir ! ☺︎
      Je suis contente que tu aies aussi apprécié In the After, ça ne fait que confirmer le potentiel du livre. Une excellente découverte !

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  5. J'ai toujours su que les Floras étaient des êtres dangereux ! Sous des airs gentils, tout ça, avec un blog tout mignon qui parle de lectures intéressantes, ils ne rêvent que d'une chose : bouffer l'humanité et conquérir le monde ! Voilà, la vérité éclate au grand jour, haha !

    Hein, quoi, c'est les FloraEs en fait ? J'ai oublié un petit "e" dans l'histoire ? Ah ok, non mais Flora c'est pas pareil, elle est gentille elle, rien à voir avec ces trucs verdâtres là... Hein Flora c'est vrai, hein ?

    Tu me pardonnes ? ;)

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    1. Viens par-là que je te zigouille avec mes petites dents d'alien, espèce de coquin ! Hahaha, mais que crois-tu donc ? Tu n'as pas vu ce qu'il y a écrit au-dessus du logo qui renvoie à la page Facebook du blog ? La conquête du monde, ç'a toujours été mon truc. ;) (Bouffer les gens, un poil moins, mais s'il faut se forcer, je peux faire des concessions, à condition d'ajouter un peu de moutarde.)

      Voilà, maintenant que tu connais ma véritable nature (bien moins mignonne que mon masque hermionien), tu ne vas plus m'embêter. :P

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  6. L’extrait au milieu de ton article est glaçant ! Il y a des passages gores ?

    "Bien que j'aie été un peu décontenancée par le fait que ces aliens portent presque le même nom que moi (ce qui est un peu vexant quand on considère leur manque de glamour) »

    Hahahaha :D

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    1. Héhéhé ! ☺︎

      Des passages gores ? Mmmh, non, il y en a très peu, c'est parfois un peu sanglant quand les aliens se font éclater ou prennent leur repas du soir, mais c'est toujours supportable vu que c'est pour un public qui peut être assez jeune. Et puis quand on a vu Walking Dead, c'est du pipi de chat à côté. ;) C'est plus l'atmosphère tendue qui prend aux tripes, en fait !

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  7. Ah c'est sûr que Walking Dead ^^... Je trouve que les saisons s'améliorent au fil du temps, quelle série !

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  8. J'ai adoré ta chronique <3 Je ne sais pas si je vais attendre la sortie française du tome 2...^^

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    1. Merci ! :D
      Rah, je t'envie si tu craques pour la version originale du tome 2, car je suis trop paresseuse pour lire en anglais... Je vais donc poireauter jusqu'à la traduction. Et tu pourras me faire allègrement chanter. ^^

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  9. Eh bien, quelle chronique ! Je crois qu'on est à peu près d'accord sur tout :)
    Comme je savais que tu l'avais lu, quand j'en suis arrivée à la découverte du vrai nom des Floraes, je me suis dit "Hou, ça va pas plaire à Flora, ça ^^".
    Au départ, j'ai eu un peu peur du passage dystopie, mais en fait il était vraiment bien tourné ! Bref : vivement la suiiiiiiite !

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    1. Voui, je crois que c'est un coup de poing partagé ! Cette lecture m'a vraiment marquée, et je ne sais pas comment je vais faire pour attendre patiemment la suite (des offrandes à Lumen, ça marche, tu crois ? Ou je peux menacer de me transformer en monstre vert ?).
      Hahaha, c'est sûr que les Floraes... c'est moyen quand même. Et puis ça fait tout mignon comme nom, tu ne trouves pas ? Alors que les bê-bêtes sont quand même pas très sexy, j'aurais plutôt vu un nom moche comme "Gravolae", un truc du genre. M'enfin. Je retiens cette provocation pour une vengeance ultérieure. ^^
      J'ai un peu tiqué aussi au commencement de la deuxième partie, d'autant plus que la première est juste magistrale, mais même si c'est différent, c'est tout aussi prenant... Bref, y a plus qu'à patienter. Grumph (ça y est, je commence à me transformer).

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  10. Je suis tellement, tellement d'accord avec ta chronique mon p'tit chat <3 Elle est parfaite !
    Je te dois entièrement cette belle découverte. Sans toi, je serais passée à côté ! Alors, MERCI <3

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    1. Je n'ai fait que mon humble devoir, mon petit Bouchon, mouhahaha ! Tu peux pas savoir à quel point ça me fait plaisir de te l'avoir fait découvrir et qu'il ait gagné ton p'tit coeur ! J'en suis tout émue :D ♥

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