dimanche 31 août 2014

Le Passage des ombres, Alice Moss ~ Promenons-nous dans les bois...


À Winter Mill, petite bourgade perdue au plus profond de l'Amérique, rien d'extraordinaire ne vient perturber le calme tranquille de la vie. Du moins, était-ce le cas avant que de gros flocons de neige ne revêtent précocement la ville d'un lourd manteau blanc. Et le climat n'est pas le seul à se détraquer, car de nouveaux venus débarquent en ville avec, d'un côté, d'inquiétants bikers, et de l'autre, la riche famille des Morrow. Faye McCarron, lycéenne ordinaire à la peau pâle et aux cheveux d'ébène, fait bientôt la rencontre de deux des nouveaux arrivants, Finn, le jeune biker taciturne et rebelle, et Lucas, le fils Morrow, sûr de lui et enjôleur. Entre ces deux garçons, le cœur de Faye s'emballe, à l'image des événements à Winter Mill, qui voit se dérouler des choses de plus en plus étranges. Un cadavre retrouvé dans la neige, des loups rôdant dans les bois... Quelque chose de maléfique tisse son infâme toile.


En posant le pied dans la neige de Winter Mill, j'avais beaucoup d'attentes et d'espoirs. Je l'avoue, le somptueux loup ornant la couverture n'y était pas étranger. J'avais envie d'une histoire sombre, fantastique, inquiétante. Au fil de ma lecture, mes espoirs se sont finalement étiolés, mais bizarrement, cela ne m'a pas empêchée de pleinement la savourer.

L'histoire s'annonce pourtant d'une grande simplicité. Une ville recluse et ordinaire, une héroïne banale, mais qui cache un exceptionnel potentiel, tombant dans un triangle amoureux un peu convenu — le brun ténébreux face au blond enjôleur — avec en toile de fond, des loups, un cadavre, et un curieux sentiment que quelque chose de louche se trame. Et qu'il n'y a que l'héroïne pour le découvrir et y mettre fin. Jusqu'ici, rien de méchamment original, et c'est ce que je reproche globalement à ce premier tome, qui m'a laissée sur une faim de loup. J'avais un appétit gargantuesque avant d'ouvrir le livre, et en le refermant, j'ai eu l'impression de n'avoir pas eu grand-chose à me mettre sous la dent.

Miroir, mon beau miroir...
Dès le début du récit, on se laisse porter par la plume d'une grande simplicité de l'auteure qui, loin d'être désagréable, manque hélas de poésie et d'envolée, à l'image de l'histoire que celle-ci tisse. Cette plume sobre et limpide n'est pourtant pas un frein à la lecture et la facilite au contraire, le lecteur se laissant glisser sans difficulté dans les aventures de Faye. L'héroïne n'a quant à elle aucun mal à s'attirer notre sympathie car, fraîche et réfléchie, elle apparaît étonnamment mûre, bien plus que sa meilleure amie Liz, beaucoup plus « fo-folle » mais non moins attachante. Les personnages s'avèrent ainsi bien plus fins qu'ils ne le paraissent à l'origine, y compris les héros masculins, car Finn et Lucas ont chacun leurs part d'ombre et de lumière et parviennent à surprendre le lecteur, malgré un triangle amoureux qui finit par être légèrement agaçant à la fin (surtout que l'on sait pertinemment sur qui la demoiselle va jeter son dévolu dès le début, donc vas-y ma fille !).

Si, au fil des chapitres, j'ai mis mes pas dans les empreintes enneigées de Faye avec plaisir, vivant à ses côtés la terreur d'une poursuite avec les loups dans les bois enténébrés, puis ses investigations dans la lueur blanche du jour avec le même intérêt, ma seule déception réside dans la simplicité des fils de l'histoire, alors que l'univers imaginé par Alice Moss recèle de potentialités. Dès la sixième page, j'avais déjà deviné un élément de taille dans le récit, en relation avec le très court prologue, ce qui a contribué à ma déception. Néanmoins, si l'histoire se met lentement en route au profit de virées shopping entre Faye et Liz qui n'apportent rien de concret à l'histoire, l'intrigue prend peu à peu son envol et lorsqu'elle dévoile les inquiétantes ombres et le fascinant miroir qui les contient, l'originalité du récit brille enfin. Cet aspect du roman, bien que central mais trop peu mis en lumière, est réellement fascinant et invite de nombreuses questions. Malheureusement, cette originalité se voit légèrement ternie par un élément filial qui n'est pas sans rappeler, que dis-je, qui crie même sa ressemblance avec The Vampire Diaries, ce qui est fort regrettable.


L'ensemble contient ainsi un sentiment de déjà-vu, mais on découvre toutefois l'histoire avec plaisir et curiosité grâce à l'atmosphère incroyable du récit. Là réside en effet le pouvoir évocateur du roman, dans les paysages qui blanchissent sous la neige, les yeux d'or des loups qui scintillent dans les ténèbres des bois, mais aussi dans le gigantesque et angoissant manoir des Morrow... L'ambiance fantastique du roman nous prend aux tripes et nous donne la chair de poule, et j'ai plusieurs fois frissonné face aux descriptions lugubres des décors. En contrepartie, l'ambiance chaleureuse qui règne dans la librairie tenue par la tante de Faye ajoute une dose de chaleur bienvenue et incroyablement douillette dans laquelle on se pelotonne avec délice. Subjuguée par l'atmosphère des Passages des ombres, j'ai pu ainsi dévorer cette histoire souffrant de quelques failles avec un plaisir intact.

Mon ressenti, en sortant des Passages des ombres, est ainsi bigrement bizarre, car j'ai été un poil déçue par la grossièreté de certains fils de l'intrigue mais j'ai néanmoins englouti ce récit avec un appétit vorace. Je suis tombée sous le charme de Faye et de Finn (navrée, Lucas, mais tu n'es pas pour moi) et j'ai été entièrement séduite par l'atmosphère du roman. Avec Le Passage des ombres, Alice Moss livre un premier tome simple mais non moins prenant et divertissant, qui se dévore sans efforts. À savourer au plus froid de l'hiver, au coin du feu — ou du radiateur —, bien au chaud sous sa couette et une tasse de thé ou de chocolat brûlant entre les mains.

Le Passage des ombres (Mortal Kiss — T. 1), Alice Moss, 2011.
Éditions Milan, collection Macadam, 2014, 381 pages.

2 commentaires:

  1. Réponses
    1. C'est un livre pour (jeunes) ados sans prétention et qui se dévore tout seul en effet ! Il ne faut pas s'attendre à un chef-d'oeuvre, mais sa simplicité ne m'a pas empêchée de passer un très bon moment. Idéal pour se détendre ! :)

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