mercredi 16 juillet 2014

La Couleur de l'aube, Agnès Marot nous éblouit de mille couleurs


Éblouie, je l'ai été dès les premiers mots, qui ont capturé mon cœur de lectrice pour le maintenir prisonnier jusqu'au dernier souffle de cette échappée lumineuse et poétique. Le prélude seul suffit à conquérir le lecteur, beau et triste à la fois, à l'image de l'âme de ce roman empli de délicatesse et de brutalité. D'emblée, le ton nous est donné, et le cœur du récit dévoilé. Lumières contre ténèbres, tel sera le combat qui liera Alya et Ealeth dans leur lutte pour faire renaître l'espoir sur le visage des hommes, et repeindre le monde de ses couleurs chatoyantes afin de le sauver de sa déliquescence.

Éblouie, j'ai ainsi été par cette histoire qui oppose l'essence de la nature aux cités des hommes. Jalousie. Désir. Rire. Colère. Haine. Incarnés par cinq cités, ces vices livrent les hommes à la corruption et à la folie, attisant les rancœurs, les moqueries, les envies, la luxure et les actes les plus ignobles. Face à cette déchéance, Doha, le monde-nature, se meurt et voit les couleurs autrefois pleines de vie de la terre s'effacer au profit du marron et du gris qui recouvrent les cités et ternissent le cœur des hommes, aveuglés par leurs sombres pulsions. Le seul espoir de Doha brille dans la chevelure d'or de la jeune princesse de la cité d'Yildiz, Alya. Afin d'être protégée des atrocités du monde extérieur, Alya traverse son enfance aveuglée d'un bandeau de soie noire et apprend à découvrir la réalité par ses autres sens. Dans cette nuit perpétuelle, son seul repère est Ealeth, jeune domestique issu de la fange. Et lorsqu'Ealeth pose les yeux sur Alya, rayonnante de beauté dans son jardin aux fleurs colorées, derniers vestiges de Doha dans cette cité maudite, son cœur connaît pour la première fois le bonheur. Avec l'éclosion de cet amour pur et innocent, naît un espoir, ténu mais réel, de voir les couleurs fleurir à nouveau sur la terre.

Éblouie, je l'ai été encore davantage par le duo fort de ce récit, et par l'antagonisme de ces deux personnages que tout oppose de prime abord. Elle, princesse à la peau de porcelaine ; lui, domestique né bâtard au teint hâlé. Le lecteur se place tour à tour derrière les yeux des deux protagonistes ; ceux aveugles d'Alya, perdue dans sa nuit sans fin, et ceux d'Ealeth, qui guide chacun de ses pas comme une ombre bienveillante. L'auteure confronte ainsi habilement deux pensées, mêlant le langage précieux de la princesse à l'accent paysan du domestique, qui s'estompera peu à peu au fil des ans. C'est avec tendresse et affection que l'on suit les tâtonnements d'Alya et d'Ealeth dans ce monde qui s'étiole, et que l'on assiste à l'évolution de chacun et du lien tacite qui les unit. Lorsqu'à sa majorité, Alya ôte enfin le bandeau qui l'aveugle et découvre le monde tel qu'il est, brutal et dénué de couleurs, la désillusion lui perfore le cœur. Sa seule lumière dans ce tableau d'ombres est Ealeth, mais la princesse sait que le droit d'aimer ne lui sera jamais accordé et qu'elle n'aura d'autre choix que d'épouser un prince. Plongés dans un combat et un amour impossibles, Alya et Ealeth vont chercher au plus profond d'eux-mêmes un infime espoir, une lueur dans les ténèbres qui pourra rayonner sur les hommes et incarner le salut de Doha.

Éblouie, je l'ai enfin été par la somptueuse et délicate poésie qui habite chaque phrase, chaque mot de ce récit. Lorsque la beauté de l'histoire se fait le miroir de la beauté de la langue, la magie opère d'elle-même. La plume d'Agnès Marot danse d'une ligne à l'autre et se livre à un gracieux ballet qui renforce l'onirisme envoûtant du roman, donnant tantôt corps à la noirceur la plus profonde, tantôt à la lumière la plus éclatante. Puisqu'elle est la première de l'auteure, cette œuvre possède ainsi une beauté, une maîtrise et une puissance qui n'en sont que plus admirables.

Ainsi, si j'avais déjà goûté à la délicieuse plume d'Agnès Marot en suivant la jolie aventure de Sibel De l'autre côté du mur, La Couleur de l'aube a pénétré encore plus profondément dans ma chair, grâce à l'onirisme et à la poésie de l'histoire et de ses mots qui m'ont procuré les mêmes frissons que ceux d'Eathel, à la vue d'Alya tourbillonnant dans son jardin aux mille couleurs. Par tant de beauté, nous avons tous deux été éblouis.

La Couleur de l'aube, Agnès Marot, Armada Fantasy, 307 pages.

Un peu de magie et d'amour distillés par la plume de l'auteure... et de ses chats.

4 commentaires:

  1. Une chronique ... éblouissante ^^

    Et qui je l'admets, me donne une grande envie de feuilleter et de découvrir ce roman jeunesse ( car ma foi, l'histoire semble fort originale, et votre efficace compte rendu a réussi à éveiller mon intérêt ! ) Mission réussie de ce côté là.

    De plus, une ( intriguante ) auteure qui sait agrémenter ses dédicaces avec de mystérieux petits chats, ne peut qu'être une auteure qui remporte de suite mon capital sympathie hé hé hé !

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    1. Je dois être rouge comme un coquelicot à la lecture de votre commentaire, ma chère Constance, je suis vraiment ravie que ma chronique et ce beau livre aient piqué votre curiosité !

      Et je suis bien d'accord, ces petits chats ont de suite gagné mon adhésion avant même d'avoir lu la première ligne ! C'est une touche personnelle et originale que j'apprécie beaucoup, d'autant plus que la dédicace est très belle (cela change des auteurs avares de mots...). Je ne suis guère surprise que vous soyez également sensible à ce genre de détail ! :-)

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  2. Quelle chronique ! Je suis admirative quant à ton maniement des mots :) Ta critique donne envie de découvrir ce livre.

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    1. Oh, dans mes bras, Acro ! Venant de toi, je suis vraiment flattée par ton compliment, merci infiniment !

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