dimanche 1 juin 2014

Quand l'artiste se plie À mon seul désir ~ chapitre 1

Amateurs de trésors et de merveilles,

Ce n'est pas qu'une relation marchande, c'est une véritable relation d'amour qui me lie à l'extraordinaire boutique À mon seul désir, dont j'ai déjà exposé discrètement quelques modèles via certains clichés de ce blog. Médiéval, steampunk, victorien, elfique, gothique... Toutes les merveilles sont chez À mon seul désir, et pour vous faire une idée de cette magie, allez gambader sur le site.
Acheteuse fidèle et adepte transie de la boutique, je mourrais d'envie de percer les secrets de cette curieuse petite usine à trésors car, face au renouvellement constant de la boutique et l'incroyable imagination de sa fondatrice, je restais sidérée, la tête pleine de questions sur le travail unique de cette femme si talentueuse. À force de moult offrandes et sacrifices à la Dame à la Licorne, la créatrice, Constance, une artiste fort discrète aux doigts de fée, a ainsi accepté de se livrer au travers d'un entretien exclusif en deux chapitres. Ouvrons donc le premier sans attendre...


I. Bienvenue sur Une page s'ouvre, chère Constance, et mettez-vous à l'aise. Pouvez-vous présenter en quelques mots la mystérieuse personnalité qui se cache sous le masque de la créatrice ?
Tout d'abord, un grand merci de m'avoir proposé cet entretien, qui je le souhaite, saura intriguer vos fidèles lecteurs à défaut de les passionner comme vous le faites avec vos trépidantes chroniques littéraires.

Me présenter en quelques mots ? Une très grande enfant… qui même si elle a beaucoup grandi depuis, a gardé un goût très prononcé pour l'imaginaire, le merveilleux et le fantastique. D'une nature plutôt réservée, discrète et peu loquace en société mais qui a contrario, peut être d'un tempérament très exubérant avec ses proches.
Mon activité de confection de bijoux (un métier chronophage comme souvent dans l'artisanat) m'occupe beaucoup et le peu de temps libre qu'il me reste est souvent consacré aux livres, cinéma, DVD et séries télévisées...

II. Quel chemin vous a conduit vers la passion de la joaillerie et de la création artisanales ? S’agit-il d’une vocation de toujours ou d’une passion devenue métier ?
J'ai eu la chance de grandir dans une famille très créative (mes parents étaient professeurs en arts plastiques) et même si personne ne m'a jamais poussée à « faire de l'art », c'est certainement par mimétisme avec mon milieu familial (et aussi la possibilité d'avoir accès à plein d'outils : feutres, crayons, pinceaux, peintures) que j'ai pris goût très jeune aux activités manuelles.

À dire vrai, je me destinais plutôt au dessin ou à l'illustration :

Exemples de travaux de 1999 à 2005 : feutres, crayons, gouaches, peintures sur bois...

Mais mes démarches pour trouver un débouché dans ce milieu sont restées sans succès.

La rencontre avec les bijoux fantaisie s'est faite de manière fortuite : en 2006, dans les rebuts d'un atelier de couture, je tombe par hasard sur des chutes de tissu et de dentelles… Or, Marie Antoinette de Sofia Coppola venait justement de sortir au cinéma et comme beaucoup de spectateurs à l'époque, j'avais été transportée par la qualité des costumes et des accessoires présents dans le film. C'est donc en voyant tous ces matériaux soyeux et colorés destinés à la poubelle que je me suis dit : « On va fabriquer des colliers comme dans Marie Antoinette ! » Même si avec le recul, cette anecdote paraît un peu risible, elle reste néanmoins véridique…

III. Quelle est la genèse de cette grande aventure qu’est À mon seul désir ? Comment ce projet est-il né et quelle est son histoire ?
Tout simplement, parce qu'une fois débuté ce petit commerce de bijouterie fantaisie (via le site Ebay à l'époque), il fallait aussi le pérenniser et surtout l'officialiser auprès de la Chambre des Métiers et de l'Artisanat.
Il serait trop long de narrer par le début le parcours édifiant d'un jeune entrepreneur qui souhaite se lancer dans la grande aventure, mais là encore, j'ai eu la chance de démarrer mon activité (en 2007-2008) en même temps qu'une amie (la gérante de la boutique TEMOA à Paris) et nous avons pu nous épauler dans ces diverses démarches.

IV. Vous avez choisi pour nom de baptême de l’entreprise l’intitulé de l’une des tapisseries de la Dame à la Licorne, la plus énigmatique. Comment avez-vous découvert cette œuvre et quels liens vous lient ?
Les licornes (et les dragons...) ont toujours peuplé mon univers de petite fille. Comme assurément de nombreuses autres petites filles à travers le monde, n'est-ce pas ?


Ma tante m'a récemment restitué l'un de mes dessins d'enfant. Dessin dont j'avais totalement oublié l'existence (!) mais qui répondra peut-être en partie à votre question.
Car apparemment, tout était déjà en place, de nombreuses années auparavant... Le Lion, la Dame, la Licorne et À mon seul désir. 


Je précise que même pour moi, le « mystère » de la tapisserie reste entier !

V. Comment travaillez-vous au quotidien ? Avez-vous un petit atelier où vous réfugier ? Un air de musique en fond ou un silence de plomb ? Une boule de poils qui s’installe sur vos genoux pendant votre besogne ? 
De la musique ! Je pourrais difficilement me passer de musique au quotidien, c'est assurément le grand moteur qui rythme les heures de mes journées.
L'atelier à proprement parler est très réduit puisque (attention, scoop !) il s'agit de la même table qui sert à prendre les repas ou à recevoir des invités… Pouvoir enfin pousser les murs et gagner un peu plus d'espace serait un vrai luxe !

Les trois chats (« vaches sacrées » serait un terme plus exact) ne prennent que rarement part à ma besogne. Leur emploi du temps est extrêmement chargé : dormir, manger, faire la sieste, minutieux toilettages… ce sont des créatures débordées.

Mon système de rangement qui fait toujours rire les copines : 100 % boîtes de crème glacée recyclées
À noter, une certaine propension au parfum vanille
VI. Quelle est la journée type d’une créatrice de bijoux artisanaux ? Confectionnez-vous les bijoux le matin, l’après-midi, à la nuit tombée ou les trois à la fois ?
Il paraît que certains écrivains n'écrivent que très tôt le matin ou d'autres tard dans la nuit… Personnellement, je confectionne les bijoux en fin de journée (voire effectivement, à la nuit tombée comme vous le dites si bien, car c'est le moment idéal où je suis certaine de ne plus être importunée par le voisinage ou le téléphone).
Mais cela ne signifie pas que le reste de la journée soit désœuvré, au contraire, entre les commandes à préparer, le passage à la Poste, les bijoux à photographier, les photos à retoucher avant de pouvoir les mettre en ligne sur la boutique, actualiser le site Internet, ainsi que le blog de manière quasi-quotidienne et si possible, répondre aux mails en attente : l'activité ne s'arrête vraiment jamais.

Finalement, la confection de bijoux n'occupe que trop peu de temps (hélas !).

VII. Les mises à jour sont quotidiennes sur le site, et mettent souvent en lumière deux ou trois nouveaux modèles à la fois (pour notre plus grand bonheur !). Comment faites-vous pour garder un rythme si soutenu ?
Certainement parce que je mets un tigre dans mes céréales du petit-déjeuner, hé hé !

Pour être plus sérieuse : comme pour tout commerce en ligne, il est nécessaire d'entretenir l'intérêt des visiteurs aussi souvent que possible, car un site qui ne se renouvelle pas suffisamment sera toujours potentiellement moins attractif auprès des internautes. Ces nouveautés régulières sont un peu la surprise du chef : l'assurance que le chaland, piqué dans sa curiosité, reviendra les jours suivants afin de guetter les prochains modèles disponibles à la vente.

VIII. J’imagine que le temps de conception des bijoux varie sensiblement d’une paire de boucles d’oreilles à un collier très sophistiqué. Combien de temps nécessitent les différents bijoux que vous proposez ?
Comme vous le constatez, cela dépend essentiellement du type de bijoux, un diadème très élaboré ou même un grimoire médiéval nécessiteront inévitablement un travail à étaler sur plusieurs jours, ne serait-ce que pour respecter les différentes phases d'assemblage propres à la confection des ces objets (modelage, montage, collage, séchage, etc.).

Couronne de mariage elfique « Arwen » (comporte plus de 330 perles assemblées en 12 rangées)


Mais le facteur clef reste avant tout la « créativité » (une notion totalement aléatoire et versatile) qu'on ne maîtrise évidemment pas toujours. 

Parfois, l'ouvrage paraît simple, facile et évident, comme allant de soi. Les pièces se mettent en place toutes seules, le travail avance vite et on peut se coucher gratifié d'avoir passé une journée productive de travail. Alors qu'à d'autres moments, rien ne fonctionne, tout paraît laborieux et compliqué et on est malheureux d'avoir perdu tant de temps sans rien avoir produit de concluant. 

Heureusement, « demain est un autre jour » (merci Scarlett O'Hara) avec toujours de nouvelles promesses !

IX. Comment élaborez-vous un nouveau bijou ? Avez-vous déjà une idée précise avant de le façonner ou faites-vous des simulations et des essais avant de trouver le bijou qui se cache dans le matériau ? 
Je me souviens que lorsque j'ai débuté le Steampunk, j'ai eu le matériel à disposition sous les yeux pendant au moins six mois et pas d'idées intéressantes... Et puis un jour, c'est venu tout seul : je savais exactement ce qu'il me fallait faire et comment agencer les pièces pour créer des bijoux cohérents avec les matériaux dont je disposais.

Florilège des premiers articles Steampunk en boutique (début d'année 2010)

Mais cela reste un exemple exceptionnel. 

Pour des bijoux simples, on peut facilement modéliser dans sa tête ce que l'on va confectionner, la manière dont seront assemblés les différents éléments et comment les associer. Néanmoins, pour des pièces plus compliquées (les armures et les coiffes notamment)...

Amalthée, la Nymphe en armure (Julie de Moura photographie/PsychéOphiuchus modèle/Dita MakeUp maquillage/Jennifer Groët coiffure)

Coiffe « Akasha » (mise en valeur par Julie de Moura photographie/Yurie Nakatomie modèle/Jennifer Groët maqillage et coiffure)

... il n'existe pas de plan de montage « ready made » ! C'est là que ça se corse car le travail peut devenir hasardeux et fastidieux. 
Toutefois, lorsqu'on réussit enfin à « pondre » quelque chose de singulier et de vraiment original (bien moins souvent qu'on ne le souhaiterait, cela dit) la gratification personnelle reste intense.

X. Quels sont les matériaux que vous préférez travailler ? Et ceux qui vous donnent le plus de fil à retordre ?
La fausse fourrure est un tissu pelucheux dont j'adore la texture, mais une vraie catastrophe à découper !

XI. Quel est le type de bijou sur lequel vous prenez le plus de plaisir à travailler ?
Mes « projets personnels » assurément, ceux qui sont utilisés pour les séances photos réalisées dans le cadre de la boutique. Cela me prend un temps fou mais j'essaye toujours d'y mettre le meilleur de moi-même. Comme je sais que ce ne sont pas des pièces destinées à la vente, je ne me sens pas bridée dans mon ouvrage par des questions matérielles et je laisse libre cours à ma fantaisie. Juste pour le plaisir !

XII. Y a-t-il un style qui est plus cher à votre cœur que d’autres ? 
Ah ! ah ! Question piège...
Je crois pouvoir dire que je me retrouve dans à peu près toutes les facettes des articles proposés en boutique, je n'irais pas jusqu'à dire que je suis « protéiforme » mais sûrement un peu caméléon... 

Toutefois, s'il fallait choisir un thème particulier, ce serait probablement le médiéval fantastique car (et de le vérifier avec les adaptations récentes du Seigneur des Anneaux de Tolkien par Peter Jackson ou la série télévisée Game of Thrones issue des livres de G. R. R. Martin) il y a des univers historiques qui ne se démodent pas. Et c'est tant mieux !


Le mot de la fin ? Ce n'en est pas vraiment une... Si ce souffle de magie a piqué votre curiosité, ne vous éloignez pas trop, car le chapitre 2 de ces petites confessions ne saurait vous faire trop attendre !

Je tiens également à remercier chaleureusement Constance pour avoir accepté de livrer un peu d'elle-même et de son incroyable travail à travers cet entretien. C'est une grande fierté et un immense honneur que de distiller un peu de sa féérie dans ce coin rempli de bouquins !

5 commentaires:

  1. Brillante idée que celle de faire découvrir la discrète et talentueuse Constance au monde entier! Je me réjouis d'ores et déjà de la deuxième partie à venir!
    J'ai découvert votre blog grâce à elle et j'apprécie tout particulièrement les chroniques de la vie trépidante d'une lectrice dans lesquelles je me reconnais bien souvent! Un joli blog bien présenté et avec une touche d'humour! Bravo!

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    1. Je suis ravie que l'initiative ait fait mouche ! Je dois avouer que j'étais très curieuse à propos de sa merveilleuse activité, alors j'imaginais que c'était le cas de beaucoup de ses admiratrices... Si vous en faites partie, je suis donc comblée, mission accomplie !
      Merci infiniment pour ces compliments qui me touchent beaucoup, je suis vraiment ravie que mes petits moments de vie de lectrice vous parlent ! Au plaisir de vous recroiser par ici !

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    2. Mais ce sera avec plaisir! Même si d'ordinaire, je ne laisse pas de commentaires, je lis néanmoins vos chroniques avec attention! Après bien des années en tant que lectrice assidue, je suis passée il y a trois ans de l'autre côté du comptoir si j'ose dire, et je suis devenue libraire. C'est pourquoi votre petite chronique de l'enfer de la librairie m'a fait sourire, bien que je ne me reconnaisse heureusement pas dans le portrait du libraire qui snobe ses clients! Mais je confirme: passer toute la journée derrière les clients qui laissent trainer leurs livres, ça rend dingue! C'est pourquoi je vous remercie d'être si soucieuse de ranger des livres qui trainent, si tous les clients étaient comme vous, ce serait un pur bonheur! Belle journée à vous et au plaisir!

      Lady Jane

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  2. Bel hommage à la merveilleuse petite fée dont j ai l extrême honneur d être l 'amie et une de ses plus ferventes admiratrices!
    Merci d offrir ceci à ma belle Constance !
    Très joliment écrit et décrit l univers d' à mon seul désir !

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    1. Merci pour ce beau petit mot, Joëlle ! Je dois avouer que tout l'honneur était pour moi, accueillir son altesse A mon seul désir fut un grand événement (et une marque de confiance qui m'a beaucoup touchée) ! Et l'on en sait malheureusement trop peu sur cette créatrice de talent (bien trop timide à mon goût et pour ma curiosité sans limites ^^), Constance mérite qu'on s'intéresse à son fabuleux travail !

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