mardi 6 mai 2014

Widdershins ~ Le Pacte de la voleuse, Ari Marmell vous salue bien bas


Tandis qu'elle virevolte au son des violons des soirées mondaines de la cité de Davillon, Widdershins cache sous sa précieuse robe de velours une réalité bien moins raffinée... Celle d'une voleuse en combinaison de jais, s'apprêtant à voler les coffres d'or de son hôte distingué. Enfant de la rue devenue orpheline, la jeune femme s'est naturellement tournée vers l'art du chapardage afin de remplir son ventre creux. Aujourd'hui voleuse professionnelle, elle trace son destin entre la fange de la cité et la haute société. Mais, alors qu'elle se livre à ses petits crimes et délits, la venue de l'archevêque en personne menace de bouleverser l'équilibre précaire de la ville. Déjà, dans les sombres ruelles, un complot déploie lentement ses sinistres tentacules. Pas de chance, Widdershins va mettre les deux pieds dedans.

Entrez dans la cité de Davillon et laissez-y un peu de votre âme... Ou de votre or ! Pour vous guider à travers le dédale labyrinthique de la ville, Widdershins, humble voleuse de son état, se met à votre service. Entre deux menus larcins, préparez-vous à une plongée vertigineuse au sein d'une obscure affaire de pouvoir, de vengeance et de dieux. Excusez du peu.

Car à l'approche de la venue de Son Éminence, la cité de Davillon est en émoi. Les ruelles délabrées sont nettoyées de leurs ordures, la ville se pare d'étendards aux couleurs des dieux du Pacte Sacré et les criminels sont priés de se montrer sages pendant la visite du saint homme. Au sein de cette effervescence, on découvre ainsi les rouages de cette ville aux deux facettes, entre le faste de l'aristocratie et les bas-fonds répugnants des quartiers pauvres. C'est donc avec curiosité que l'on met les pieds à Davillon, cité étrange et fascinante soumise à une ribambelle de dieux, et où chaque Maison aristocrate possède son dieu protecteur. Dans cet univers abracadabrant, on se surprend à se demander à qui parle notre voleuse lorsque personne n'est là pour l'écouter... Quelle est donc cette présence qui ne la quitte jamais d'une semelle ? Et quel diabolique complot se fomente dans les profondeurs les plus noires de Davillon ?

Afin de percer ces mystères, chaussez donc vos meilleures bottes et jetez-vous à la poursuite de Widdershins, si vous pensez pouvoir tenir le rythme ! Pour semer ses ennemis en grimpant aux murs ou en sautant d'un toit à un autre, tel un agile félin, la jeune voleuse n'a pas son pareil. Impossible de résister au charme mutin de Widdershins, tête brûlée terriblement attachante et âme vivante de ce roman. Si la jeune femme nous apparaît dans un premier temps fière et robuste, en sa qualité de voleuse éhontée, elle révèle néanmoins, par de maigres interstices, les plaies à vif de son douloureux passé. La demoiselle, qui n’est guère une simple voleuse de bas étage, dévoile alors une épaisseur inattendue.

La voleuse en action... (Illustration de couverture de la version originale)
Car c'est dans la misère la plus profonde qu'Adrienne Satti, celle qu'elle était jadis, a vu le jour. Petite fille en guenilles qui chapardait quelques fruits lors des jours de marché, Adrienne n'a jamais eu d'autre choix que de voler pour survivre, et lorsqu'un incendie lui ravit ses parents, la voilà livrée à elle-même dans un monde de vautours. Mais alors que son monde n'est que ténèbres, une lumière brille à l'horizon, et celui qui aurait dû signer son arrêt de mort lui octroie la rédemption. Du bout des doigts, Adrienne caresse l'espoir d'entrer dans la noblesse, sous l'impulsion de son nouveau mentor, Alexandre Delacroix. Sa relation avec ce vieil homme à l’allure digne, qui a bravé les codes sociaux afin de prendre une gamine des rues sous son aile avec la ferme intention d’en faire une dame honorable, est certainement celle qui m’a le plus troublée. Les liens qui unissent ces deux personnages, aux accents presque paternels, figurent parmi les plus beaux du roman, et la chute brutale d’Adrienne, dont la réputation se trouve à jamais souillée par un événement tragique, s’en trouve d’autant plus cruelle et désarmante… Dès lors, Adrienne Satti est oubliée. Il n'y a plus que Widdershins, ce sobriquet qui colle si bien à la peau de la voleuse des rues qu'elle a toujours été, et à laquelle elle ne pourra jamais échapper.
Au fil des chapitres qui s'égrènent inexorablement, comme un inquiétant sablier, Widdershins dévoile ainsi les chairs sanguinolentes de son passé au sein d'une narration enlevée et légèrement chaotique — une narration à son image, en somme. Loin de se satisfaire d'un récit linéaire, Ari Marmell tranche en effet son récit en plusieurs retours en arrière qui, à l'image d'un miroir brisé qui se reconstitue, finissent par dessiner les contours du passé enténébré de Widdershins, dont le nom, qui signifie « dans le sens inverse des aiguilles d'une montre », n'est certainement pas étranger au processus narratif choisi par l'auteur...

Avec un rythme à la fois enlevé et fragmenté, Ari Marmell trace de son écriture fluide et presque cinématographique, tant les images se créent avec aisance dans l'esprit du lecteur, une histoire captivante, servie par une atmosphère envoûtante et des décors soigneusement travaillés. Le tout est ponctué de traits d'esprit délicieux et de dialogues savoureux, pleins de verve et d'impertinence, comme l'on peut s'y attendre avec notre incorrigible voleuse. Une petite pépite qui fait naître en nous l'espoir de découvrir la suite des aventures de Widdershins, qu'il serait criminel de ne pas publier...
Ainsi, de sa plume agile et aiguisée comme l'impitoyable rapière de Widdershins, Ari Marmell se fend d'une première aventure pleine d'entrain et d'un charme tout particulier, portée par une héroïne diablement vivante et encore plus intrépide, qui mêle joyeusement la finesse de sa ruse à une délectable irrévérence. Cabriole réussie !

Le Pacte de la voleuse (Widdershins, 1), Ari Marmell, Lumen, 412 pages.

12 commentaires:

  1. C'est le deuxième retour positif que je lis sur ce roman, décidément il me semble que c'est de la fantasy comme je l'aime... il faudra que je mette la main dessus !

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    1. Je ne peux que t'y encourager, en effet ! J'ai lu également d'autres critiques élogieuses, ce qui ne fait que confirmer le ressenti général.
      Et pour preuve, cela fait plusieurs jours que je l'ai refermé, et Widdershins continue de trotter dans ma tête... :)

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  2. Eh bien, quelle chronique ! Je suis contente que tu aies accroché.
    Comme toi, la séparation entre Adrienne et Alexandre m'a serré la gorge. Et je me suis totalement laissée surprendre par la révélation finale !
    Ce premier tome est vraiment un très bon cru =)

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    1. Tout à fait d'accord avec toi, ma chère Sia, ce livre est une excellente découverte !
      Ahh, la séparation entre Adrienne et Alexandre, mais quel crève-coeur... Je crois que c'est vraiment ce qui m'a le plus touchée. Et puis les chutes s'accélèrent à la fin, on saute de surprise en surprise (personnellement, j'étais à mille lieues de découvrir l'identité du big boss des Dénicheurs...) !
      Vivement la suite ! ;)

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  3. Tu me donnes vraiment envie de le lire, surtout pour le côté imagé et les traits d'esprit impertinents :) , je pense que ça pourrait me plaire !

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    1. J'en suis certaine, effectivement, fonce ! C'est vraiment un très bon petit roman de fantasy, idéal pour s'y initier en douceur ou pour passer un excellent moment de divertissement pour les plus aguerris...
      Je l'ai fini depuis plus d'une semaine et il me manque déjà, je suis donc certaine de le relire à l'avenir avec le même plaisir ! :)

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  4. Lumen a le vent en poupe en ce moment ! Je sais ce qu’il me reste à faire...

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    1. Tu as vu juste, la blogosphère est aux couleurs de Lumen depuis quelques temps, et pour ma part, je suis amoureuse de leur catalogue ! Chaque livre est une excellente surprise. Je croise les doigts pour que ça continue sur cette voie !
      Il va donc falloir t'y mettre, héhéhé... En espérant que tu y trouves autant de bonheur !

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  5. A je suis en train de lire le début , Ardrienne faut pas la cherché c 'est une dur a cuir

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    1. Ca, c'est clair, c'est une sacrée héroïne !

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  6. Pardon, je ne parlez Français.

    Ari Marmell is a dear friend of mine, and in addition to thanking for your review, he was amazed that you look exactly like Widdershins!

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    1. No worries Claudio, I talk and understand English!
      Wow, this is simply amazing, I have to admit I'm quite astonished Ari Marmell in person took a look at my review. I may be a bit young to be the perfect Adrienne Satti but I'm so honored by the compliment! I really love Widdershins, what a badass heroine! Thanks a lot to both of you and keep up the good work!

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