jeudi 15 mai 2014

Gardiens des Cités Perdues, Shannon Messenger répand la lumière

Sophie & Dex, cheveux au vent sur le pont Alexandre III à Paris

Anormale. Monstre. Bête de foire. Sophie Foster, douze ans, fait tout pour cacher sa différence aux autres. Mais comment garder la face lorsqu'on a une mémoire photographique et que son esprit se trouve sans cesse parasité par les pensées d'autrui ? Toujours sur la corde raide, Sophie tente de ne pas attirer l'attention, en vain, et vit recluse dans la solitude. Néanmoins, si elle est consciente de sa différence, elle ne s'attendait pas à voir son existence basculer lors d'une banale sortie scolaire au muséum d'Histoire naturelle. Là-bas, elle rencontre un jeune garçon mystérieux nommé Fitz, qui révèle des dons télépathes similaires aux siens. Dès lors, tout se précipite, et Sophie, entraînée par Fitz dans un univers qu'elle n'aurait pu imaginer, prend conscience que sa place n'a jamais été parmi les humains. Mais pour quelles raisons a-t-elle été cachée dans le monde des hommes ? Et d'où lui viennent ces capacités extraordinaires pour son jeune âge ? Est-elle un prodige ou une anomalie ?


Une chevelure blonde qui flotte au vent, de jolis yeux noisette écarquillés, une cape bleu nuit virevoltante autour d'un lampadaire qui, comme un phare, semble indiquer la voie vers un autre monde... Dès la couverture, l'atmosphère du roman, teintée d'énigme et de magie, nous enveloppe, sur fond de ténèbres obscures qui se mêlent à une menaçante incandescence. Et l'on s'engouffre sans tarder au cœur de l'existence de Sophie Foster, qui nous embarque dans son infatigable tourbillon.

Après un prologue obscur et intrigant, le récit s'ouvre de façon tout à fait ordinaire. Sortie scolaire ordinaire au musée, lors d'une journée ordinaire, avec des camarades on ne peut plus ordinaires... Pourtant, Sophie Foster n'a, elle, rien de banal. Et à vrai dire, elle s'en passerait bien puisqu'elle est moquée pour sa prodigieuse précocité intellectuelle. On fait ainsi la connaissance d'une jeune fille introvertie, incomprise d'autrui et murée dans une triste solitude, et l'on ressent le besoin, dès le départ, de la prendre sous notre aile. Car Sophie aura bien besoin de protection, une fois entraînée par le mystérieux Fitz qui lui dévoile sa véritable nature. En effet, le sang qui coule dans les veines de Sophie n'est pas humain, mais elfique... Pour celle qui s'est toujours sentie à l'écart, le choc n'en est pas moins terrible. Mais la jeune fille est forcée de constater que toutes ses bizarreries prennent enfin sens...
Le roman prend ainsi son envol lorsque Sophie découvre l'univers de Fitz et ouvre les yeux sur les Cités Perdues, le monde des elfes. Oublié, le monde tristement banal des humains, place à la féérie ! C'est avec délice et curiosité que l'on découvre l'envers de ce monde si bien construit, où le bruit, la pollution et les mauvaises passions semblent exclus. Tout y est beau, propre, étincelant, à l'image des elfes gracieux et bienveillants qui accueillent Sophie. Du moins, est-ce là le sommet de l'iceberg, car cette éblouissante lumière recèle quelques parts d'obscurité... On découvre les us et coutume de ce peuple évolué avec un intérêt soutenu, toujours finement aiguisé par l'auteure, et c'est avec appréhension que l'on accompagne Sophie à son premier jour au sein de l'académie d'élite Foxfire, où les plus prodigieux apprentis elfes sont réunis. Entre l'initiation à des matières inconnues et la naissance d'amitiés, Sophie doit affronter la curiosité de ses camarades et prouver qu'elle mérite sa place au sein de l'école la plus prestigieuse. Une entreprise qui n'est guère aisée, et qui se trouve rehaussée de mystères bien plus intrigants.


En effet, au sein même du monde qui devrait être le sien, Sophie brille encore par sa différence. Le marron de ses iris détonnent ainsi des yeux azurs de ses pairs, de même que sa télépathie surdéveloppée, un don d'autant plus rare qu'il ne se déclenche jamais à un si jeune âge. Si l'on ajoute à cela son esprit impénétrable et son passé humain, la jeune fille devient une véritable énigme pour la communauté des elfes. Face à ses doutes et à son tenace sentiment de solitude, on ne peut que s'enticher de cette jeune héroïne, victime de sa nature et de ses pouvoirs dont l'origine et le sens lui échappent. Comme une petite sœur de papier, on a envie de l'épauler et de la soutenir dans sa douloureuse quête, car dans ce monde d'apparence parfait, elle n'en connaîtra pas moins la douleur et le désespoir. Entourée d'elfes bienveillants, comme Alden, le père de Fitz, ou Tiergan, son mentor en télépathie, Sophie devra braver l'autorité et les lois de sa communauté afin d'éclairer les ombres de son passé et découvrir d'où lui viennent ses pouvoirs, et pourquoi elle a été cachée parmi les humains. Entre les feux à la cendre blanche qui ravagent sa ville natale et d'étranges messages codés qui lui parviennent, Sophie va s'enfoncer au cœur d'un complot qui la dépassera et qui va menacer non seulement sa vie, mais l'ensemble de la communauté des elfes et des hommes...

D'une main talentueuse, Shannon Messenger dessine ainsi les traits d'un mystère qui enlace le lecteur et le retient prisonnier jusqu'à la fin. Que signifient les étranges noms du Cygne Noir et du projet Colibri ? Les feux qui consument le monde des hommes est-il seulement l'œuvre de criminels humains ou relèvent-ils d'un dessein bien plus sombre ? Pourquoi Sophie est-elle maintenue dans l'ignorance, ses questions ne trouvant aucune réponse ? À chaque chapitre, le mystère s'épaissit davantage et le danger imminent se rapproche, dans un étau qui se ressert inexorablement autour de la jeune elfe et de son lecteur. Si le récit contient parfois quelques légères maladresses, comme une petite créature qui vient de naître et peine encore à se tenir sur ses pattes, et si l'on peut regretter certaines idées calquées sur d'autres univers, en premier lieu Harry Potter, ce premier tome se révèle néanmoins captivant et efficace. Au fil des pages, on s'enracine davantage dans les Cités Perdues avec l'espoir de ne pas en ressortir, car l'on souhaite tenir la main de Sophie, frêle et courageuse, jusqu'à la fin.
Avec Gardiens des Cités Perdues, Shannon Messenger livre ainsi une première aventure au charme magique et prenant qui, soutenue par une jeune héroïne débrouillarde et attachante, offre une plongée à la fois lumineuse et ténébreuse au sein d'un univers elfique qui recèle bien des surprises. Et dont on a, à la fin, bien du mal à quitter la lumière, pour retrouver notre monde ordinaire...

Gardiens des Cités Perdues (1), Shannon Messenger, Lumen, 515 pages.

Shannon Messenger se livre... 
Découvrez l'entretien de l'auteure sans plus attendre !


7 commentaires:

  1. C'est vrai qu'à la lecture de ton article, j'ai vite pensé à Harry Potter, mais l'univers elfique a l'air différent et l'héroïne attachante, ça me plairait peut-être ^^.

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    1. En effet, on retrouve quelques éléments au long du livre qui font de suite penser à l'univers de Harry Potter (à commencer par l'école elfique d'excellence et le système de blasons des capes...), mais ce ne sont finalement que quelques clins d'oeil et le monde de Shannon Messenger se construit ensuite de façon autonome et très intéressante. :)
      Vu que le livre se destine à un lectorat plus jeune que les autres productions de Lumen, j'avais une petite appréhension, mais je me suis laissée prendre sans effort ! Une très belle découverte, s'il te tente, n'hésite pas, car on passe vraiment un excellent moment avec Sophie ! :D

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  2. J'ai également adoré ! J'ai trouvé l'univers d'une richesse pas possible, et j'ai clairement craqué pour les personnages. J'ai aimé comment chacun avait sa petite histoire, et comment ça interagissait avec celle de Sophie. Vraiment très bon ! Et il y a un truc en particulier qui m'a fait penser à Harry Potter, et j'ai bien ri (j'imagine que c'est un clin d'oeil) ; je ne vais pas dire quoi en clair pour ne pas spoiler, mais je vais situer le passage : à la fin, lorsque ses professeurs donnent ses notes aux examens. J'imagine que tu as dû faire le rapprochement aussi !

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    1. Tout pareil, Sia ! Ce livre a vraiment été une excellente découverte, cet univers est ultra exploitable et on sent que les possibilités sont multiples... ce qui rend la suite si alléchante ! Tout est bien pensé, bien expliqué avec quelques zones d'ombre intrigantes, les personnages sont bien fouillés et attachants... Bref, que du bonheur (et beaucoup de talent) !

      Tiens, je n'avais pas fait le rapprochement entre la scène dont tu parles et Harry Potter, et je dois avouer que je me trouve bien bête, du coup (ça m'apprendra) ! Je pense à quelque chose mais on en reparlera discrètement, alors ! ;)

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  3. livre interessant je le conseille

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  4. Raaaaah ! Il me tente terriblement, dis ! Et tu ne fais rien pour arranger cela :3 Ni une, ni deux, je le note ! Merci mon petit <3

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    1. J'assume ma vilénie, héhéhé ! J'espère qu'il te plaira, mais j'ai un bon pressentiment (la fille qui en rajoute une couche). :p

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