mercredi 5 février 2014

Le Vampire, John Polidori embourbé dans la tombe

Fasciné par le charisme de l'énigmatique Lord Ruthven, le jeune Aubrey décide de l'accompagner dans ses voyages à travers le Continent. Mais, au fil de leurs étapes, le jeune homme ne parvient pas à percer le mystère qui entoure l'aristocrate et ses curieuses manières. Ses doutes se transforment alors en une répulsion viscérale lorsqu'il découvre le véritable visage de son acolyte. Et ainsi commence sa lente spirale vers les enfers.

Si lors de cette journée pluvieuse de juillet 1816, les corps terrestres de Lord Byron, John Polidori et des Shelley se trouvaient enfermés dans leur villa, leur imagination s'est quant à elle débridée hors des frontières coutumières de la littérature. Est-ce par ennui ou bien par défi que l'idée d'écrire une nouvelle fantastique a germé dans l'esprit fécond de ces auteurs ? Toujours est-il qu'un chef-d'oeuvre est né, ce jour-là, avec le Frankenstein de Mary Shelley. En revanche, Lord Byron échoua à l'exercice : ses quelques pages, sur le thème du vampire, sont restées inachevées, scrupuleusement conservées par son secrétaire et médecin, John Polidori. Celui-ci décide par la suite de finir la nouvelle et de la publier sous l'illustre nom de son maître. Byron, furieux, nie fermement toute paternité de l'ouvrage. Et on le comprend, car si cette nouvelle est célèbre dans la littérature à canines, ce n'est guère pour sa qualité strictement littéraire. L'on s'accorde plutôt à constater que le talent d'écrivain de John Polidori avait tout à envier de son maître. Néanmoins, Le Vampire a laissé une empreinte singulière dans la littérature fantastique, qui a vu naître le personnage du vampire aristocrate décadent, incarné ensuite à la perfection par le Dracula de Stoker. Une pièce importance de la littérature dans son acceptation symbolique, mais guère pour sa qualité intrinsèque.

L'histoire du jeune Aubrey tient en effet davantage au résumé qu'à une véritable narration littéraire. La contrainte de la nouvelle, forcément brève, ne représentant pas un avantage, Polidori couche sur le papier une succession d'événements, véloce et superficielle, comme si la fainéantise l'encourageait à l'ellipse et à l'extrême concision. Par conséquent, le rythme en souffre et l'on ne parvient pas à prendre le train en marche et à s'accrocher aux personnages, emmenés à une trop grande vitesse par la plume de l'auteur. Néanmoins, la chute finale est finement orchestrée à l'égard du lecteur non averti qui ignore la nature de Lord Ruthven, révélée par le tout dernier mot. De nos jours, le secret étant éventé, le mot de la fin n'est plus une surprise mais l'effet reste prégnant et a dû étonner plus d'un lecteur à l'époque.
Il est toutefois amusant de découvrir la critique virulente de Polidori à l'égard de Lord Byron, à peine masqué sous les traits inquiétants de Lord Ruthven. Le médecin détestait en effet cordialement son maître, qui a manifestement inspiré le personnage. Cependant, en dépit de la satire de l'auteur, on perçoit une certaine mélancolie du vampire aristocrate, une impossibilité d'être avec son présent, comme un sentiment de malédiction poignant. Polidori, dans une vision manichéenne du monde, fait de son Lord Ruthven l'incarnation du mal absolu, mais malgré les travers réels de Byron, on ne peut s'empêcher de lui trouver un côté dramatique, où l'ombre précoce de Dracula semble déjà planer...

Le Vampire, John Polidori (d'après Lord Byron), Babel, 69 pages.

2 commentaires:

  1. Hé ben, je ne connaissais pas du tout ! J'essaierai peut-être, ne serait-ce que par curiosité :) Thanks pour le billet la Miss!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vu ton amour envers Dracula, pourquoi pas !
      C'est un incontournable dans le sens où c'est l'un des premiers récits de vampires... en prose en tout cas. Bon, je ne suis pas entrée en transe mais le temps d'une petite heure, ça détend ! :)

      Supprimer