jeudi 26 décembre 2013

La Machine à explorer le temps, H. G. Wells : en selle !

Lors d'un dîner entre amis tout ce qu'il y a de plus normal, l'Explorateur du Temps (puisque c'est ainsi que nous le nommerons) dévoile à ses pairs sa toute dernière lubie : le prototype d'une curieuse machine à voyager dans le temps. Mais loin de se satisfaire de sa maquette miniature, l'érudit est bien décidé à tester lui-même sa précieuse machine. A ses risques et périls...

S'immerger dans les pages de Herbert George Wells, c'est un peu comme d'accepter d'entrer dans la Quatrième dimension de Rod Serling : il faut y laisser sa logique et son bon sens, suspendre notre incrédulité afin de s'émerveiller. C'est un peu perplexe, à l'image des amis de l'Explorateur du Temps, que nous écoutons le bon érudit nous exposer son projet à l'ouverture du roman. Lorsque celui-ci exécute sa démonstration avec le petit modèle qui lui sert de prototype, les amis ne savent que penser, mais l'idée d'un habile tour de passe-passe n'est pas loin. Cependant, lorsque l'Explorateur revient la semaine suivante, les vêtements en piteux état, sans souliers et couvert de cicatrices, les messieurs s'interrogent sérieusement. Et leur raison est mise à mal par le récit que leur livre alors l'Explorateur fatigué.
On se laisse ainsi happer par les propos de l'érudit, qui narre son arrivée dans un lointain futur — l'an 800000 et des poussières — dans une société où tous les êtres semblent égaux et heureux, et jouissent d'un état de paix permanente. Après des années de guerres et de sang versé, les hommes auraient-ils enfin accédé à un statut et une intelligence supérieurs ? Hélas, l'Explorateur va lentement déchanter, privé de sa précieuse machine qui a été subtilisée par ces êtres bizarres. Puis, il découvre que cet apparent bien-être n'a pas effacé toutes les craintes, car dans la pénombre et les entrailles de la terre, d'inquiétantes créatures rôdent en quête de chair fraîche, prédateurs ignobles qui n'ont presque rien gardé de leur humanité. Et leurs proies, sûres de leur sécurité et de leur ascendance pendant trop longtemps, ont perdu leurs capacités pour se laisser aller à un état de dégénérescence mental et physique les réduisant à des enfants sans défense. Le monde futur n'est donc guère aussi idyllique qu'il pouvait le paraître de prime abord. Et il tarde à l'Explorateur de rentrer chez lui, dans son bon dix-neuvième siècle. Mais sans la machine, il est le prisonnier du futur.

Avec passion, H. G. Wells nous embarque dans un voyage aussi extraordinaire qu'inquiétant, et si l'on découvre le nouveau monde à travers les yeux de l'Explorateur, d'abord émerveillé puis paniqué, on ne tarde pas à s'embourber dans une infernale course contre la montre et le temps. Car il lui faut à tout prix retrouver son présent, son propre avenir étant en péril dans cet univers hostile. C'est aussi l'histoire d'une désillusion, ainsi qu'une réflexion sur la perte de la foi dans le perfectionnement de l'être humain et le progrès. L'homme pourra-t-il un jour évoluer en paix et en symbiose avec ses pairs et son environnement ? Ou bien est-il condamné à rester l'animal brutal qu'il cache au fond de lui ?
Si le lecteur moderne, gavé de films aux effets spéciaux à nous en décoller la rétine, peut paraître blasé par ce genre de prouesse scientifique et technique, il faut se remettre dans le contexte de l'époque. Quel effroi et quelle surprise a dû alors engendrer ce récit ! Qui n'a pas nourri les fantasmes les plus fous devant cette fameuse machine à explorer le temps qui offre l'incroyable opportunité de remonter à la source du monde comme de se propulser à sa fin ? Avec cet incroyable récit qui ne souffre d'aucune longueur et n'a pas pris une ride, H. G. Wells a profondément secoué les esprits de l'époque, au point de faire entrer sa machine rêvée dans l'imaginaire collectif. Comme un objet de matière que l'on pourrait toucher de nos doigts, la machine est en effet devenue réalité pour bien des lecteurs et autres créateurs de récits textuels ou filmiques, qui se sont empressés de s'installer sur sa selle et de commencer leur propre voyage...

La Machine à explorer le temps, Herbert George Wells, Folio SF, 166 pages.

4 commentaires:

  1. Je garde de ce livre un excellent souvenir d’enfance ! Il y a certes une ambiance désuette, mais c’est ce qui fait aussi le charme de ce roman (culte).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tout à fait d'accord ! Peut-être que le livre laisse un souvenir d'autant plus marquant si on le lit enfant...

      Supprimer
  2. Je me souviens encore très bien (il faut dire que je l'ai lu il y a quelques mois...^^) de cette superbe vision apocalyptique d'une Terre brulée par un gigantesque soleil rouge agonisant. Une scène qui tranche avec le reste du roman, mais vraiment superbe !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai été soufflée par la fin également, et diablement mal à l'aise ! Je trouve que c'est la scène la plus marquante du roman.

      Supprimer