lundi 18 novembre 2013

Pacte de sang, Cassandra O'Donnell joue avec le feu

Alors que Rebecca s'accoutume à son nouveau job d'Assayim et dérouille joyeusement les renégats mineurs de son territoire, un crime beaucoup plus sordide ébranle la meute des loups-garous de Burlington. Une jeune louve de quinze ans a été sauvagement violée et assassinée. Et ce qui assombrit davantage le tableau, c'est que le tueur a eu la perfide idée de s'enduire d'urine de chat, rendant tout pistage impossible pour la communauté surnaturelle. Bien résolue à mettre la main sur ce maniaque, Rebecca se lance à sa poursuite mais tâtonne dans le noir, l'assassin ayant effacé méticuleusement ses traces. Et qui décide alors de lui payer une petite visite de courtoisie ? Son ex, Michael, vampire très haut placé du vieux continent et accessoirement père de sa fille. A force de jouer avec le feu...

On se brûle ! Et notre héroïne en subira les conséquences dans ce second opus. Après Traquée, premier tome de la série qui m'avait fortement enthousiasmée, Cassandra O'Donnell nous réserve une nouvelle enquête haletante, aussi lugubre qu'imprévisible, doublée d'une obscure menace qui étend son ombre sur Burlington... Explosif.

Dès les premiers chapitres, Cassandra O'Donnell annonce la couleur. Rouge sang. A une exécution de routine suit un assassinat particulièrement atroce, et l'auteure ne nous ménage guère. C'est sale, ça saigne et ça prend aux tripes. L'atmosphère se fait résolument plus noire. Et ce n'est que le début. Dans Pacte de sang, O'Donnell nous entraîne sur les traces d'un tueur particulièrement tordu dont les talents lui permettent à chaque fois de s'évaporer dans la nature avant de se faire attraper. Le mystère est total, les indices maigres, et Rebecca part donc à la chasse à l'aveuglette. Le rythme, soutenu, nous prend dès le départ dans sa spirale destructrice et nous ballotte de péripétie en rebondissement. Car, pour cette nouvelle aventure, notre héroïne est rudement mise à l'épreuve. Et contrairement à ce que l'on pourrait présupposer, sa carapace ne s'endurcit pas face au carnage et à l'angoisse. Au contraire, pour la première fois, Rebecca dévoile malgré elle un soupçon de son humanité, jusque-là soigneusement cachée sous son éducation d'impitoyable Vikaris. Par petites touches, elle révèle ses faiblesses, ses peurs, laisse ses sentiments refluer à la surface, guider son instinct et ses actions. L'héroïne met ainsi au jour une facette qui change notre perception du personnage et qui lui donne une toute nouvelle épaisseur. On s'attache à cette part d'humanité, et l'on souhaite qu'elle s'épanouisse grâce aux hommes de sa vie. En effet, les hommes sont à l'honneur dans ce deuxième tome et la sorcière se retrouve au centre de l'attention de quatre prétendants. Le premier, Raphael, dont la relation est la plus attendue, réserve de très beaux moments, car lentement, la sorcière abaisse ses défenses et cesse de lutter contre des sentiments qu'elle ne peut réprimer. En revanche, le retour de Michael annonce une catastrophe imminente, et si le protocole diplomatique assure une certaine courtoisie entre le trio, son ex est on ne peut plus clair : son voeu est de la ramener en France avec lui, qu'elle le veuille ou non. J'ai néanmoins éprouvé une petite déception envers ce personnage, que j'attendais plus sauvage, plus inquiétant. Or, s'il est très puissant et représente une menace certaine pour Rebecca et sa fille, il apparaît avant tout comme transi d'amour pour la Vikaris, ce qui fait vaciller sa dangerosité. Toutefois, il est amusant d'observer les deux chevaliers de Rebecca se faire des politesses alors qu'ils souhaiteraient s'étriper mutuellement. Enfin, la relation la plus touchante de Rebecca est certainement celle qu'elle entretient avec Bruce, ce garou qui a adopté les Kean comme sa nouvelle famille et joue les baby-sitter avec Leonora. L'héroïne est ainsi courtisée de toutes parts, et parfois un peu trop, car il faut ajouter à cela Mark le démon qui affole ses hormones. Mais son rôle ne se réduit pas qu'à une tentatrice séductrice, et alors que son autorité d'Assayim est sans cesse remise en cause de par sa féminité, elle impose finalement sa puissance auprès des autres clans, gagnant à la fois leur reconnaissance et leur affection.

Par ailleurs, Cassandra O'Donnell complexifie son univers et élargit sa mythologie avec finesse et intelligence. La venue du Mortefilis et de Michael est pour nous l'occasion d'en apprendre davantage sur les relations entre pays et communautés surnaturelles ainsi que sur leurs règles et leur code d'honneur. Le monde de Rebecca Kean, savamment pensé par l'auteure, se densifie et gagne ainsi en profondeur pour libérer de nouveaux enjeux qui ne tarderont pas à faire trembler la communauté surnaturelle... Entre amours, tension et hémoglobine, O'Donnell signe avec Pacte de sang un deuxième volume très efficace, qui dépasse son prédécesseur et se laisse dévorer tout cru.

Pacte de sang (Rebecca Kean, 2), Cassandra O'Donnell, J'ai lu/Darklight, 574 pages.

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