vendredi 8 novembre 2013

Mortel corps à corps, Charlaine Harris perd la bagarre

Qui a dit que sortir avec un vampire était du tout cuit ? En se heurtant à la mission ultra-secrète de Bill, Sookie Stackhouse en fait les frais. Alors que son petit ami, plus distant que jamais, s'est envolé pour mener son entreprise loin de Bon Temps, voilà qu'Eric débarque et lui annonce soudain la catastrophe : Bill a disparu. Mais ce n'est pas tout, il comptait la larguer à son retour... Pas le temps de pleurer sur son sort, la serveuse télépathe est envoyée à Jackson sur les traces du vampire, aidée du séduisant loup-garou Alcide. Sauf que Sookie a une sacrée tendance à se mettre dans le pétrin, et à Jackson, elle s'y mettra jusqu'au cou.

J'avais savouré le premier tome, approché le second avec plus de réserve, mais pour ce troisième opus, mon ardeur s'est vue sacrément refroidie. Avec Mortel corps à corps, le combat est loin d'être gagné et Charlaine Harris vacille dangereusement sur le ring.

Dans ce troisième épisode des aventures de Sookie Stackhouse, nous retrouvons notre serveuse télépathe en proie aux difficultés amoureuses, et pas seulement, car pour retrouver son vampire disparu, elle doit se jeter dans la gueule du loup. Littéralement, puisqu'elle va se frotter aux canines et au sang chaud des loups-garous de Jackson. Et dans la capitale du Mississippi, elle en verra de toutes les couleurs. Le livre porte bien son nom, et notre serveuse passe son temps à se faire rosser et à recueillir bleus et ecchymoses épars. Et d'un côté, elle le mérite. Quelle barbe, cette Sookie ! Si elle était plutôt en position de force et entreprenante dans les deux premiers volumes, l'héroïne ne se révèle pas à la hauteur dans celui-ci. Sa niaiserie s'accentue en effet dangereusement, et elle ne cesse de geindre ou de pleurer, ce qui devient vite lassant. Pourtant, dans d'autres situations, elle fait preuve d'un courage et d'une force surprenants. On peine donc à la suivre, et son incohérence m'a laissée pantoise, entre son humeur bipolaire et son indécision hautement irritante. En effet, elle radote constamment sur le fait que Bill lui manque alors que le bougre veut rompre avec elle et batifole avec une ancienne maîtresse. Et, tandis qu'elle se lamente de son amour perdu, elle embrasse à pleine bouche un autre personnage la page suivante et y prend goût. Logique, me direz-vous ! D'autant plus qu'on peine à comprendre ce que Bill, Eric et Alcide peuvent bien lui trouver, à part son petit popotin rebondi... Et vice versa, car lorsqu'on observe la façon dont Bill la traite, on a tendance à croire que la blonde à des penchants sérieusement masochistes. Mais pour contrebalancer la fade et exaspérante protagoniste, il y a heureusement le personnage d'Eric, qui ajoute un peu de piment et dont les dialogues francs et acerbes sont souvent mémorables. Mais à force de vouloir s'octroyer les faveurs de la blonde, lui aussi perd de son mordant et son aura se ternit. De même, on regrette une Pam trop rare, qui aurait pourtant agréablement épicé le récit.

Quant à l'intrigue, celle-ci patine sévèrement et exhibe des ficelles bien trop grossières pour être crédible. J'ai été très déçue par la résolution totalement bâclée de plusieurs évènements à la fin en une sorte de recette miracle, mais qui ne prend pas. Charlaine Harris mise trop sur la crédulité du lecteur, qui à l'inverse de son héroïne plan-plan, n'est pas débile et ne se laisse pas berner aussi aisément. J'ai donc eu le sentiment d'être flouée par une auteure qui a imaginé une intrigue sans en connaître l'issue, ou du moins, sans se donner la peine de concocter une chute digne de ce nom. Sookie parvient en effet trop facilement à ses fins, et si l'auteure l'utilise comme un punching-ball à chaque chapitre pour dissimuler cette faille diégétique et nous faire croire que c'est dur d'être Sookie Stackhouse, c'est raté. Charlaine Harris ne va pas au bout des choses et ne fait qu'effleurer des versants de l'histoire qui pourtant nous intéressent, comme la lutte secrète entre le roi du Mississippi et la reine de Louisiane, dont on ne sait strictement rien par ailleurs. Quelques éléments prometteurs sont là, mais ils restent hélas dans l'ombre. L'auteure a peut-être l'intention d'en dévoiler plus dans les prochains tomes, mais au lieu de satisfaire notre curiosité, même partiellement, elle nous force cruellement à observer Sookie bénéficier d'une manucure, ce qui est nettement moins passionnant... Toutefois, l'intrigue qui patauge dans la boue du Mississippi a le mérite de présenter une nouvelle dimension de l'univers de Charlaine Harris, car l'on y découvre l'organisation des loups-garous ainsi que leurs règles très strictes. C'est le seul aspect qui a piqué mon intérêt, mais même en m'y accrochant, j'ai parcouru ce troisième volume avec la volonté d'en finir au plus vite.

Avec une héroïne en perdition et une intrigue dont les fils ne tiennent pas la route, ce troisième tome de La Communauté du Sud de Charlaine Harris s'avère aussi creux que décevant. Le corps à corps est en effet mortel... d'ennui.

Mortel corps à corps (La Communauté du Sud, tome 3), Charlaine Harris, Pygmalion, 707 pages.

7 commentaires:

  1. J'ai déjà dit que j'adorais tes chroniques ? C'est dit! Hu hu pour la fin! Et quant au syndrôme de l'héroïne hyper exaspérante mais qui attire tous les mââââles, hélas, il n'y a pas que Sookie dans le lot! Bon, je te souhaite une lecture + agréable par la suite (t'as vu que je t'avais mis qques recommandations sur mon blog ? *s'enfuit*)
    *revient*
    Et on n'a toujours pas vu le collier au fait :)

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    1. Oh, viens là que je te fasse un câlin ! Je devrais te concocter un prix de lectrice fidèle et de support number one. :D Merci pour tes compliments, ils m'encouragent vraiment !
      Ah voui, cet archétype de l'héroïne con-con mais qui fait tomber les mecs comme des mouches est de plus en plus répandu... Dommage.
      Ah non, tiens, je n'ai pas vu tes recommandations... Tu me mets le lien ?
      Je crois que je vais me faire un petit Anita Blake pour me remettre de cette déception, et je céderai à la pression pour le collier cette fois, car je vois que je suis attendue au tournant, héhé ! :)

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    2. Absolument :D Et de nada pour les encouragements, tu les mérites largement!

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  2. Mouahahaha, tu m'a fait rire ! Accroche-toi avec Sookie parce que tu n’as pas fini ! J’ai lu jusqu’au tome 11 et oui, on a souvent envie de lui taper dessus. Néanmoins j’avoue que la Sookie de papier me fait bien rire (en revanche celle de la série m’énerve plus qu’autre chose), j’ai une certaine affection pour elle.

    Bill, beurk (oui je sais, quelle opinion constructive, n'est-ce pas ? XD). Je n’arriverai jamais à comprendre ce que Sookie lui trouve. Par contre, Eric, hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii (et encore plus dans la série) :D

    En ce qui concerne les intrigues, là encore accroche-toi, lol ! Personnellement, je lis (et je regarde d’ailleurs) cette série avec énormément de second (voire de troisième ? ^^) degré, il n’y a que comme ça que ça passe je crois, parce de tome en tome ça devient de plus en plus WTF !

    Et il n'y a jamais assez de Pam...She's the best !

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    1. Oh mon Dieu, tu me décourages ! :D Bon, je pense que je vais aller jusqu'au tome 4 puisque je l'ai déjà dans mon omnibus mais après, basta, je raccroche, adieu Sookie !

      Pfff, Bill franchement ! Quel gros nul, comparé à Eric... Il est tout le temps maussade, faussement mystérieux et exaspérant. Eric me fait bien marrer, en revanche, et il a tellement plus de classe et de charme. Sans oublier Alexander... :)
      En effet, je trouve que Pam est beaucoup mieux exploitée dans la série télé, je l'adore ! Elle manque dans les livres, du coup.

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  3. Aouch! Il est dans ma PAL celui-ci... tu ne me donnes pas trop envie de l'y déloger ;-)
    Bon le positif, c'est que ce n'est pas très long :-)

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    1. Ah flûte... :D Peut-être qu'une autre chronique te fera changer d'avis ! Oui en effet, il n'est vraiment pas long et je l'ai quasiment bazardé en un après-midi, donc c'est ce qui est motivant ! :) C'est une lecture légère pour un dimanche pluvieux, par exemple.

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