lundi 28 octobre 2013

Traquée, Cassandra O'Donnell à l'américaine

Rebecca vient d'emménager à Burlington, petit patelin paumé de la Nouvelle-Angleterre, dans l'espoir de se faire oublier et de vivre à l'abri des regards — surtout de celui des créatures surnaturelles. Sorcière très puissante, elle a en effet tout intérêt à faire profil bas puisqu'elle a été bannie par son clan et condamnée à mort. Fière mais pas stupide, la jeune femme a quitté sa France natale pour s'exiler aux Etats-Unis avec sa fille, Leonora, et commencer une nouvelle vie loin de son passé. Sauf qu'en choisissant Burlington, le plan rate lamentablement, la ville recelant la plus grande concentration de créatures surnaturelles au mètre carré. Sans surprise, Rebecca se fait vite repérer par le plus puissant vampire de la ville, Raphael, qui préfère l'avoir dans son camp plutôt que dans celui de l'ennemi. Diplomate, il promet de garder son secret, mais lorsque les disparitions se succèdent dans la ville, il n'a d'autre choix que d'acquérir ses services, de gré ou de force. Et Rebecca est contrainte de se salir les mains...

La bit-lit a beau être un genre purement américain, qui a dit que la France n'était pas en reste ? Avec ce premier tome de la série Rebecca Kean, Cassandra O'Donnell relève le défi et prouve qu'une petite Française peut aussi bien écrire de la bit-lit à l'américaine. Sur les traces d'Anita Blake, la jeune sorcière fait ainsi son entrée dans la cour des grandes. Pour ma part, j'ai tâté la bit-lit « pure souche », et motivée par mon mémoire et poussée par la curiosité, je me suis attaquée à son premier tome, Traquée, et je dois avouer que l'auteure gagne le pari haut la main !

La bit-lit, en bon genre populaire et sériel, est pétrie de codes et de caractéristiques qui la définissent, et Cassandra O'Donnell, fervente lectrice de Laurell K. Hamilton et d'urban fantasy en général, les a parfaitement intégrés. On se plonge donc dans ce premier roman sans aucune difficulté, avec l'impression de retrouver notre univers bien-aimé. Tout y est : l'héroïne puissante et dure à cuire, le vampire à la beauté sulfureuse, la meilleure amie sympa et efficace, l'aventure, l'humour et le sexe. On oublie presque que l'auteure est de notre nationalité, et l'on s'emballe dans ce récit à l'américaine. L'héritage français n'est pas mis au rebut pour autant, et alors qu'il aurait pu alourdir et décrédibiliser le récit, il lui donne davantage de profondeur. D'origine française, Rebecca a vécu son enfance dans son pays natal au sein du clan des Vikaris, des sorcières de guerre particulièrement redoutées. Et l'on retrouve quelques touches made in France durant son exil aux USA, Rebecca étant professeur de littérature française à la fac du Vermont, cuisinant des crêpes à sa fille et échangeant avec Raphael dans sa langue natale — deux répliques qui valent le détour ! Et le tout est si bien rendu que j'ai cherché machinalement la petite astérisque portant la mention : « * en français dans le texte ». Bien joué, madame l'auteure ! Le mélange des deux cultures est donc parfaitement dosé, et le tout très crédible, ce qui m'a agréablement surprise.

Plongeons maintenant plus profondément dans le récit. J'ai accroché dès le premier chapitre, où notre protagoniste se demande s'il est impoli de rouler sur un cadavre qui gît sur sa route. Le ton est donné dès le départ, mordant et énergique. La progression du récit ne s'essouffle jamais et continue courageusement son ascension, maintenant le suspense jusqu'à l'affrontement final. Le mystère qui plane autour du passé de Rebecca est également bien orchestré, distillant quelques indices, puis des révélations tronquées, dont il nous manque toujours une pièce avant de percer entièrement l'identité de cette étonnante sorcière. L'héroïne est convaincante, mêlant une puissance magique détonante à des failles émotionnelles abyssales. Petite ombre au tableau : sa maladresse qui ne colle pas avec la force du personnage, par ailleurs un peu trop puissante en comparaison avec d'autres créatures qui ont aussi de la bouteille, voire largement plus qu'elle. De plus, elle a tendance à tomber sous le charme de tous les mecs qui passent sous son nez, ce qui est un peu lassant. En revanche, sa relation avec Raphael est finement construite et intelligente, et si l'on sent dès le premier chapitre que leur attirance réciproque est irrésistible, l'attente est longue, et l'on trépigne gentiment. Leur engagement dépassera cependant leur volonté, mais cela réserve bien des surprises pour la suite... En outre, c'est une héroïne mère, ce qui est assez rare pour ne pas le mentionner. Cela offre une autre dimension au personnage, qui doit protéger une autre vie que la sienne à tout moment, et même si je n'y ai pas été sensible outre mesure (peut-être parce que j'ai une aversion naturelle envers les enfants), le personnage de Leonora est cependant intéressant et rarement niais. Fruit de l'union d'un vampire et d'une sorcière, la petite est une hybride aux pouvoirs étranges et potentiellement dangereux. Surtout qu'elle ignore sa nature, sa mère ayant pris soin de la lui cacher. En plus d'être un moyen de pression pour ses ennemis, sa fille est donc une bombe à retardement, et je suis curieuse de connaître son destin dans le prochain tome.
Ainsi, si les personnages sont plutôt bien traités dans l'ensemble, on sent que l'auteure a également longtemps potassé son univers et qu'elle le maîtrise parfaitement. Cassandra O'Donnell a en effet créé une mythologie complexe et cohérente, en plus d'une organisation politique assez poussée et qu'elle explique au fur et à mesure. L'intrigue est réfléchie, bien ficelée, et nous laisse sur une fin obscure et menaçante. Un ouragan va bientôt débarquer, gare à toi, petite sorcière...

Porté par une narration directe mais joliment travaillée, Traquée se lit d'une traite et sans effort. Je dois avouer que j'appréhendais quelque peu cette lecture, redoutant que l'auteure n'ait pas su s'approprier le genre ou ait voulu le franciser à outrance, mais l'héritage n'est absolument pas dénaturé. Au contraire, O'Donnell lui rend un bel hommage. Un premier essai prometteur.

Traquée (Rebecca Kean, tome 1), Cassandra O'Donnell, J'ai lu/Darklight, 473 pages.

2 commentaires:

  1. Tu es mignonne tout plein sur cette photo !
    Personnellement, je n'ai pas trop accroché à ce premier tome, d'ailleurs je ne l'ai même pas chroniqué...

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    1. Ohhh merci !
      Mince pour le bouquin, c'est dommage... Pour ma part, j'avais tellement peur du résultat que j'ai été finalement agréablement surprise. Ce n'est pas un chef-d'oeuvre du genre, mais ça se laisse lire.

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