vendredi 18 octobre 2013

Le Cadavre rieur, Laurell K. Hamilton dézingue du zombie

Sous le soleil de plomb de Saint Louis, Anita se rend chez un riche et potentiel client accompagnée de son patron véreux, et pour ne rien cacher, elle n'est pas fière de laisser son fidèle Browning dans le coffre de la bagnole. Mauvais pressentiment ou paranoïa ? Peut-être un peu des deux. Mais les doutes de la tueuse de vampires se confirment au cours du rendez-vous, car le client, un certain Gaynor, requiert ses talents particuliers afin de relever un cadavre vieux de plus de deux siècles. Le problème, c'est que cette besogne nécessiterait un sacrifice costaud et pas des moindres : la vie d'un humain. Pour Anita, c'est niet, pas question de salir ses mains avec une telle immondice, même pour le million de dollars qu'on lui propose. Mais Gaynor ne s'avoue pas vaincu pour autant, et tandis que l'Exécutrice est appelée sur une scène de crime particulièrement sale, le millionnaire va tout mettre en oeuvre pour s'octroyer les services de miss Blake, quitte à recourir à des moyens extrêmes. Comme si Anita n'avait pas assez de problèmes avec le nouveau monstre qui dévore des familles de quartiers résidentiels...

J'avais achevé le premier tome des aventures d'Anita Blake, Plaisirs coupables, sur une certaine perplexité, car l'alchimie avec la chasseresse ne s'était pas produite. Quelque chose manquait. C'est donc avec surprise et délectation que je me suis glissée dans ce deuxième volet avec plus d'aisance et de plaisir que je ne l'avais espéré. C'est un peu comme d'entrer dans un bain (de sang) chaud, familier et plein de mousse ; le tout est de se laisser porter par la plume de Laurell K. Hamilton, sans rien en attendre. Je crois avoir été trop exigeante avec le premier tome, car la seule prétention des aventures d'Anita Blake est certainement le plaisir simple d'une histoire haletante, pétrie de fantastique. Et il faut la prendre comme telle, ce que j'ai fait pour Le Cadavre rieur. Et l'alchimie est née.

Anita Blake, c'est avant tout une atmosphère. C'est le cadre chaud et poisseux de Saint Louis, ville urbaine brûlant sous le soleil, et qui fourmille à la tombée de la nuit à la lueur des néons de son Quartier rouge, de ses clubs vampiriques de débauche et de mauvais goût. Ce sont des personnages secondaires bruts et entiers, au verbe volontiers moqueur et à la moralité parfois douteuse. Et par-dessus tout, c'est une héroïne, une femme, avec sa force masculine, ses sarcasmes et ses failles terriblement humaines. Cette atmosphère unique, je l'avais perçue tout au long du premier tome, mais je ne l'avais pas ressentie comme dans ce second volet. C'est en chassant mes attentes, mes préjugés et en baissant ma garde que j'ai pu déguster l'intrigue comme il se doit et copiner avec Anita.
Et du haut de son mètre cinquante-huit, la chasseresse nous réserve de nouvelles aventures épiques. Son quotidien est loin d'être une tartine de Nutella, et après avoir refusé l'offre de Gaynor, elle se heurte à quelques complications... Comme de manquer de se faire tuer chez elle par ses mercenaires. Pas sympa. Hélas, les journées d'Anita Blake commencent souvent mal, et fort. Pas le temps de se reposer plus de deux heures, elle doit s'envoler vers des scènes de crime de plus en plus atroces ; des familles dépecées en une véritable boucherie, où les bambins et les ours en peluche ne sont pas épargnés. De quoi faire de sacrés cauchemars (et dégobiller sur les lieux pour notre pauvre protagoniste). Il faut attraper le monstre à tout prix et au plus vite avant qu'il ne fasse d'autres victimes, et puisque tout indique qu'il s'agit d'un mort-vivant, Anita n'a d'autre choix que de se diriger vers la grande prêtresse vaudou du coin. Là aussi, les choses ne se déroulent pas comme prévu, et Anita se fait une nouvelle ennemie, et pas des moindres. Les ennuis, elle connaît donc. Surtout que Gaynor, obstiné, continue de l'intimider en lui envoyant ses sbires. Et pour couronner le tout, elle doit se plier aux essayages horrifiques de sa robe de demoiselle d'honneur, rose et surchargée de machins en dentelle, pour le mariage de son amie Catherine. C'est le pompon.

Non, la vie d'Anita Blake n'est pas du tout un long fleuve tranquille. C'est plutôt un marécage sans fin qui menace de l'engloutir toute crue à n'importe quel moment. Cela dit, ça nous permet de relativiser un peu sur notre propre existence, finalement pas si terrible que ça en comparaison avec la sienne ! J'ai donc suivi notre tueuse de vampires dans cette nouvelle intrigue avec un intérêt piqué, et je dois avouer que les pages se laissent tourner presque d'elles-mêmes. La narration, directe et retraçant le flux de conscience de notre protagoniste — agréablement pimentée de ses remarques aussi cyniques que drôles — nous entraîne en douceur, et fait lentement monter l'angoisse. Le fort de cet opus réside encore une fois dans ses dialogues, où les remarques désobligeantes, les railleries et les sarcasmes fusent de tous les coins. Anita est la championne, bien sûr, et elle n'a pas le choix. Sans cesse, elle se confronte au machisme de ses collègues masculins de la brigade surnaturelle, qui testent sa résistance. Et pourtant, même si cela leur arrache la langue, ces messieurs reconnaissent qu'elle est la meilleure dans ce qu'elle fait. Point final. Mais la lutte d'Anita est sans fin, et elle doit chaque jour mériter la reconnaissance de ses pairs. Laurell K. Hamilton souligne avec finesse les travers de la société patriarcale et le machisme ambiant, qu'elle tente de désamorcer avec cette figure féminine de dure à cuire, alter ego du héros du hard-boiled américain. On ne joue pas avec Anita. Et l'héroïne est le coeur battant du roman, ce qui lui donne la vie. Je me suis considérablement rapprochée de la tueuse de vampires durant ce tome, et je l'ai davantage appréciée à sa juste valeur. J'aime sa force, son côté viril qu'elle est obligée d'arborer pour se faire une place dans ce milieu d'hommes, mais aussi son côté féminin refoulé et non assumé, ses faiblesses humaines. Ainsi, lorsqu'elle se fait attaquer par un zombie une nuit, elle s'endort avec son flingue sous l'oreiller et sert son pingouin préféré contre elle ; cette image résume parfaitement le paradoxe Anita Blake. Une main de fer dans un gant de velours.
Curieusement, les vampires ont une place très largement secondaire dans ce tome, et il faut attendre un long moment avant de croiser les premières canines. Le sous-titre, Une aventure d'Anita Blake, tueuse de vampires, ne fait donc pas tellement sens ici, puisque le beau rôle (si je puis dire) est accordé aux zombies. Jean-Claude continue bien évidemment de troubler sa protégée, qui résiste férocement à ses avances bien que sa détermination se lézarde peu à peu. Une histoire à suivre dans les prochains tomes, car l'auteur ne se hâte pas, et prend au contraire tout son temps afin de construire leur relation. Le sexe est toujours aux abonnés absents, et Anita reste désespérément pure et chaste. Il faut dire qu'elle a d'autres chats (ou zombies) à fouetter. Pas le temps de prendre du bon temps !

Le Cadavre rieur est un deuxième tome plaisant et divertissant, qui offre une bonne dose d'humour et de suspense, mené d'une main de maître par son enquêtrice hors pair. C'est un récit hanté de fantastique et de surnaturel, mais où l'humanité reste un enjeu fort et particulièrement intéressant. Ainsi, Anita s'inquiète de l'esclavage et des droits des zombies, tandis qu'elle se sent pour la première fois chavirer subrepticement du côté obscur. Anita Blake est une petite bombe.

Le Cadavre rieur (Anita Blake, tome 2), Laurell K. Hamilton, Milady, 374 pages.

2 commentaires:

  1. Ah ah j'adore la comparaison avec la tartine de Nutella :D Joli billet la Miss, ca donne envie de s'y mettre. Comme quoi parfois, on aime beaucoup mieux le tome 2 qu'un tome 1 (ca m'est déjà arrivé :D) Tu comptes lire toute la série au fait ? :) Bon dimanche à toi :)

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    1. Héhé oui, je dois avouer que j'ai nettement plus dégusté ce deuxième tome que le premier, étrange ! C'est loin d'être un chef-d'oeuvre, mais on passe un bon moment, et j'aime beaucoup l'héroïne qui porte vraiment les livres. Je ne pensais pas du tout lire l'intégralité de la série au départ, mais là, je pense que j'irai au-delà du tome 3 (initialement prévu pour mon mémoire). Après, la série évolue beaucoup, donc ça reste à voir, mais je vais tenter ! :)
      Merci à toi !

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