jeudi 24 octobre 2013

Jaz Parks mord la poussière, Jennifer Rardin aussi

L'équipe fraîchement constituée et hétéroclite de Jaz sillonne la route direction le festival d'hiver de Corpus Christi, où elle prépare un numéro de haut vol : tandis que Bergman, le génie des technologies, sera l'ingénieur du son, Cole, agent tout récemment recruté par la CIA, jonglera, Cassandra la voyante lira l'avenir d'une poignée de spectateurs, le vampire et chef Vayl poussera la chansonnette et Jaz... exécutera une danse du ventre. Autant le dire, elle est ra-vie. Et pas du tout stressée à l'idée de se trémousser à moitié nue devant une foule de spectateurs. C'est toutefois pour la bonne cause, car l'équipe est sur la piste d'un vampire chinois dénommé Chien-Lung, qui a viré dingo et a dérobé une armure biotechnologique concoctée par Bergman, le rendant tout bonnement indestructible. En plus, Chien-Lung est persuadé qu'il va se transformer en dragon, c'est son obsession, et il nourrit le dessein de gouverner le monde avec l'aide du célèbre Rapace. Il faut donc vite attraper le gaillard, qui sous couvert de sa troupe de cirque chinoise, s'est introduit au festival, et recouvrer l'arme terrible. Sauf qu'en plus, Jaz tombe sur une étrange créature qui dévore l'âme de ses proies, un truc bien crade. Et celle-ci n'est pas la seule à rôder dans le coin. Jaz a donc du pain sur la planche.

Loin de moi l'idée de faire un jeu de mots douteux sur le décès précoce de l'auteure dans le titre de cette chronique, mais j'ai moi aussi mordu la poussière en m'attaquant à ce deuxième volume des aventures de Jaz Parks. J'avais bouquiné le premier tome avec un plaisir moindre, mais non pas inexistant ; une lecture sans plus, ni horrible, ni extraordinaire. Néanmoins, ce deuxième tome m'a laissé un arrière-goût amer et j'en suis ressortie plus que sceptique. Blasée de l'ouverture au dénouement, je n'ai jamais réussi à entrer dans le récit, et encore moins à copiner avec les personnages qui me sont restés totalement indifférents.

Dans ce deuxième tome, on retrouve Jaz sur les chapeaux de roues, la belle faisant son entrée chevauchant un scooter aux côtés de son nouvel acolyte Cole. Lentement, l'intrigue s'installe et une nouvelle mission se profile alors que Jaz déboule à Corpus Christi pour le festival. Mais il n'est guère question de prendre du bon temps, le devoir l'appelle.
Ma première surprise a été de constater que l'équipe est restée strictement identique à celle du premier tome. Dans Jaz Parks s'en mord les doigts, la team était composée du duo Vayl/Jaz, qui se faisait par la suite aider de temps à autres par Cole, Cassandra et Bergman. Mais ici, ces trois-là font entièrement partie de l'équipe, ce qui est déconcertant et surtout peu crédible. La CIA accepterait-elle vraiment l'union d'un vampire, de deux Sensitifs, d'un geek asocial et d'une voyante ? Rien qu'en imaginant la paperasse nécessaire, les autorisations à fournir et les assurances à pourvoir, déjà, ça coince. Mais ce n'est pas le plus important, car de surcroît, l'alchimie du groupe échoue, et les pièces peinent à s'imbriquer entre elles. Bien que Jennifer Rardin tente de pimenter la chose grâce à la compétition enfantine qui fait rage entre Bergman et Cassandra, ces joutes verbales de bac à sable énervent plus le lecteur qu'elles ne provoquent son hilarité. L'étincelle manque. Par ailleurs, cette réunion des mêmes personnages est déplorable car l'ajout de personnages inédits aurait ajouté un certain piquant et donné un nouvel élan à l'intrigue. Un élan nécessaire car les personnages secondaires de la team s'enfoncent souvent dans la caricature et le stéréotype, et sont sujets à une très maigre évolution. En ce qui concerne celle de Jaz, l'auteure appuie encore et encore sur l'aspect dramatique de la fragilité de son héroïne et de son douloureux passé, à croire qu'elle la torture pour le simple plaisir. Et le sort de Jaz se fait le miroir de celui du lecteur : tous deux sont englués dans un terrain boueux qui les empêche d'avancer et de se déployer. Et même si Jaz continue de lancer ses fameuses piques et railleries, elle perd nettement de son mordant, qui faisait la force du premier tome. Ses répliques sont ici attendues, et sa vulgarité fatigue, tout comme ses pensées souvent puériles et peu en adéquation avec son personnage de dure à cuire-agent de la CIA-tueuse de vampires de-la-mort-qui-tue. Il y a là une contradiction au coeur-même de l'héroïne, et encore une fois, le mélange est maladroit et ne prend pas. Quant à sa relation avec Vayl (celui pour qui j'éprouve finalement le plus d'affection car il se révèle le moins enquiquinant), elle évolue au rythme de la course d'un escargot. Pourtant, le label « Romance » présent sur la quatrième du livre suppose le contraire. Ainsi le lecteur est sournoisement berné ! Leur histoire n'est donc pas prête de décoller, et si l'auteure nous livre un passage capital, ses conséquences restent stériles pendant le reste de l'ouvrage et rien ne s'ensuit. Je n'ai absolument rien contre le fait que l'auteure souhaite prendre son temps afin de construire et d'étoffer leur relation, mais si l'on considère les nombreuses révélations que les deux personnages se font, cette attente n'a pas lieu d'être. A force, on se sent plus las que curieux.
Par ailleurs, certains passages poussent vraiment trop loin la crédulité du lecteur, et sont aussi risibles qu'inutiles. Jennifer Rardin use décidément de la facilité, en recourant par exemple à la magie ou à des gadgets électroniques qui décrédibilisent le récit. Le surnaturel et la magie vont bien sûr de pair avec la bit-lit, tout comme la technologie avec le roman d'espionnage, mais ces éléments sont utilisés ici avec trop de grossièreté pour que cela reste crédible au sein du pacte de lecture. Ce manque de finesse se trahit également par des ficelles diégétiques trop flagrantes et forcées. Pour couronner le tout, le récit est sclérosé par un assommant manichéisme. Peut-être s'agit-il d'un travers du genre du roman d'espionnage, néanmoins, cela constitue l'une des plus grosses faiblesses de ce deuxième tome. Peu ressenti dans le premier, notamment de par la prise de conscience de Jaz engendrée par son nouvel équipier vampire, ce tableau en noir et blanc fige ce deuxième volume pour le réduire à quelque chose de désespérément plat, sans odeur ni saveur. En outre, cette impression est renforcée par le nouveau bad guy de cette aventure : Chien-Lung, le vampire chinois taré qui rêve de se transformer en dragon et se pavane avec son armure biotechnologique indestructible. Là également, ça coince. Le cliché de la Chine comme symbole du Mal et pire ennemie des Etats-Unis s'étale en long en large et en travers, et j'aurais aimé plus d'originalité, ou en tout cas, davantage de nuance. Espérons que le troisième tome ne nous réserve pas un ennemi Russe... Cependant, l'auteure ne nous épargne pas non plus le contre-cliché du couple de Chinois gentils et serviables (les seuls de ce roman), avec leur petit bébé adorable, et qui fend le coeur de notre héroïne, prête à tout pour les sauver des griffes du très vilain méchant vampire. Un couple de personnages qui n'échappe pourtant pas aux stéréotypes de leur culture et se trouvent plus ridiculisés par l'auteure que glorifiés.
Pour finir, la fin du récit laisse le lecteur suspendu aux derniers mots de Jaz, qui laissent présager une suite imminente, en relançant son éternelle quête contre le baron vampire du crime, le Rapace. Rardin aurait-elle d'autres tours dans son sac ? Il vaudrait mieux pour pallier cet échec cuisant.

Avec Jaz Parks mord la poussière, Jennifer Rardin donne ainsi dans le mauvais roman d'espionnage à la sauce vampire. Usant d'une intrigue grossière et manichéenne, l'auteure saupoudre le tout d'un humour forcé et de dialogues peu naturels, caricaturant à outrance ses personnages. A cause de ce cruel manque de finesse, on ne peut y croire, et ce deuxième essai s'avère très peu convaincant.

Jaz Parks mord la poussière (Jaz Parks, tome 2), Jennifer Rardin, Milady, 406 pages.

4 commentaires:

  1. J'adore le titre :D Outch, ma pauvre, on dirait bien que ce tome 2 a été une mauvaise pioche ! J'espère que tu as des lectures-doudou à portée de main (si, si, j'ose parler de lectures-doudou ^^ ) Note, je compatis, j'ai eu aussi une mauvaise pioche en début de semaine (mais pas de la fantasy urbaine cette fois-ci) heureusement ma liseuse était bien remplie ;) Quel est le programme de tes prochaines lectures ? D'ores et déjà un bon week-end la Miss :)

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    1. Fiou, ça oui, c'était une mauvaise pioche... Mais passage obligé pour mon mémoire, mais c'est nettement la série bit-lit que j'aime le moins pour l'instant. Et dire qu'il me reste le tome 3 à lire, je tremble ! Enfin, on ne sait jamais, peut-être que j'aurai une bonne surprise (l'espoir fait vivre, ou lire)... Ah mince pour toi également, décidément on est syncho en ce moment ! :D Au programme, deux rations de bit-lit et puis une très brève pause pendant la semaine de vacances histoire me changer les idées et varier les plaisirs, mais surprise... :) Bon week-end à toi aussi ! :D

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  2. Avec Jaz, je me suis arrêtée après le tome 3, elle me faisait rire, mais oui la série est sans plus. Et pas super bien traduite si je me souviens bien...

    En revanche, le label "romance" me rend perplexe, je viens de vérifier, elle ne figurait pas sur les premières éditions (celles en rouge et blanc) et pour cause, ça n'a rien d'une romance - de toute façon, je ne comprends pas l'idée de coller un label "romance" sur une série de bit-lit !

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    1. Ah, ça me rassure de voir que le sentiment est plutôt partagé. J'ai l'impression que la série ne marche pas du tonnerre, de toute façon, en comparaison avec d'autres.

      Tiens, c'est curieux pour le label romance, mais ça ne m'étonne pas qu'il n'apparaisse pas sur les premières éditions car il n'a pas grand-chose à faire là... Comme quoi, ça relève juste d'une stratégie éditoriale pour attirer un nouveau public ! Merci pour la précision ! :)

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