mercredi 11 septembre 2013

Quand l’école apprendra aux jeunes non pas à lire mais à aimer lire


Récemment, je voulais donner un nouveau départ à ce blog, et je souhaitais tout particulièrement partager des réflexions plus générales sur des enjeux cruciaux du monde du livre qui me tiennent à coeur. C’est ainsi que l’article « Ce livre ? C’est de la merde. » est né, et a remporté un petit succès inespéré. Je tiens donc à remercier tous ceux qui ont lu mon article, l’ont apprécié ou non (le principal étant de l’avoir lu), et surtout, ont partagé leur avis, ô combien précieux. Car ce sont les commentaires qui font vivre un blog, ne l’oubliez pas ! Un immense merci à vous pour votre intérêt et votre participation qui ont redoublé mon envie de partager d’autres réflexions.


Aujourd’hui, donc, j’aimerais discuter d’un sujet aussi fascinant qu’explosif et qui se prête fort bien à cette période de rentrée ; l’apprentissage de la lecture à l’école et la façon décisive dont elle marque chaque année tous les petits apprentis lecteurs, qui se détourneront parfois du chemin de la lecture pour l’effacer de leur vie future. Hélas ! Attention aux coeurs sensibles, donc, car ce sujet promet d’être polémique au possible. Mais prenons le risque.

On a tous connu ça, le soupir de déception et d’ennui précoce devant la liste des lectures obligatoires pour l’école. A chaque rentrée, le même refrain est chanté sur toutes les petites lèvres : « Pfff, c’est nul, on va se faire chier. » Ni plus, ni moins. Cela peut faire bondir les adultes, qui, outrés devant ce manque cruel d’enthousiasme, prennent la défense des grands auteurs étudiés pendant le cursus scolaire —surtout au collège et au lycée —, Voltaire, Rousseau, Montaigne et leurs amis (même s’ils ne l’étaient pas toujours de leur vivant). Ces gens-là ont raison bien sûr, car ces auteurs se sont hissés au panthéon de la littérature française et la qualité de leur plume n’est plus à débattre. Seulement, il faut oublier un instant son orgueil personnel de lecteur et se glisser dans celui fragile et naissant de ces jeunes lecteurs. Soyons honnêtes, les jeunes n’en ont que faire de ces auteurs, et pour avoir été à leur place et l’avoir ressenti à l’identique, ce sentiment de répulsion est resté gravé en moi. Je me souviens par exemple avoir étudié Pot-Bouille d’Emile Zola en classe de Seconde, et c’est le seul livre que je n’ai jamais pu finir, tant il me tombait des mains. Ce livre m’a même dégoûtée de Zola à jamais. Etait-ce le but du professeur — plein de bonnes intention soit dit en passant ? Je ne pense pas. Mais ce choix s’est soldé sur un échec monumental au sein de la classe et je suis certaine de ne pas être la seule à ne plus avoir ouvert un Zola depuis.

Seulement, le problème est complexe, diablement complexe, et mon avis est déchiré en deux. D’un côté, je suis d’accord avec les défenseurs de la langue française, et il me semble important de faire découvrir les grands auteurs aux jeunes, non seulement pour leur culture mais aussi pour la beauté intrinsèque des textes. Néanmoins, je reste intimement persuadée — et je précise haut et fort que ceci n’est que mon humble avis personnel et qui n’engage que moi — que ces lectures ne sont aucunement adaptées au jeune lectorat. Pire, elles créent ou renforcent selon les cas le dégoût que ressentent certains jeunes devant la lecture.
Le fait d’avoir des lectures obligatoires est déjà une raison de répulsion instantanée : la lecture devient forcée, obligée, c’est une contrainte, alors qu’elle devrait être un plaisir. Bien sûr, il y a des jeunes qui trouvent du plaisir dans les lectures scolaires, je ne dis pas le contraire, mais ils représentent malheureusement une minorité sur le nombre total d’élèves. Toutefois, c’est à double tranchant : ne pas imposer de lectures pourrait simplement autoriser les élèves à ne pas lire. Et là, c’est doublement catastrophique. Même si la question reste : les élèves lisent-ils réellement ces livres ? Ou se contentent-ils d’aller lire le résumé sur Wikipedia ? C’est une réalité à ne pas occulter, car combien de fois ai-je entendu mes camarades déclarer en riant « Ouais, j’regarderai vite fait sur Internet pour le contrôle » ou se vanter « J’ai même pas acheté le bouquin, moi ! ». Le fait même d’acheter les livres à la dernière minute (toutes les familles ont dû connaître ça) est un facteur révélateur de ce manque d’enthousiasme ; l’enfant oublie de demander à ses parents d’acheter ses livres d’école parce qu’il n’a tout simplement aucune envie de les lire.
Alors je me suis dit, pourquoi ne pas proposer une liste de livres très divers et laisser l’élève choisir selon son bon vouloir ? Cela l’obligerait d’une part à s’intéresser à chaque livre et à déterminer celui qui serait susceptible de lui plaire. Ainsi, le jeune lecteur construit ses goûts, son identité de lecteur. Il se définit. Car finalement, ces auteurs étudiés à l’école, aussi illustres soient-ils (je n’ai pas la prétention de les critiquer en tant que tels), ne desservent-ils pas la littérature auprès des jeunes au lieu de la favoriser, ou plutôt, ne contribuent-ils pas à empêcher l’élargissement de son lectorat chez la jeune population ? Je suis consciente que ces propos pourront m’apporter moult critiques, mais comprenez bien leur sens. Il est rare qu’un élève de lycée ait un coup de foudre littéraire pour Rousseau, même si cela peut arriver, les chances restent diablement maigres. Et les professeurs que je fréquente me l’ont confirmé à de nombreuses reprises, l’effet escompté se trouve inversé. Au lieu de donner le goût de ces grandes oeuvres aux élèves, ces livres dégoûtent les enfants et adolescents de la lecture. Et à partir de là, il y a peu de chances pour que l’élève devienne plus tard un lecteur assidu. Le goût et l’identité du lecteur se définissent dès l’école, et à cause des lectures imposées au programme, le jeune lecteur fait un blocage et amalgame toutes les oeuvres littéraires. S’il n’a pas aimé tel livre, il n’aura certainement pas le désir d’aller en voir un autre. En outre, la lecture est indéniablement devenue aujourd’hui une activité ringarde pour beaucoup de jeunes. Cela me fait mal de l’écrire, mais c’est la triste réalité. Un des mes anciens professeurs m’a même avoué que les élèves de la classe littéraire de son lycée n’aimaient pas lire, si ce n’est pas un comble ! Alors que l’école devrait former des lecteurs compétents, elle les éloigne de la littérature en leur mettant sous la dent des oeuvres qui ne sont pas adaptées, soit par une langue trop compliquée, soit par des enjeux qui ne peuvent atteindre les lecteurs d’aujourd’hui, dont les préoccupations diffèrent de celles des auteurs des siècles passés. Ainsi, pas d’identification, pas de plaisir.

Certes, je n’ai pas la prétention de détenir la clef de cet épineux problème, mais je pense qu’il est nécessaire d’en discuter, notamment à l’heure des réformes scolaires. Le problème de la lecture devrait être l’un des premiers à être étudiés et pourtant, je n’ai pas l’impression que les programmes s’adaptent, bien au contraire. En outre, on se penche davantage sur les soucis que rencontrent les jeunes dans les matières « nobles » (comprenez, qui ont un avenir), comme les mathématiques par exemple, mais beaucoup moins en français ou en littérature. Ceci est par ailleurs très représentatif de la dépréciation dont sont victimes les lettres à l'école. Les sections littéraires deviennent en effet de plus en plus marginales et décriées, car elles ne promettent pas l'avenir ouvert et chatoyant qu'offrent les sciences. Et cela montre bien la place de la lecture à l'école. Pourtant, tout au long de sa vie, l’élève sera confronté à la lecture qu’il le veuille ou non... En outre, on assiste à une croissance des difficultés en matière de lecture chez les élèves d’aujourd’hui, qui peinent dans l’exercice même de lire. Alors le fossé se creuse encore davantage. Comment apprécier Voltaire lorsqu’on peine déjà à lire avec fluidité ? L’échec est assuré dès le départ.

Alors, pourquoi ne pas mettre de l’eau dans son vin ? Je suis bien d’accord qu’on ne peut retirer purement et simplement les grands auteurs des programmes scolaires, ce serait un réel manque dans la culture des jeunes. Mais, je pense qu’il serait judicieux d’introduire d’autres oeuvres plus contemporaines dans les programmes. En commençant par des oeuvres plus accessibles, les élèves auraient certainement moins de mal à s'attaquer à la fin de leur cursus aux grands auteurs. Par ce biais, les jeunes se sentiraient nettement plus concernés et prendraient certainement beaucoup plus de plaisir à lire. Alors, pourquoi ne pas mettre un soupçon de Harry Potter, de Twilight ou d'Hunger Games ? J’entends déjà les cris effarés des puristes, des « Mais ce n’est pas de la vraie littérature ! » Soit ! Par ailleurs, j’adore ces expressions « C’est de la vraie littérature » ; alors il existe une fausse littérature ? Une littérature qui nous trompe et qui serait... quoi, en fait ? Une littérature qui ne serait pas faite de mots, peut-être ? C’est comme de parler de « bonne littérature », ce qui sous-entend qu’il existe une « mauvaise littérature ». Mais sur quels critères ? Si une littérature plait, peut-elle être foncièrement mauvaise ? Bref, c’est un autre sujet. Donc, ces oeuvres contemporaines étudiées en parallèle des grandes oeuvres, cela donnerait un autre aperçu de la littérature, une littérature qui ne serait pas tout entière rébarbative mais au contraire, une littérature diverse et pleine de surprises. Les élèves s’identifieraient davantage aux héros modernes, et montreraient peut-être plus d’enthousiasme à disséquer la narration, les personnages, etc. Lire deviendrait un plaisir. Je suis certaine que la littérature jeunesse recèle de livres très intéressants à analyser et plus riches qu’on ne le soupçonne. Ou même, l’on pourrait proposer des oeuvres de littérature contemporaine adulte et faciles d’accès. J’ai par exemple étudié Paul Auster en classe de Première et depuis, je me suis entichée de cet auteur et ai lu beaucoup de ses livres. Néanmoins, tout ceci est cependant à nuancer, car un contre-effet est à prévoir ; devenues des oeuvres scolaires, ces livres pourraient perdre de leur intérêt pour les jeunes, puisque ce qui est scolaire est forcément barbant... A voir donc en pratique. Mais certaines choses seraient intéressantes à étudier, notamment l’héritage de certains auteurs classiques chez les auteurs contemporains, étudier les différences de style ou de narration, les changements idéologiques, et encore tant d’autres possibilités ! C’est personnellement ce que j’aurais aimé voir à l’école, mais une fois encore, ce n’est que mon avis d’ancienne élève. Mais justement, on ne prend pas assez en compte l’avis des élèves ou du moins, ceux qui font les programmes l’ignorent royalement.

Alors que sa mission est d’amener les élèves à aimer lire, l’école joue ainsi un rôle non négligeable dans le processus de désamour croissant de la lecture chez les jeunes, même si elle n’est pas entièrement responsable de ce phénomène alarmant. Et pourtant, les programmes ne changent pas ou très peu au fil des ans. Les jeunes lisent donc de moins en moins. Et il faudrait peut-être s’alarmer gentiment...

Et vous, comment avez-vous appréhendé la lecture à l’école ? Expérience agréable, désagréable, mitigée ? Venez partager votre avis !

13 commentaires:

  1. Je suis très d'accord avec toi (même si pour moi Zola a été une révélation en 3ème !).

    Lectrice assidue depuis maintenant plus de 15 ans (et j'en ai 22 !), j'ai pourtant connu, comme toi, un ennui certain face aux listes de lectures obligatoires. Je partais souvent du principe que ces lectures m'empêchaient de me plonger dans ce qui m'intéressait, et qu'elles seraient donc "chiantes", et souvent inadaptées à mon jeune âge. Je me souviens d'une lecture laborieuse d'Hemingway (non, mais vraiment) en classe de CM1 (!), qui m'a dégoûtée à jamais de cet auteur...En revanche, arrivée en fac, j'ai lu de mon plein gré Madame Bovary, et j'ai apprécié ce roman, tout en étant persuadée que si je l'avais lu flingue sur la tempe en 3ème, je l'aurais violemment rejeté.

    Quand j'étais vacataire en bibliothèque, j'ai rencontré une jeune prof de français, qui venait emprunter de la fantasy. Elle m'a expliqué qu'elle souhaitait lire cette série car elle avait brièvement parlé du premier tome à sa classe de 3ème et que plusieurs élèves s'étaient montrés intéressés et avaient demandé s'ils pouvaient lui emprunter. Elle venait donc emprunter la suite pour pouvoir en discuter avec eux. Elle était vraiment passionnée, ça faisait plaisir à voir. J'ai aussi souvenir d'une prof qui avait décidé de monter un blog de littérature avec ses élèves et sollicitaient les maisons d'édition jeunesse pour recevoir de la YA qu'elle leur ferait lire. Je lui ai dit avec beaucoup d'honnêteté "comme j'aurais aimé vous avoir il y a dix ans !"....

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    1. Merci Emily de partager ton opinion ! :)

      Ah, comme quoi, chaque élève réagit différemment et tu as eu de la chance d'avoir un coup de coeur pour Zola ! Pour ma part, c'est Roger Martin du Gard qui m'a foutu une claque en Première, avec Les Thibault, qui aurait pu le prévoir ? Mais je crois bien avoir été la seule de la classe... Pour Hemingway en CM1, j'ai du mal à y croire tant c'est déplacé. Cela partait certainement d'un bon sentiment du prof mais c'est totalement inadapté.

      Les élèves des professeurs dont tu parles ont beaucoup de chance, en tout cas, combien aurais-je donné pour en avoir de similaires ! Cela prouve bien que les jeunes ne sont pas hermétiques par nature à la littérature mais qu'il faut les y introduire avec des livres qui sont susceptibles de les intéresser. Je tire mon chapeau à ces deux femmes qui offrent une autre vision de la littérature à leurs élèves et les amèneront certainement à s'intéresser d'eux-mêmes à d'autres horizons livresques... Bel exemple !

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  2. C'est une question complexe et je suis bien content de ne pas avoir à y répondre!
    A l'époque, j'ai effectivement détesté Rousseau et encore maintenant, je ressens des frissons de dégoût rien qu'en y pensant. Mais ça m'a aussi permis de découvrir Raymond Queneau, par exemple, très drôle et qui fait plein de jeux de mots.
    Peut-être faudrait-il plus de littérature fantastique/imaginaire ? Les Zola/Flaubert/Balzac sont un peu rudes au lycée, on ne les apprécie que plus tard!

    PS: je viens de découvrir ce blog. Très sympa! Bonne continuation! :)

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    1. Bonsoir et merci pour ton commentaire ! :)

      Comme je te rejoins sur Rousseau, j'en ai encore des boutons quand j'ai le malheur de le recroiser ! En revanche, j'ai moi aussi beaucoup aimé Queneau, mais je l'ai étudié à la fac, donc ça n'est pas pareil. Je trouve cela pas mal de le proposer au lycée néanmoins, je pense que j'aurais accroché et que ça peut facilement plaire aux jeunes !
      Il est certain qu'en proposant des genres différents et peut-être plus marginaux, comme l'imaginaire ou le polar, la lecture passerait mieux, car effectivement, c'est après le lycée qu'on déguste vraiment les grandes oeuvres, souvent parce que ça vient de notre propre volonté ou bien grâce aux études plus poussées qu'on peut en faire dans le supérieur. J'ai par exemple étudié L'Eloge de la folie d'Erasme cette année, et j'ai adoré, alors que je ne pense pas que j'y aurais pris goût au lycée.

      Enfin, merci pour les compliments qui me font chaud au coeur et au plaisir de te recroiser ici ! :)

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  3. Un autre article brillant :) J'aime beaucoup ta façon d'exposer ce débat qui, pour être sans cesse rabattu, n'en demeure pas moins épineux!
    C'est marrant car j'y pensais justement il y a quelque jours en lisant un roman YA (Young Adult), qui s'adresse donc principalement aux ados, que j'aurais bien aimé le lire quand j'étais moi-même ado ! (Pour la petite histoire, je chronique régulièrement des romans YA pour Callioprofs, une base de données de la littérature jeunesse : http://callioprofs.com/CallioWiki/index.php?title=Accueil Hop, fin de la parenthèse!)
    Je comprends ce que tu veux dire par les lectures obligées, j'en ai eu aussi à la fac, vu que j'étudiais la traduction et qu'il fallait donc avoir une culture livresque anglophone. Et ben, je peux dire que je n'ai jamais autant souffert qu'en devant lire sur plusieurs années d'affilée des ouvrages de Margaret Atwood !
    Donc je seconde l'idée d'une liste où chacun piocherait ce qu'il veut (d'un autre côté, le risque est grand aussi que certains ouvrages soient systématiquement négligés. En même temps, les imposer peut aussi mener au dégoût total - je suis désolée d'ailleurs que cela te soit arrivé pour Zola, perso, j'ai une très grande admiration pour son oeuvre des Rougon-Macquart, mais je comprends aisément que cela te soit devenu imbuvable. Néanmoins, si tu as l'occasion de réessayer... ;)
    Ce qui me semble bien aussi, c'est de faire toucher du doigt autrement le monde des livres et autrement que par les livres justement! Perso, ca m'aurait intéressée à cet âge de par ex. de visiter une bibliothèque renommée, une maison d'édition, etc, d'en apprendre plus sur le fonctionnement de ce monde, qui reste très mystérieux encore dans la plupart des esprits. Voilà pour mes petites réflexions, je guette avec grand plaisir tes prochains articles! :)

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    1. Hello Cindy et merci pour ton commentaire et tes compliments qui me touchent énormément ! :)

      Il est certain que ce sujet est débattu depuis belle lurette, mais pourtant, aucun remède magique n'a encore été trouvé, hélas... Mais ne baissons pas les bras !
      Le site Callioprofs est une plateforme intéressante et dynamique dont j'ignorais totalement l'existence, mais ça fait vraiment plaisir de voir que des profs tentent de moderniser l'enseignement des lettres ! Une excellente initiative.
      Après, quant à l'idée de la liste, c'est vrai que certains livres resteraient souvent sur le banc de touche... Ce qui prouverait leur inadéquation, en même temps, et ils pourraient être remplacés par d'autres ensuite. En tout cas, je pense qu'il est nécessaire d'amener tout d'abord les jeunes à découvrir des livres de leur niveau et plaisants, pour ensuite pouvoir les introduire aux "choses sérieuses" sans qu'ils ne partent en courant.
      Pour Zola, ne t'en fais pas : j'ai acheté Germinal il y a des années, il attend toujours sur mes étagères, mais un jour, je lui donnerai sa chance car je ne veux pas rester sur cet échec. :)
      Enfin, c'est une super idée de faire sortir les élèves pour les introduire concrètement avec le monde du livre, et ça pourrait faire naître pas mal de vocations ! Une maison d'édition, c'est toujours fascinant à découvrir, avec tous les postes différents qui fonctionnent main dans la main pour publier un livre, et il y a tant de magnifiques bibliothèques ! Je me souviens avoir visité l'atelier de la SODIS lors de mon DUT, qui s'occupe notamment de la fabrication des Pléiades, et c'était vraiment une expérience super chouette et ultra enrichissante !

      Merci pour tes réflexions très intéressantes, je guetterai impatiemment tes prochaines idées ! :)

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  4. Tiens du coup, j'ai été voir le site de la SODIS, je me coucherai moins bête ce soir :) Ah, ca m'aurait franchement intéressé en tout cas, ce genre d'initiative, et ça m'intéresserait toujours bien sûr (pas seulement d'un point de vue d'auteur, mais aussi en général)
    Ce ne sont pas tant des compliments que des constatations, je suis bien contente d'avoir découvert ton blog :-) Keep up the good work!

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  5. J'ai découvert ton blog avec le billet sur les "lectures honteuses" dont tu parles et je regrette vraiment de ne pas l'avoir connu avant, car je te trouve très pertinente, que ce soit dans tes avis de livres ou sur des sujets comme celui-ci.

    Je suis totalement d'accord avec toi. J'ai toujours dit que si je n'étais pas née avec l'amour de la lecture dans le sang (car c'est vraiment ça, j'aimais lire avant même de savoir lire ^^), les lectures scolaires du collège m'auraient probablement dégoûtée de la lecture à jamais.
    Aussi choquant que ça puisse paraître pour certains, non les lectures scolaires ne donnent pas envie de lire, et pire encore détournent à jamais de nombreux élèves de la lecture, j'ai moi-même un certain nombre d'amis qui, traumatisés par des lectures imposées, frissonnent aujourd'hui à la seule idée de lire un livre.

    Je ne crois pas que faire lire des œuvres entières de Zola ou Hugo au collège soit une bonne idée. Qu'on en étudie des extraits, oui absolument. Qu'on attende le lycée pour le reste. Surtout que ça ne dessert pas uniquement les élèves mais aussi les auteurs. Exemple personnel : on m'a fait lire l'Assommoir au collège, ça a été un telle épreuve qu'à présent je déteste Emile Zola, qui est pourtant l'un des plus grands auteurs classiques français. Eh bien je me dis que si je l'avais lu plus âgée, ou si mon prof avait choisi une oeuvre de Zola moins assommante (hahaha), peut-être que je ne grimacerais pas affreusement chaque fois que j'entends le nom de Zola :) Et c'est pareil pour un tas d'auteurs classiques français, Hugo, Balzac, etc. Pour être honnête, je ne pense pas que je les aurais appréciés, ils m'ennuient profondément, mais peut-être aurais-je pu être plus objective à leur sujet, ce qui n'est pas le cas : si on me demande ce que je pense de Zola Hugo et compagnie, je réponds que ce sont des cauchemars à lire, ce qui est un peu réducteur pour ces messieurs :)

    Au lycée, j'ai souffert aussi, j'ai failli me flinguer en lisant les Confessions de Rousseau, mais c'était différent, j'avais choisi L et c'était au programme du bac de français. Pour ça que je pense qu'on devrait attendre le lycée pour faire lire certaines œuvres, et aussi faire en fonction de la filière choisie. Alors oui, on va venir pousser les hauts cris au nom de la culture générale...Mais tout au long de notre scolarité, on étudie la littérature par siècle ou par thème, donc rien n'empêche de faire étudier des extraits d’œuvres de nombreux auteurs sans imposer la lecture complète. Ainsi, les élèves sauront qui est untel, à quelle époque il a écrit et ce qu'il a écrit, sans pour autant en être dégoûté à jamais pour avoir dû suer sur un de ses ouvrages. Et ils pourront le lire s'ils en ont envie.

    Le procédé d'imposer certains grands auteurs est d'autant plus aberrant à notre époque que comme tu le dis, de toute façon, maintenant les élèves n'ont plus besoin de lire le livre, suffit d'aller trouver les renseignements dont ils ont besoin sur Internet. A mon époque (j'ai été collégienne dans les années 90), pas d'Internet, on était bien obligé de le lire le livre, alors certes ça nous dégoûtait de la lecture mais au moins on lisait. Maintenant, sachant qu'ils n'ont plus besoin de se forcer, il est évident qui si on donne des œuvres trop rébarbatives, les élèves n'auront pas envie de le lire, et comme ils ne sont pas obligés de le faire pour ne pas se ramasser au contrôle (merci Internet), eh bien ils ne lisent plus du tout.

    Je ne sais pas si j'ai été très claire ! Mais ma conclusion est oui, je pense qu'il faut vraiment réformer le programme/système des lectures scolaires imposées, du moins au collège (vu qu'au lycée ça dépend des programmes du bac).

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    1. Bonsoir Caro et merci pour ce commentaire aussi intéressant qu'instructif ainsi que pour tes compliments qui me vont droit au coeur ! Je suis ravie que mon blog plaise autant, d'autant qu'il n'avait pas grand succès depuis le fameux article. :)

      Enfin, revenons à nos moutons ! Je ne peux bien sûr qu'être d'accord avec toi sur toute la ligne, et je rends grâce aux lectures extra-scolaires qui m'ont permis de continuer à aimer lire durant le cursus secondaire ! Par ailleurs, je vois que nous partageons le même sentiment sur Zola, Rousseau (ahhh, les CONFESSIONS... mon Dieu) et Balzac, ça me rassure (ta blague sur L'Assommoir m'a bien fait rire, d'ailleurs, héhé) ! Je trouve aussi que c'est important d'étudier ces auteurs, mais le faire par petits bouts et extraits est une très bonne idée. L'élève en aurait un bon aperçu sans pour autant être noyé et écrasé par l'oeuvre intégrale. Une très bonne idée, simple et réalisable et qui sauverait ô combien d'élèves du dégoût de la littérature.

      Tu as été parfaitement claire en tout cas, ne t'en fais pas, et je te remercie vivement pour ta participation ! Au plaisir de te relire ici ! :)

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  6. Bonsoir,

    Tout d'abord, MERCI pour cet article ! J'ai moi-même évoqué très vaguement ce problème dans l'article que vous m'aviez inspiré et je suis très contente que vous l'ayez écrit.

    Je suis totalement d'accord. Trop de mes anciens camarades disaient que lire c'était nul (etc, etc.). Pourtant, j'ai eu quelques professeurs assez géniaux pour nous faire aimer ça. Parce-qu'en réalité, les auteurs ne sont pas imposés par les programmes, ce sont les "styles". Et au lieu de nous faire lire du Racine pour du théâtre, on peut faire lire (par exemple) du
    Wajdi Mouawad. J'espère que des professeurs ont l'intelligence de faire lire du Harry Potter au collège, des contes qui sortent de l'ordinaire en sixième, en anglais ou en français, j'espère que des professeurs pensent comme celui que j'ai eu en troisième et font tout pour sortir des auteurs classiques français pour faire découvrir ce qui se fait ailleurs, et aujourd'hui. Encore une fois, j'espère que des professeurs pensent à faire des approches cinématographiques, des études comparatives entre un livre et un roman. Mais oublions les "grands auteurs" qui ont toujours dégoûtés. Oublions tous ces auteurs, n'en faire lire que des extraits pour les étudier, les connaître, et si ces extraits touchent les élèves, ils iront par eux-mêmes les lire.

    L'idée d'une liste non obligatoire, de choisir son livre est géniale. Pédagogiquement j'ai juste peur que cela ne soit pas bien pratique. Comment noter toute une classe sur des livres différents ? Après, je pense que les professeurs sont assez compétents pour préparer plusieurs tests possibles. Je pense qu'eux-mêmes savent qu'il en est de la survie de l'amour de la lecture...

    Et pour que les élèves aiment lire, donnez leur des livres bien avant l'école, lisez leur des histoires. Car l'école ne fait pas tout, la socialisation débute bien avant et il est important de leur donner des livres d'éveil avant de les foutre devant la télévision pour regarder Tchoupi. Tchoupi existe en livres !!

    Pour conclure, je rajouterais que mon école primaire fut extraordinaire sur un point : nous avions un défi lecture CM2/6ème chaque année et nous devions lire le plus de livres possibles (des contes, des histoires policières, des petits romans adaptés) et, par des jeux, défier les "plus grands". Lire en s'amusant fut une superbe expérience.

    Merci pour cet article, une fois encore je l'approuve complètement.

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    1. Bonsoir et un grand merci à vous pour votre enthousiasme qui est contagieux, je suis vraiment comblée !

      Tout d'abord, c'est une excellente précision en ce qui concerne l'étude des styles (et non des livres en eux-mêmes), que j'avais totalement oubliée (comme quoi ça n'a pas dû me marquer du temps de mes études). Merci de rectifier cet important détail ! Et finalement, c'est presque pire, non ? Si l'on impose des styles/courants, ce sont donc les professeurs qui font le choix des titres qu'ils proposent aux élèves, choix certainement très guidé par les programmes néanmoins La responsabilité est donc la leur et c'est à eux de réagir, de prendre le temps et l'énergie de moderniser leurs programmes et leurs cours. Car l'enjeu en vaut la chandelle, ils sont en grande partie responsables, avec les parents, de ce que l'enfant va devenir, et notamment du lecteur qu'il va devenir — petit, moyen, grand ou hélas inexistant. Je pense donc que l'on peut allier lectures obligées (car j'imagine bien qu'ils ne peuvent s'éloigner d'un fil directeur imposé) et lectures originales pour composer et trouver un juste milieu qui ne fasse pas déguerpir les élèves devant le mot "Français" ou "livre". Il y a tant de choses à faire, d'horizons possibles, comme les comparaisons livres-adaptations cinématographiques, tellement intéressantes ! Je me souviens avoir fait cela en 6e avec Mathilda de Roald Dahl, et c'était vraiment chouette. Et curieusement, j'ai suivi un cours de Littérature pour la jeunesse en troisième année de licence, et celui-ci était plein à craquer, preuve que les jeunes ont envie d'étudier ces oeuvres délaissées.

      Ensuite, appliquer l'idée de la liste de lectures dans la réalité suscitera très probablement des problèmes, en effet, notamment d'évaluation. Il faudrait peut-être que la liste ne soit pas trop longue et n'excède pas dix ouvrages, par exemple, ou un questionnaire type légèrement arrangé selon le genre/l'oeuvre...
      Par ailleurs, je pense que ces changements s'opéreront, très lentement certes, mais se feront grâce aux jeunes professeurs qui arrivent sur le terrain et qui se souviennent du labeur récent de leurs études. Difficile pour les professeurs qui enseignent la même chose depuis trente ans de changer leurs méthodes, alors misons sur les petits nouveaux !

      Enfin, l'environnement de l'élève joue un rôle déterminant, c'est certain, et pour nourrir ce goût de la lecture ou du moins l'amorcer, il est nécessaire de confronter l'enfant au livre dès le plus jeune âge. En outre, les parents n'ont plus d'excuses, car les livres jeunesse n'ont jamais été aussi riches, divers et attirants, avec les innovations qui sont apparues, notamment pour les livres d'éveil (avec des textures, animations, peluches, etc.). Pour ma part, je me souviens très bien des fois où ma soeur et moi demandions (voire suppliions) à ma mère de nous lire des histoires et quels beaux moments c'étaient !

      Merci encore à vous pour votre apport judicieux !

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  7. Très bel article plein de vérités ;-) moi j'ai toujours aimé lire et même les lectures scolaires étaient un plaisir, j'adore Emile Zola, Maupassant et autres écrivains classiques même si maintenant il ne me viendrait plus à l'idée de les lire car pour moi ce sont des auteurs "scolaires. Je partage totalement ton avis sur l'introduction de lectures modernes pour encourager les élèves à lire. Au lycée (il y a 20 ans) j'avais une prof de français très ouverte qui, en dehors des lectures du programme, avait instauré un système de fiches de lecture où chaque élève pouvait présenter le livre de son choix.
    Moi maintenant en tant que maman j'emmène mes loulous à la bibliothèque et j'espère bien leur refiler le virus.

    En tous cas c'est une vaste question qui mérite réflexion ;-)

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    1. Merci Vermicélia pour ton commentaire ! :)

      Tu as de la chance d'avoir apprécié les lectures scolaires, et comme quoi, ça existe, c'est rassurant en un sens ! Mais du coup, ces lectures sont catégorisées "scolaires" pour toi, et comme du passé... C'est intéressant, je trouve ! L'école laisse donc sa marque.
      J'ai eu aussi une prof au collège (géniale, soit dit en passant) qui nous avaient demandé des fiches de lecture où elle nous laissait carte blanche, et je trouve ça super ! C'est l'occasion pour l'enfant de chercher quelque chose qui le tente vraiment et de s'y plonger tout entier.
      Tu as bien raison d'emmener tes petits loups à la bibliothèque, rien de tel pour choper le virus en effet ! Et ça va les habituer à lire, ce qui est capital. En espérant qu'ils deviendront d'aussi gros lecteurs que toi ! :)

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