lundi 9 septembre 2013

Plaisirs coupables, Laurell K. Hamilton

Son nom, c'est Blake, Anita Blake. Réanimatrice le jour, la jeune femme s'occupe officiellement de redonner vie à des cadavres, ce, grâce à de juteux contrats négociés par son boss légèrement véreux. Mais la nuit, Anita troque ses poulets vaudous contre ses pieux et devient l'Exécutrice, aussi célèbre que redoutée par les vampires de Saint Louis qu'elle extermine joyeusement. Anita excelle en effet en la matière, et les vampires ne sont pas sa tasse de thé, du tout. Alors, elle fait tout pour en dérouiller un maximum, au péril de sa vie, et comme ses nombreuses cicatrices le prouvent volontiers, ce n'est pas une douillette. Sauf que le nouveau contrat de Blake s'annonce peu appétissant ; la voilà obligée à bosser pour des vampires sur une histoire de meurtres en série frappant la communauté des créatures de la nuit de la ville. Et peut-on refuser quelque chose aux vampires ? Lorsqu'ils menacent vos proches, hélas non. Contre son gré, Anita n'a pas d'autre choix que de se jeter tout entière dans la gueule du loup.

De par sa précocité et son audace, Anita Blake est LA série bit-lit, désormais entrée dans l'anthologie du genre et faisant de Laurell K. Hamilton l'une de ses pionnières incontestables. Impossible donc de passer à côté de cette série qui, forte de son succès, prend une place considérable dans les rayons de librairies. Anita ou la figure de l'héroïne de bit-lit par excellence ? A nous de voir.

Un peu curieuse, j'ai néanmoins mis les pieds dans Plaisirs coupables avec une petite peur au vente, autant l'avouer. Le titre et la couverture ne me disaient rien qui vaille, à vrai dire ; une femme nue avec une dague, des tons violets très féminins et un titre plus qu'évocateur... Je craignais de m'embarquer dans une histoire nourrie de féminisme naïf et de beaucoup de sexe. Et pourtant, comme le lecteur est trompé ! Car de sexe, il n'y en a aucunement dans ce premier opus des aventures de la coriace Anita Blake. Pas plus de nudité ni de sentiments à l'eau de rose, d'ailleurs. Une bonne surprise pour commencer, donc, et qui m'a encouragée à continuer avec plus de confiance.
Dès le premier chapitre, l'ambiance assez particulière de la série est installée. C'est sombre, glauque mais pimenté, à l'instar du climat de Saint Louis, lourd et poisseux. Mais malgré ce cadre prometteur, je n'ai pas réussi à plonger sous la surface des aventures de la petite tueuse de vampires. L'histoire est pourtant intéressante : forcer une dure à cuire qui dézingue des suceurs de sang à travailler pour ces derniers, ce n'est pas franchement une partie de plaisir pour la jeune femme, pour qui un bon vampire est un vampire mort. D'autant plus que les meurtres en série de chefs vampires de la ville ont quelque chose de mystérieux et d'intriguant. Qui peut bien dérouiller les chefs de façon si atroce ? Quelle créature en a la force ? L'enquête s'annonce plus que retorse pour la réanimatrice et en effet, elle patauge un certain temps dans la semoule. Cependant, elle ne peut pas se permettre d'échouer, la vie d'une de ses amies étant en jeu, et la chef de la ville, Nikolaos, vieille de plus de mille ans, ne se laissera pas berner une seule seconde et est prête à tout pour que les crimes soient résolus. Il faut donc agir vite et bien, sans quoi, Anita risque d'y laisser sa peau.

Le matériau de base est donc solide, mais j'ai hélas eu beaucoup de mal à rentrer réellement dans la narration. Tout d'abord, le lecteur y est plongé in medias res (comme très souvent dans la bit-lit, j'ai remarqué), sans indications ni éclaircissements, et j'ai donc mis du temps à bien saisir les éléments fondamentaux en jeu, à commencer par le boulot même d'Anita qui n'est pas très clair au départ. Puis, l'enchaînement des évènements m'a semblé lourd, pataud. Les rouages sont en effet un peu gros et rouillés, et s'enclenchent avec un certain manque de fluidité. Un peu plus de finesse n'aurait pas été de trop. Heureusement, pour contrebalancer cette faiblesse narrative, les personnages sont mieux travaillés et assez attachants dans l'ensemble. Anita est tout d'abord une figure très intéressante. Certes, c'est une dure à cuire, pleine de cicatrices et qui fonce bille en tête vers le danger quand l'enjeu l'exige. Néanmoins, elle reste étonnamment humaine, et donc, bourrée de failles et de faiblesses. Oui, elle est courageuse, mais elle ne crève pas moins de trouille devant les vampires. Et si elle est robuste, elle est loin d'être indestructible. Au contraire, elle se fait plusieurs fois passer à tabac et n'en ressort pas totalement indemne. Les bleus, ecchymoses et autres traumatismes lui rappellent constamment sa fragilité. Une héroïne authentique, donc, souvent en proie au doute et à la peur mais qui sait également se montrer pleine de ressources. Ensuite, le personnage de Jean-Claude, chef vampire qui tient le fameux bar Plaisirs coupables, est également intéressant. L'on sent de suite son attirance envers Anita, renforcée par son aura sensuelle de vieux vampire à l'allure romantique (chemise à jabot à l'appui) et le mystère qui lui colle à la peau. Les circonstances font que les deux personnages vont se retrouver noués par le destin, mais beaucoup de questions restent en suspens à la fin du récit. Et si Anita a une dent contre les vampires (pardonnez ce jeu de mot facile), elle n'en est pas moins fascinée par la personnalité de Jean-Claude, et s'attache à lui, malgré elle. Un attachement semblable naît également entre la tueuse de vampires et le personnage de Philip, un accroc aux vampires, drogué de leur sang, qui se révèle particulièrement touchant. Humain dévoué à la cause des créatures de la nuit, il essaie néanmoins de se sevrer et fait preuve d'un grand courage, prenant Anita sous son aile fragile. Au fur et à mesure qu'ils collaborent, la jeune femme apprend en effet à changer le regard qu'elle porte sur lui ; au lieu de ne voir qu'un junkie, elle perçoit finalement l'homme bon qui est enfoui sous la dépravation. Enfin, la chef de la ville, Nikolaos, m'a étrangement rappelé le personnage de Claudia dans Entretien avec un vampire d'Anne Rice. A l'instar de cette dernière, Nikolaos est une vampire qui a été transformée lorsqu'elle était encore une jeune fille, et son rire cristallin et ses robes de dentelle blanche accentuent son caractère profondément démoniaque, caché derrière une apparente mais feinte innocence. Il est toujours aussi fascinant d'observer des vampires-enfants, à mon goût, car devant ces vies qui ont été volées à l'aube d'une jeunesse gâchée, la malédiction de leur sort en semble accrue. L'esprit continue sa maturité, tandis que le corps reste prisonnier de l'enfance, ce qui rend Claudia et Nikolaos si troublantes ; ce sont deux femmes dans des corps de fillettes, et le résultat est souvent effarant.

Ainsi, je suis sortie de cette lecture hésitante et mitigée, car il y a dans Anita Blake du bon comme du mauvais. Pour le moment, la tueuse de vampires est en dangereux équilibre, et la lecture du deuxième tome précisera peut-être si elle atteindra l'autre côté, saine et sauve, ou si elle chutera en cours de route. Prions pour elle !

Plaisirs coupables (Anita Blake, tome 1), Laurell K. Hamilton, Milady, 352 pages.

9 commentaires:

  1. J'ai aussi testé la série.
    Alors, pareil, un peu mitigée, mais au final j'ai quand même acheté le tome 2 pour lui donner sa chance (à la base je ne suis pas très bit-lit... c'était mon premier test).
    Bon ok, je ne me suis pas encore plongée dedans...
    Si jamais tu le lis avant moi, je me réjouis de lire ton avis!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah, ça me rassure que tu sois du même avis ! C'est tellement ZE série bit-lit que ça m'a fait un peu peur au début, je craignais naïvement que toutes les séries du genre ne soient pas comme celle-ci et heureusement, ce n'est pas le cas. J'en ai lu de bien meilleures à la suite.
      Je devrais bientôt me mettre au deuxième tome, héhé, ne t'éloigne donc pas trop ! :) Et je serais très curieuse d'avoir ton avis également, mais je sais que tu as déjà plein de chats à fouetter !

      Supprimer
    2. Aah bin je suis curieuse! Quelles séries as-tu trouvé meilleures? (Euh ceci ne veut pas dire que je pense que c'est la meilleure.... je suis que suis une noob en la matière :-))
      Bon étant donné que je suis en vidage de PAL... il faudra bien que ce second tome y passe un jour.
      Pour mon prochain bit-lit j'ai celui-ci, le tome 2 de "True blood" et le tome 1 de Vampire et...
      Rhoo oui beaucoup de chats, mais j'aime bien varier les plaisirs!

      Supprimer
    3. Ne t'en fais pas, je ne t'avais pas mal interprétée ! :) Aloooors, je n'ai pas encore lu tout ce que je voulais mais dernièrement j'ai beaucoup aimé Chasseuse de la nuit ! J'ai lu Jaz Parks, aussi, mais j'ai moins accroché, même si j'ai trouvé ça un cran au-dessus d'Anita Blake. Il faut voir après si les tomes suivants suivent le rythme, bien sûr mais j'ai trouvé ça prometteur ! Je vais m'attaquer à Charley Davidson, et j'en ai entendu d'excellents échos aussi, et j'ai plutôt un bon feeling, croisons les doigts !
      Pour le tome 2 de True Blood... je n'ai pas accroché (la chronique arrive bientôt), hélas. En revanche, je n'ai pas du tout lu Vampire et, donc je serais contente de savoir ce que tu en penses ! Courage pour la vidange de PAL ! ;)

      Supprimer
  2. Ah bin je vais suivre tes avis de près :-)
    Pour True Blood, je trouve que ça se lit vraiment facilement. Ca ne mange pas de pain (et ok Sookie est vraiment cruche :-) ) Je me le garde pour les jours de migraine/gueule de bois :-)
    Je ne connais pas "chasseuse de la nuit". Je jetterai un oeil.
    Pour Vampire et.... ça a l'air comique :-)

    RépondreSupprimer
  3. Voilà une critique qui me met le sang à la bouche. La nuit prochaine j'irai l'acheter dans ma librairie spécialisée...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ravie que ma chronique ait suscité cette envie acheteuse ! Quelle est donc cette librairie spécialisée ? Je suis curieuse, car je ne connais que la librairie de l'Antre-Monde à Paris. Au plaisir de vous relire et d'avoir votre avis sur le livre !

      Supprimer
  4. Hélas, les scènes de sexe apparaissent par la suite dans la série, au point que l'intrigue devient assez secondaire. La première partie de la série reste très sobre de ce point de vue là (jusqu'au tome 9 ou 10, environ) puis Anita devient adepte des gang bangs...Les derniers tomes perdent donc de leur intérêt, car l'intrigue devient un prétexte à de longues scènes de cul. Bref, vraiment dommage.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je me disais bien que cette absence de sexe était plus que suspecte... Ce revirement tardif est curieux en tout cas, notamment s'il advient après quasiment dix tomes. Et puis quel revirement, on passe de l'abstinence au gang bang, c'est plutôt déroutant ! Enfin, je ne pense pas aller jusque là de toute façon, vu que je n'ai pas accroché, mais ça me laisse tout de même pantoise.

      Supprimer