dimanche 22 septembre 2013

La guerre des couvertures : l'épurée versus l'illustrée

Copains lecteurs,

C'est grâce au commentaire de Miawka en réaction à l'article « Ce livre ? C'est de la merde » que l'idée m'est venue de discutailler d'un enjeu de l'édition que je trouve particulièrement intéressant : les couvertures des livres et l'impitoyable guerre qui se livre entre les épurées, dont l'emblématique est certainement la fameuse et indétrônable collection blanche de Gallimard, et les illustrées, portées par les genres dits populaires et dont l'un des meilleurs exemples est sûrement Harlequin.
Par ailleurs, je remercie Miawka pour le lien de cet article très intéressant, que je vous invite à lire : Pourquoi en France les couvertures de livres sont-elles si sobres ?, qui résume brillamment la genèse et les raisons de cette lutte sans merci et qui m'a donné envie de creuser un peu plus ce sujet polémique du monde de l'édition, et à défaut de pierre, d'apporter mon petit gravier à l'édifice. Vous l'avez peut-être remarqué, j'aime rentrer dans le lard, et aujourd'hui, je souhaite défendre l'accusée : l'illustrée.

Le facing en librairie, preuve qu'on hameçonne le lecteur par la couverture ! (photo Simon Isabelle)

Comme l'article de Charlotte Pudlowski le démontre si bien, l'édition française se démarque des autres pays de par l'existence et la revendication de collections à la couverture neutre et dépouillée d'illustrations. La blanche de Gallimard (couleur coquille d'oeuf, en fait), la plus immaculée de Minuit ou encore la jaune de Grasset, ces collections épurées ont pour objectif de mettre le texte en avant, et non l'objet livre. Il en va ainsi de la « grande littérature » — qui n'a guère besoin de fioritures affriolantes pour attirer son parfait lecteur. En un mot, le texte se suffit à lui-même et l'orner d'une enveloppe agréable serait tapageur, voire dégradant pour le sacro-saint texte. Un peu comme une belle femme que l'on affublerait comme une prostituée ; ce serait vendre le livre, vendre l'âme du texte au diable. Au contraire, dans les pays anglo-saxons, les couvertures rivalisent d'originalité et de beauté, parfois au point que l'on peine à reconnaître son éditeur. Mais là-bas, le but n'est pas l'identification d'une collection, c'est de provoquer l'achat, tout simplement. D'attirer et de vendre. Ce qui est finalement le but de tout éditeur, car il faut bien payer les employés et vivre de son métier. On ne publie pas des livres pour faire joli, et si l'édition est un vecteur culturel qui cherche à faire découvrir une belle plume ou une belle histoire, c'est aussi une activité commerciale (ouhhh, le gros mot !). En France cependant, la tendance a longtemps été inverse et l'important est de pouvoir identifier tel éditeur ou telle collection, par une charte graphique sobre et simple, gage d'une certaine qualité et exigence éditoriales. Cet objectif est plus qu'atteint : ces collections sont connues de tous, et pour preuve, elles n'ont quasiment pas évoluées avec le temps de peur de perdre cette identification — et c'est la raison pour laquelle certaines semblent aujourd'hui un peu vieillottes. L'auteur et le texte sont ainsi mis en valeur, et considérés avec sérieux par les acheteurs. Ces livres, on en lit la quatrième les sourcils froncés, on en parle avec le libraire, on les compare avec ceux de la même veine que l'on a déjà lus avant de l'acheter. On le considère avec respect. Sauf que, lorsque je rentre dans une librairie anglophone, j'ai envie de regarder tous les livres, et que quand je rentre dans une librairie française, et que je vois les couvertures et les dos tristement blancs et identiques des collections de type Gallimard, Minuit, etc., je n'ai même pas envie d'en sortir un seul de sa pile ou de son étagère. Certes, je reconnais l'éditeur ou la collection, mais l'envie de l'acheter me quitte en courant. La couverture est donc malmenée et pointée du doigt, comme si elle était obsolète et le lecteur pouvait s'en passer. Mais c'est faux, tout d'abord parce qu'elle remplit sa mission première ; protéger le livre, puis parce qu'elle fait partie inhérente de l'objet.

Puis, un beau jour, le livre populaire a dynamité cette sainteté littéraire, de pair avec la naissance du livre de poche bon marché et accessible à tous. Accessible notamment à un nouveau public qui ne lisait pas, faute de moyens, le livre a tenté de chercher et d'attirer le lecteur à lui, en lui disant : « Viens, regarde comme je suis beau, tu as envie de m'acheter ! ». Bon, je divague, mais l'apparition des couvertures illustrées a tout chamboulé. Celles-ci sont pour un temps réservées avant tout aux genres populaires : science-fiction, polar, romance, tout ce qui n'est pas légitime et considéré comme de la sous-littérature et qui est donc destiné à des « sous-lecteurs » qui ont besoin d'être attirés par l'objet avant de l'être par l'histoire, ou tout du moins sur un même pied d'égalité. Le livre est alors plus un produit qu'un texte, un objet de consommation lu vite fait lors d'un trajet de train (pensons aux titres vendus dans les Relay) et sans grande concentration. Pas étonnant que la réputation de la couverture illustrée, intimement liée à ces genres décriés, en ait pâti également. Un nouvel amalgame se crée : si la couverture est illustrée, c'est un mauvais texte. Et vice-versa, si c'est un texte peu littéraire, il devra être illustré. A l'inverse, si la couverture est sobre, c'est un texte de qualité, c'est de la Littérature. Incroyable, mais encore aujourd'hui, on juge un livre sur son apparence, alors que l'enveloppe n'est que le support du texte, et que pour juger d'un livre, on se doit avant tout de lire ce dernier. Mais c'est un fait, nombreux sont les gens qui crachent leurs préjugés rien qu'à la vue de la couverture. Les stéréotypes éditoriaux ont hélas contribué à cette catégorisation hâtive, je pense notamment aux couvertures d'Harlequin et de ses collections de romance ; l'on y voit un homme, une femme, avec des teintes rouges ou roses, une typographie faite d'entrelacs féminins. Et de suite, qu'importe l'éditeur qui publie un livre avec une couverture imitant ce modèle, l'on se dit : « On dirait un roman Harlequin », traduction : « C'est un livre bas de gamme », Harlequin étant devenu synonyme de médiocrité et presque passé dans le langage courant. Ce sont en effet les genres populaires décriés qui jouissent la plupart du temps d'une couverture travaillée. Les cas de la SF, de la chick-lit ou de la bit-lit sont très révélateurs de cette tendance, autant que les livres jeunesse. Et l'effet sur les tables de librairies est nettement plus saisissant que le rayon littérature francophone... On ne sait parfois même plus où donner de la tête, mais les yeux s'en délectent. C'est beau, ça donne envie — quand on aime le genre concerné, bien sûr, sinon, ça nous repousse plus qu'autre chose.

Table nouveautés de la librairie l'Antre-Monde (Paris), spécialisée dans les littératures de l'imaginaire (photo du blog)

De même, le polar est un excellent exemple de cette codification, car ses couvertures sont aisément identifiables, avec les couleurs jaune et noire prédominantes, une typographie souvent de type machine à écrire, et des photographies sombres. La célèbre collection Série noire de Gallimard illustrait auparavant parfaitement ces codes, tout en respectant la sobriété de la Blanche : un fond noir uni, seulement dérangé par le titre, l'auteur, la collection et l'éditeur. Mais au fil des années, celle-ci a évolué et dorénavant, une jaquette illustrée orne la Série noire. Pour vendre, Gallimard a dû suivre le mouvement et s'est donc calqué sur les pratiques populaires pour ne pas perdre du terrain face aux collections et éditeurs montants, comme Sonatine ou Rivages. Rivages aussi a revu dernièrement sa charte graphique, en lui donnant un sacré coup de jeune et le résultat est plus que saisissant : design et tout à fait reconnaissable par la nouvelle typographie, le pari est réussi. En effet, il était temps pour ces collections d'évoluer, car la nouvelle génération d'éditeurs a frappé fort : je pense par exemple à Gallmeister et Gaïa, qui allient brillamment sobriété, élégance, noirceur et une touche d'originalité aussi rafraîchissante qu'identifiable. Leurs collections polar séduisent de suite et se démarquent fortement des autres, un plus non négligeable.

J'ai souvent entendu des gens déclarer sur un ton outré : « On n'achète pas un livre pour sa couverture ! » Et pourtant, si. D'accord, il y a certainement des gens qui adhèrent à ce principe et le respectent, mais je sais parfaitement qu'une autre grande partie des lecteurs pense différemment. Pour moi, en tout cas, la couverture d'un livre importe. Elle est même décisive quant à mon impulsion d'achat. Ne nous leurrons pas, la couverture est la première chose que l'on entraperçoit d'un livre, c'est notre première impression, bonne ou mauvaise, et quoi qu'on en dise, elle compte énormément dans le choix que l'on va faire. Si elle nous interpelle (qu'importe qu'elle soit belle, drôle ou originale, le principal est de capter l'oeil du lecteur), l'éditeur a gagné son pari, car nous allons prendre le livre, peut-être lire la quatrième de couverture, feuilleter quelques pages, lire le premier chapitre. Si de prime abord, la couverture nous déplaît, nous passerons notre chemin sans même nous arrêter. Le rôle de la couverture est donc d'accrocher son lecteur. C'est un plus qu'offre l'objet livre, et un plus non négligeable. Personnellement, je suis extrêmement attachée au livre papier, et si je ne voulais que le texte, je m'achèterais de ce pas une liseuse électronique, et cela me suffirait. Mais j'aime posséder l'objet, le manipuler, me l'approprier. Et la beauté de la couverture fait indéniablement partie de ce plaisir « charnel » — si je puis dire. Alors, les puristes pourront la critiquer sans vergogne, moi j'y accorde de l'attention. Et les éditeurs aussi, puisqu'au fil des ans et de l'évolution de la mise en page et des goûts populaires, les couvertures ont subi un sacré coup de neuf et innovent régulièrement pour se démarquer. Si les gens n'y prêtaient pas attention, les éditeurs s'épargneraient l'effort et le coût, croyez-moi. Ils innovent ainsi et élaborent de nouvelles stratégies commerciales afin que leurs titres soient davantage remarqués et bénéficient d'une meilleure visibilité ; d'où par exemple l'utilisation du facing en librairie, qui consiste à positionner un livre verticalement afin d'en montrer la couverture (comme le montre la première photographie, où quasiment tous les livres sont disposés de la sorte). Ceci est loin d'être anodin et révèle le pouvoir d'attraction des premières de couvertures. Et un libraire préfèrera certainement un livre à la couverture illustrée pour un facing plutôt qu'une couverture neutre qui attire beaucoup moins le regard. Imaginez une table remplie de Gallimard (comme c'est un peu le cas de la photo ci-dessous) ; pour repérer un titre dans la masse, il faut se concentrer et lire tous les titres avant de trouver celui que l'on cherche. En revanche, si on a une idée de la couverture du livre qu'on veut acheter, on n'aura aucun mal à la repérer au sein d'une table de nouveautés, car elle nous sautera aux yeux. Il n'est donc pas étonnant que les grandes et sobres collections se dotent de plus en plus de bandeaux et de jaquettes illustrées afin d'attirer l'oeil. Pourtant, je croyais que le texte se suffisait à lui-même... ?

Une table Littérature française bien triste et fade... (photo Une page s'ouvre)

Et d'un autre côté, la littérature dite légitime doit bien se frotter les mains en contemplant les couvertures des oeuvres populaires... Imaginons un instant que les éditeurs de ces dernières décident d'adopter la neutralité des éditions de vraie littérature : comment le lecteur pourrait-il alors s'y retrouver ? Comment savoir s'il achète de la bonne ou mauvaise littérature, la couverture ne pouvant plus le lui indiquer ? Voilà comment la littérature légitime se trouverait prise à son propre piège. Ainsi, si les grands messieurs râlent et crachent sur les couvertures des titres qui selon eux sont le déchet de la littérature et souillent son saint nom, ils sont en fait fort ravis que la distinction entre ces deux mondes soit si claire et tranchée. Quoi de pire qu'un brouillage des frontières ?

Ainsi, nombreux sont les lecteurs qui sont attachés aux couvertures, il suffit de voir le succès que remportent les articles de blogs Rien que pour la couverture, et qui constituent à exhiber les plus belles couvertures que l'on a vues récemment. Et il suffit d'aller en librairie et d'écouter les clients afin de s'en faire une idée ; combien de fois ai-je entendu quelqu'un s'esclaffer « Oh là là, elle est horrible cette couverture ! » Et que se passait-il ? Le client reposait le livre pour le fuir très loin.  Je suis la première à réagir de la sorte, car lorsqu'une couverture me déplaît, neuf fois sur dix, je ne vais pas choisir d'acheter le livre. Superficiel ? Peut-être, mais les éditeurs l'ont compris, pour la plupart. A l'inverse, il m'est arrivé d'avoir une sorte de coup de foudre visuel pour une couverture, ce qui m'a fait découvrir des livres auxquels je ne me serais jamais intéressée autrement. De même, les gens achètent rarement un livre qui est abîmé, et s'ils le veulent à tout prix, ils iront le trouver ailleurs, car leur plaisir sera diminué par ce coin corné ou cette couverture frottée, ce qui dévoile encore une fois l'importance de l'objet.

Babel noir
Zulma
Enfin, je pense qu'il est possible de trouver un entre-deux légitime, et j'aimerais prendre l'exemple des éditions Actes Sud et Zulma (dont voici des exemples ci-contre). A chacune, leur charte graphique est particulièrement travaillée, originale, et l'on reconnaît tout de suite leur identité, comme la blanche de Gallimard. Actes Sud et Zulma prouvent qu'il est possible d'allier élégance et illustré, tout en proposant un contenu de qualité (les deux ont un catalogue à se damner) et une reconnaissance immédiate de la maison. C'est donc selon moi, le parfait point de jonction entre les extrêmes Gallimard et Harlequin.


Ainsi, je pense qu'il est dommage de renier la couverture. Elle a une importance fondamentale, comme la page de titre qui a bouleversé l'objet livre — n'oublions pas qu'avant l'essor de l'imprimerie, les ouvrages ne comprenaient pas de page de titre et le texte commençait à la première page, de façon assez abrupte. Difficile aujourd'hui d'imaginer un livre sans page de titre... Et sans couverture ! La couverture fait donc désormais partie intégrante de l'objet, et parce qu'elle protège notre livre et essaie d'être jolie pour nous, on l'aime.

20 commentaires:

  1. Je partage entièrement ton avis sur la couverture: bien sûr qu'elle a de l'importance. Et bien sûr qu'elle est un critère déterminant lors de l'achat. Je me suis déjà fait leurrer par une belle couv' alors que le 4e ne m'avait pas spécialement donné envie. Je pense que celle-ci renferme une promesse, un espoir pour le lecteur, qui peut être différent de celui que contient le 4e de couv', et qui peut lui donner envie de dire 'avec ce bouquin, je vais passer un bon moment'. Et c'est ce qu'on recherche tous, soyons clairs!
    Le seul critère qui peut me donner envie de passer outre la couverture, c'est quand j'ai déjà lu l'auteur et que je veux absolument son bouquin. Alors, même si la couv' est moche, hé bien, je passe outre.
    En tant qu'auteur, je dois dire, j'ai pu voir quelques coulisses lors de la prépa' de la couv' - à mon échelle bien sûr - et je plussoie entièrement ton avis: oui, les éditeurs y consacrent du temps et de l'énergie. Preuve s'il en est de l'importance de la couv'!
    (Et hop, je t'ai encore répondu une tartine. Ta faute aussi, il ne faut pas rédiger des articles aussi intéressants :D ) Bon dimanche ;)

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    1. Héhé, j'adore tes tartines, tu peux y aller autant que tu veux ! :)

      Tiens c'est intéressant ça, se faire "leurrer" par une belle couv', ce qui peut s'achever autant sur une bonne qu'une mauvaise surprise... Comme quoi, c'est parfois la couverture qui vaut le détour au détriment du texte et non l'inverse !
      Ce devait être très intéressant de pouvoir assister aux ébauches et décisions graphiques en effet, et ça prouve bien que c'est un enjeu capital. Je me souviens par exemple d'un échec cuisant lorsque deux bouquins étaient sortis sur Obama en même temps et avaient choisi la même photo... Ils devaient s'en mordre les doigts après ! La couv', c'est quand même une part de l'identité du livre.

      Merci pour ton avis, toujours aussi pertinent ! :)

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  2. Le dernier snobisme, c'est aussi de ne pas avoir de résumé en quatrième de couv. Pourquoi est-ce que le lecteur en aurait besoin ? rien que le prestige de l'éditeur devrait le convaincre...

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    1. J'ai envie de répondre un gros : "PFFFF". Sérieusement ? Tu as des noms à balancer ? Je crois que c'était la patte de Minuit à leurs débuts, mais franchement, comment veux-tu te faire une idée d'un texte quand il n'y a ni résumé voire ni couverture (en l'occurrence pour Minuit) ? Grâce aux bonnes ou mauvaises vibrations qui en émane peut-être ? Je trouve ça ridicule, personnellement. Et même si les quatrième de couverture ne sont pas toutes réussies et fourvoient parfois le lecteur, c'est quand même un élément indispensable. En tout cas, s'il n'y a pas de quatrième, je ne vais pas acheter le livre, ça c'est clair...

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    2. Je ne crois pas, sincèrement qu'il s'agisse de snobisme. Longtemps, les livres n'avaient pas de 4e de couv. Les éditeurs glissaient dans le livre une feuille sur laquelle était imprimé un "Prière d'insérer", dont le contenu ressemblait fort à notre 4e de couv.
      Il y a deux ans, je m'étais "amusé" à faire une petite enquête dans la blogosphère pour savoir ce que les lecteurs/trices pensaient de la 4e de couv. Il y était également question de la couverture et des blurbs... Les résultats étaient vraiment très intéressants et parfois étonnants.
      Si cela t'intéresse, tu peux trouver cette enquête ici. Elle est aussi disponible au format PDF, dans les annexes au billet.

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    3. Merci pour le lien vers cette enquête fort intéressante. Je n'ai lu que le résumé (l'heure tourne), très complet par ailleurs, et il en ressort une chose : si la quatrième déçoit ou se montre souvent imparfaite, elle n'en reste pas moins indispensable pour la majorité des lecteurs. Son rôle se voit réaffirmé par les réponses de ceux-ci, et l'idée de l'ôter, si elle peut certes paraître originale et attirer un lecteur curieux, en fera fuir beaucoup d'autres. Le fait même que les éditeurs utilisaient auparavant le prière d'insérer révèle que l'acheteur potentiel voulait s'informer avant de céder à la tentation, et que la quatrième de couverture est apparue ensuite comme la solution la plus aisée pour faciliter cet accès bref et rapide au contenu du livre. Pour ce qui est du snobisme littéraire, je suis très mitigée pour ma part. Je pense que cela dépend de l'effet recherché et des lignes des maisons d'édition ; certaines d'entre elles prônent en effet une littérature élitiste (n'ayons pas peur du mot), et l'absence de quatrième s'imbrique parfaitement dans cette volonté. Peut-être que d'autres usent de cette stratégie dans le but plus ludique d'interpeller le lecteur, le pousser à la curiosité.
      En tout cas, j'ai trouvé la comparaison avec la cité de Petra très pertinente, et c'est en effet tout à fait ce que, personnellement, je recherche dans une couverture ou une quatrième : un aperçu quelque peu embrumé du coeur du livre, qui me laisse toute la surprise et le plaisir de le percer à jour une fois dedans. Les résultats sur les blurbs et les bandeaux sont très intéressant également, car ce sont deux choses qui m'horripilent particulièrement. Bien que ce ne soit pas une surprise, il est amusant de voir que ce sont les gros lecteurs qui tombent le moins souvent dans le piège de ces techniques purement commerciales, alors que ce sont les plus gros acheteurs de livres, et devraient donc constituer la cible première des éditeurs. Maladresse ?
      Je parcourrai le reste de l'étude plus en détail demain, car c'est un travail de titan, mais qui a piqué mon intérêt, donc merci !

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    4. Merci beaucoup à toi. Ça me fait plaisir que ce travail trouve génère encore de l'intérêt deux ans après avoir été bouclé.

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    5. J'ai utilisé le terme de snobisme car hier encore, en cours de littérature de master 2 édition, notre prof a évoqué ces livres sans quatrième comme "destinés au lecteur intelligent qui n'a pas besoin de telles fioritures pour faire son choix, qui n'a pas besoin d'être tenu par la main." Ok, je suis donc une lectrice bête qui a besoin d'avoir des éléments pour faire son choix, surtout à cette heure de surabondance éditoriale.

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  3. Les couvertures épurées, je trouve ça super triste. Et ça ne m'attire pas. Mais vraiment pas. Au contraire, même.
    Je suis peut-être superficielle mais oui, j'assume, la couverture m'attire vers un livre, son résumé, et j'avise après: si il me tente ou pas. Mais à moins d'avoir lu un super bon avis ou qu'on me l'ait offert, je ne vais jamais vers les couvertures simples comme Gallimard.

    (ah et comme tu aimes être taguée :D Je t'ai taguée une nouvelle fois, à ce tag: http://unpetitcoinpourlire.blogspot.fr/2013/09/un-petit-tag-en-couleur-tag-rainbow.html :) )

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    1. Bien d'accord avec toi ! Un beau livre est tellement attirant comparé à un machin rectangulaire tristement terne. Ça explique d'ailleurs peut-être pourquoi je lis aussi peu de littérature française... Je me dis qu'avec les évolutions énormes de mise en page et de graphisme, il y a tant de possibilités, alors pourquoi en priver les livres et en faire presque des objets d'art ?

      Well dooone pour le tag, je connais et aime bien ce concept du Rainbow Spines, je me prêterai à l'exercice avec plaisir, merci à toi ! :D

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  4. Je fais partie de ces lectrices bassement superficielles (mouahahaha) qui aiment les jolies couvertures, j'ai d'ailleurs la sale manie (sale pour mon porte-monnaie ^^) de racheter mes romans favoris dans de nouvelles éditions chaque fois qu'ils en sortent une de jolie.

    Après, si je veux vraiment lire un livre mais que la couverture est moche, je le lis quand même, hein, mais c'est plus sympa quand elle est jolie. Du coup, je te rejoins dans ce que tu dis, les couvertures françaises de littérature contemporaine sont trop sobres, alors que les anglophones n'ont pas ce complexe et s'en donnent à cœur joie :) D'ailleurs, comme je lis beaucoup en anglais, il m'arrive de préférer acheter la VO d'un livre pourtant déjà paru en VF rien que parce que la couv' est plus jolie...quand je dis que je suis superficielle! XDDDD

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    1. Nous sommes deux (et vu les commentaires, pas que !) lectrices superficielles, alors, héhé ! :)
      Comme toi, si un texte m'attire vraiment, je vais le lire qu'importe la couverture mais le plaisir en sera un peu terni, ce qui est dommage (alors que dans les cas des couvs neutres, l'effet est censé être l'inverse puisque l'accent est mis sur le texte) ! Ça me rappelle qu'un jour, j'avais lu une super critique d'un bouquet de Jacques Poulin qui m'avait vachement donné envie de l'acheter, mais le visuel présenté sur le blog était celui d'une édition canadienne hoooorrible. Et quand j'ai regardé l'édition française - bingo, c'était publié chez Actes Sud -, j'étais bien contente que la couv' soit plus jolie et ça m'a donné davantage envie de l'acheter.
      Enfin, tu as de la chance de lire en VO car niveau couvertures, ils sont vraiment au top, et tu as même encore plus de choix entre les éditions américaines et anglaises... Nice ! :)

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  5. Aaah, encore une fois, un excellent article ! J'adore les belles couvertures et, quand le livre me plaît, c'est encore mieux ! Mais je m'en méfie aussi, et je n'achète jamais que pour la couverture (disons que si le résumé ne me parle pas, je ne prends pas!). En même temps, une couverture non illustrée ne m'attire pas le moins du monde, donc... je n'achète pas (paradoxe, quand tu nous tiens !).
    Merci pour ce super article !

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    1. Merci beaucoup pour tes compliments, Sia ! :)
      Je suis d'accord avec toi, si la couv est belle et le livre me plaît, c'est juste le nirvana, mais si le texte me tente moyen, la couverture - si belle soit-elle - ne me décidera pas pour autant. Paradoxales mais sensées nous sommes ! :)

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    2. C'est à nuancer. Depuis assez longtemps les éditeurs "épurés", conscients de la question, trichent à coup de jaquette (Albin Michel, notamment, ou L'Olivier):la couverture "classique" est cachée par une jaquette en couleur, et même le texte de la tranche est plus attrayant.De même, les éditions en gros caractères qui reprennent un texte d'un éditeur de banche "sobre" ont, eux, une couverture illustrée : dans mes débats avec mes collègues bibliothécaires sur le thème "les éditions en gros caractères, c'est le Bien, et pas que pour les séniors", c'est depuis belle lurette un de mes arguments : un Foenkinos avec sa triste figure gallimaresque ne va attirer que la part "pointue" du public, le même avec un coeur multicolore sur la couverture va ratisser plus large et quand on le dit à quelqu'un à qui le mot "littérature" fait peur que c'est un livre sympa on sera plus facilement écouté. Bref, vive les jolies couvertures ! :)

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    3. Bonsoir Marquise Artémise (quel joli pseudo) !
      En effet, j'ai parlé très brièvement des bandeaux et autres jaquettes mais ce sera un point à développer davantage. Personnellement, je ricane mauvaisement quand je vois ce genre de stratégies de la part des grandes maisons car cela prouve que finalement, l'image fait vendre et eux aussi succombent à l'illustration pour se faire remarquer, soulignant la faille de la sobriété de leurs couvertures. L'exemple de Foenkinos est très représentatif de ce conflit, en effet, puisqu'une fois publié en gros caractères (je te fais confiance sur ce coup vu que je n'en achète pas :)) ou en poche, l'éditeur l'orne d'une couverture illustrée et là c'est le jackpot - pensons par exemple au succès de La Délicatesse en Folio, avec sa couverture légère et rigolote puis remaniée à la sortie du film pour ratisser un public encore plus large...
      Je ne peux donc qu'approuver et renchérir : longue vie aux belles couvertures ! :)

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  6. Attention nos radars signalent l'arrivée imminente d'un ado boutonneux, doit-on enclenché les missiles "préjugés et clichés bon à mettre au grenier" ? - Négatif, à en juger mon visuel, celui là n'a pas l'air de mordre.
    ***
    Fait étrange, lorsque un livre est habillés d'une couverture laide et repoussante, c'est l'effet inverse qui se produit ("Tiens se livre est particulièrement horrible, jamais je ne lirais un truc pareil...et pourquoi pas"-lecture de la 4ième de couverture) bizarre, bizarre. Pas encore trouvé d'explication rationnelle à cela, surement pas la faute de l'éditeur ("Et si on mettais une couverture bien laide sur le prochain Stephen King, histoire que se dérangé apprenne qui sait le patron!").
    Très, très bonne article au passage, je t'envie d'avoir dans ton sac à main tant de mot qui font classe, et moi qui doit me retourner au moins 10 puissance 23 fois le cerveau avant de trouver les mots justes...

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    1. Hahaha, merci à toi ! Ton commentaire m'a bien fait rire, je dois l'avouer, surtout le dialogue du début !
      Si les pratiques éditoriales restent parfois une énigme, celles des lecteurs sont tout aussi mystérieuses... Est-ce la beauté du libre-arbitre ou du conditionnement par l'éditeur ? Who knows ! Peut-être ne vaut-il mieux pas savoir...

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  7. Bonjour, très sympa comme article. Personnellement, c'est sur je préfère une jolie couverture dans mes bibliothèques cependant en magasin, que la couverture soit belle ou non, j'ai tendance à lire quand même tous les résumés ( autant vous dire que quand je vais en magasin spécialisé dans les livres vu qu'il n'y a plus de " vraie" librairie dans ma ville, il vaut mieux avoir toute la journée ). Après, dans mon entourage, je suis la seule à m'attarder sur des couvertures pas spécialement belles voir moches. On m'as déjà dit : c'est pas la peine de regarder le résumé la couverture est moche donc le livre doit être pourri. Je suis passionnée surtout des lectures de l'imaginaire et les couvertures sont pas toujours réussies à mon goût même si certaines sont sublimes, mais bon c'est comme ça.

    Je peux tout à fait comprendre que certaines personnes vont être plus tentées par une très jolie couverture pour lire le résumé.

    Pour les livres abîmés, je suis d'accord à 100% mais dans le sens où vu que j'achète quasiment que des grands formats, je ne me vois pas payé entre 15 et 20 euros un roman qui est déchiré, plié, corné, avec le dos cassé ( si si j'en ai déjà vu en magasin, livres neufs dont le dos nous ferait penser que le roman date d'il y a 50 ans ). Dans n'importe quel domaine, je serais chiante sur le fait que quand je paye quelque chose plein pot je veux qu'il soit en parfait état. Quand c'est de l'occasion, selon le prix, j'accepte ou non l'état de ce que j'achète.

    Bon week-end et merci pour cet article.

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  8. Merci pour l'article, avec lequel je suis tout à fait d'accord. Je lis pour ma part beaucoup sur liseuse, donc la couverture, je ne la vois plus après l'achat et pourtant cela n'empêche pas celle-ci d'être importante pour moi. Et puis, une couverture faîte avec soin montre également un engagement de la part de l'éditeur, qui ne ferait pas cela s'il n'avait pas confiance dans le texte.

    Concernant le roman que j'ai écrit, j'ai été jusqu'à passer une commande auprès d'une illustratrice pour avoir la couverture, alors que le livre n'était pas fini et que, si jamais je suis édité, elle ne sera probablement pas retenue. Mais il y a une fierté à avoir une belle couv', malgré tout.

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