samedi 14 septembre 2013

Disparition à Dallas, Charlaine Harris

Comme à son habitude, Sookie gare sa voiture sur le parking du Merlotte pour attaquer son service. Sauf que quelque chose ne tourne pas rond ; ne serait-ce pas la voiture d'Andy Bellefleur restée garée sur le parking ? Voilà qui est inhabituel de la part du shérif, d'autant plus que l'une des portes est entrebâillée. D'un noble geste, la serveuse décide d'y jeter un oeil, mais qu'importent ses efforts, la porte lui résiste fermement. Pas étonnant, puisque le corps inerte du cuisinier Lafayette gît sur la banquette arrière... Et les emmerdes ne s'arrêtent pas là. Fidèle à sa promesse, Sookie est contrainte par Eric, le shérif de la zone 5, de partir pour Dallas avec Bill où l'on requiert ses talents particuliers afin de suivre la piste d'un vampire disparu. Piste qui va la mener tout droit dans la gueule du loup, ou plutôt, dans celle de la Confrérie du Soleil, une secte d'humains illuminés et belliqueux qui a juré de détruire la race des vampires. Rien que ça.

Cette fois-ci, le deuxième tome de La Communauté du Sud réserve plus de surprises et d'originalités, la série télévisée déviant davantage que la première, restée quant à elle très fidèle au premier opus. Mais ces petites embellies, promettant pourtant une lecture plus haletante que la précédente, n'ont hélas pas réussi à me convaincre, et c'est fortement mitigée et déçue que je me suis extirpée de la suite de Quand le danger rôde. Comme pour le précédent volume, je précise que mon avis était dès le départ biaisé, puisque j'ai regardé les cinq saisons du show avant de m'attaquer aux romans. Pas facile donc de se défaire de ses attentes et préjugés !

Ce qui m'a tout d'abord frappée dans Disparition à Dallas, c'est que le noeud de l'intrigue autour de la ménade, largement extrapolée dans le show, n'occupe qu'une place relativement mineure dans le récit. Dans la série télévisée, son importance est non négligeable, puisque la ménade est le big bad boss de la deuxième saison. J'ai donc été étonnée de constater que son rôle est tout autre dans le roman, et se trouve sacrément diminué. Etonnée donc, mais pas forcément déçue de prime abord, puisque j'avais trouvé les développements de la série à son propos pleins de longueurs et de répétitions. Pleine d'espoir, j'étais donc curieuse de voir ce que Charlaine Harris avait imaginé à l'origine du mythe. Mais ce fut malheureusement ma première déception. Ce personnage nappé de mystères — et qui, davantage creusé, se serait révélé une petite pépite — repart comme il est arrivé : de nulle part. En effet, la ménade n'apparaît que très peu au fil des pages, et la justification de son rôle à la fin du récit m'a paru plus que bancale, voire franchement brouillonne. Ici, Charlaine Harris use quelque peu de la facilité, et j'aurais aimé qu'elle fouille davantage les motifs et les ambitions de la vilaine ménade, au lieu de mélanger maladroitement deux intrigues parallèles et de bidouiller une fin plus que douteuse pour résoudre les deux. Faire d'une pierre deux coups était certes aisé, mais cela s'est aussi révélé peu habile, et j'ai eu le sentiment d'être flouée.
Car avec trois intrigues menées de front — l'enquête à Dallas, la mort de Lafayette et la ménade —, peut-être que l'auteur s'est trop éparpillée en chemin, et j'ai eu plusieurs fois l'impression que sa plume partait dans tous les sens et qu'elle se mélangeait les pinceaux. L'intrigue la plus réussie est ainsi celle qui nous occupe pendant les trois quarts du roman, celle qui mène la délicieuse Sookie (au sens premier du terme, puisque le second ne lui sied guère plus) à Dallas. La petite serveuse a effectivement le talent de s'attirer des ennuis et pourrait presque s'en faire un métier. Après la découverte du corps de Lafayette (grande déception de perdre ce personnage que j'aime beaucoup dans la série), elle s'engueule avec Bill en voiture et s'échappe dans la forêt, où elle se fait agresser par la ménade. Sauvée de justesse par les vampires du Fangtasia, elle est ensuite envoyée à Dallas par Eric, avec qui elle a passé un deal, pour régler une affaire de disparition d'un vampire. Sookie ne le fait guère par grandeur d'âme, et précisons qu'il y a un gros chèque à la clef. Au début, sa mission consiste donc seulement à sonder l'esprit de quelques humains qui auraient pu être témoins d'éléments importants. Mais l'enquête se complique lorsqu'elle les signes tendent tous vers la Confrérie du Soleil,  une étrange secte humaine anti-suceurs de sang et où le vampire disparu pourrait être retenu. Sous couverture (d'une perruque), Sookie s'y rend en compagnie d'un humain à la solde des vampires de Dallas, dans le but de repérer des failles dans le système de la Confrérie. Mais le jeu ne prend pas, et le sourire parfait et bienveillant de Steve et Sarah Newlin, les grands gourous de la Confrérie, cache une haine qui vaudra à Sookie quelques soucis en cours de mission... et quelques bleus épars. Mais la serveuse, qui n'est pas qu'une blonde décérébrée, a plus de ressources qu'on ne le soupçonne. Cette partie du récit est donc intéressante, et se découvre avec plaisir. Le lecteur en apprend davantage sur le mode de vie des vampires, réunis en nid à Dallas, mais aussi sur les groupes de haine qui se fomentent dans l'ombre de la tolérance officielle du gouvernement américain. L'un des enjeux du roman concerne ainsi l'ambiguïté morale et politique que représente la Confrérie du Soleil, qui n'est pas sans rappeler le Ku Klux Klan, les bonnets de nuit en moins (furtivement présent par ailleurs dans le générique de la série). Comme pressenti dans le premier tome, le racisme contre les vampires est une nouvelle fois au coeur du récit, car ces humains sont bien déterminés à exterminer ces aberrations damnées de la nature, et ne rechignent pas à emmener dans leur chute les humains sympathisants de leur cause. La Confrérie du Soleil se révèle donc diablement dangereuse, autant pour les vampires que les fangbangers. J'ai beaucoup aimé cet aspect moral et politique du récit, qui offre une vision alarmante du Sud des Etats-Unis, dépeints dans une lumière crue et peu avantageuse.
Toutefois, cet appétit naissant s'est trouvé coupé par le point noir de ce deuxième tome : Sookie. Le caractère tempétueux et capricieux de la serveuse prend en effet une ampleur effarante dans ce deuxième tome, et tout au long, elle ne cesse de geindre et de se plaindre, se montrant en outre plus longue à la détente que dans le premier volume. Sookie perd ici beaucoup de sa fraîcheur et de son mordant, peut-être à cause de sa dépendance amoureuse envers Bill — pensons aux nombreuses disputes entre les deux, qui se résolvent toujours avec une partie de jambes en l'air très enlevée. A force, le schéma lasse. Cela dit, il faut reconnaître que la serveuse est peu ménagée par son auteur, mais son émotivité tend franchement à lasser le lecteur. En revanche, le personnage qui brille dans ce deuxième tome n'est autre qu'Eric, qui s'étoffe de façon délicieuse. Eric est tout d'abord dangereux, mais également drôle, et ses remarques totalement déplacées pimentent agréablement le récit. Néanmoins, une importante zone d'ombre et de mystère continue de planer sur ce personnage plus qu'ambigu. Que veut-il ? Sookie, aucun doute là-dessus, mais ses motivations restent floues, et la curiosité nous pique. Il joue de ses talents manipulateurs avec brio, si bien que Sookie ne sait parfois plus quoi penser de ce vampire sans foi ni loi. La tension sexuelle qui les anime réciproquement (bien que Sookie se persuade en vain du contraire) est en tout cas bien présente, et annonce quelques complications à venir. De pair avec le shérif, j'ai eu un autre coup de coeur pour le personnage de Pam, sorte d'Eric au féminin, sans pudeur ni langue de bois, et qui compte de nombreuses répliques d'un cynisme hilarant.

En conclusion, ce deuxième tome m'a donc nettement moins séduite que le premier, car cette fois, la sauce peine à prendre. Charlaine Harris continue son tableau au vitriol du Sud des Etats-Unis, qui dévoile les dégâts causés par le fanatisme et l'intolérance. Toutefois, les intrigues parallèles entre Dallas et Bon Temps s'entremêlent de façon maladroite et la profondeur de la relation entre Bill et Sookie s'amenuise au profit de leurs ébats sexuels dont l'auteur ne nous fait perdre aucune miette. Ma lecture s'est donc achevée sur une cruelle note d'insatisfaction et un sentiment de frustration, mais je garde espoir pour le troisième tome, en espérant que la plume de l'auteur donne un nouveau tour aux aventures de la petite serveuse télépathe.

Disparition à Dallas (La Communauté du Sud, parties 1 et 2), Charlaine Harris, Pygmalion, 672 pages.

3 commentaires:

  1. Je vais lire le deuxième tome mais j'avoue que même face à ton avis enthousiasme, j'ai un peu peur xD

    En tout cas, je voulais te dire que je t'ai taguée ici: http://unpetitcoinpourlire.blogspot.fr/2013/09/et-hop-un-petit-tag.html :)

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    1. Pff, en effet, ça m'emballe pas trop pour la suite alors je compatis également ! ;) Enfin, who knows, peut-être que tu apprécieras plus que moi... Croisons les doigts.

      Et super pour le tag, les questions sont très sympas ! Merci d'avoir pensé à moi, héhé, je suis toute fière et contente ! J'y répondrai donc avec grand plaisir. ❤

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  2. Dans mon souvenir, j'ai dû apprécier ce tome... Vu que j'ai deja acheté le 3 :-)
    Maintenant, oui ça reste de la bit-lit... Ça peut vite basculer dans le très bof... :-)

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