lundi 12 août 2013

Entretien avec un vampire, Anne Rice


A la Nouvelle-Orléans, Louis, jeune homme dans la fleur de l'âge, dirige habilement la plantation familiale afin de gérer le patrimoine laissé par son père défunt. Mais cet équilibre bascule à la mort accidentelle de son frère cadet, dont il est intimement persuadé d'être la cause. Louis perd alors totalement le goût de la vie, et arpente les rues sombres et moites de la ville, imbibé d'alcool, fuyant son désespoir... Jusqu'à ce que Lestat croise son chemin. L'attraction est immédiate et Louis sous le charme de cet homme à la beauté saisissante, la peau d'une blancheur immaculée, et l'habit luxueux. Lestat lui propose alors de renaître, mais pour cela, Louis doit d'abord mourir. Ainsi, il pourra devenir vampire.

Le succès du best-seller d'Anne Rice n'est plus à faire. Qui peut encore ignorer ce fameux roman, ainsi que sa célèbre adaptation cinématographique ? Avec Entretien pour un vampire, Anne Rice n'a pas seulement écrit une histoire de vampires ; elle a, à mon sens, remis le mythe vampirique au goût du jour, fort longtemps après le Dracula de Bram Stoker. Et qui dit nouvelle époque, dit nouveau vampire. Rice délaisse ainsi le côté romantique à souhait mis en valeur par Stoker pour donner à ses vampires un ton résolument moderne. Avec cette sensualité et cette liberté qui caractérisent les créatures de la nuit, l'auteur insuffle non pas une nouvelle vie (car le jeu de mot serait fort douteux) mais bien une nouvelle jeunesse au mythe vampirique, dépoussiéré de ses clichés et prêt à se renouveler afin de s'adapter à une nouvelle époque, de nouveaux lecteurs.

Le roman s'ouvre pourtant sur un paysage typiquement romantique ; la Nouvelle-Orléans, baignée à la lumière des bougies à la fin des années 1700. Le protagoniste n'échappe pas davantage à la règle. Louis, d'origine française, jouit de la vie et de ses plaisirs jusqu'à la mort de son frère, où surgit une culpabilité dont il ne peut plus se défaire. Ainsi, le désespoir vient le submerger, et, perdant goût de l'existence et ses simples plaisirs, il va jusqu'à s'abandonner aux crocs d'un être surnaturel, une créature de la nuit diablement fascinante. Subjugué par l'aura magnétique de Lestat, Louis accède à la vie éternelle, mais pour se rendre compte que les raisons du vampire n'étaient que superficielles. Celui-ci en voulait en effet à son patrimoine, sa plantation et son argent, afin de mener une vie des plus luxueuses. Très vite, Louis désenchante et peine à accepter sa nouvelle nature. Son apprentissage est difficile, et son mentor ne fait rien pour lui faciliter la tâche. Le processus de transformation est douloureux, son esprit est perdu, ses sens décuplés. Son corps meurtri par des pulsions qu'il ne contrôle pas. Lentement, Louis appréhende le nouvel être qu'il est devenu, et se lie à Lestat, dont les nombreux défauts brisent peu à peu le mythe qu'il laissait entrevoir. Une curieuse relation de dépendance mutuelle s'instaure alors entre eux, mais si Lestat a besoin de sa progéniture, d'un point de vue financier, Louis, en revanche, ne souhaite que de s'émanciper de son créateur. Lestat usera ainsi de la ruse pour garder le jeune vampire à ses côtés et ensemble, ils créeront Claudia, jeune enfant au visage angélique et orpheline, dont la pauvreté promet un avenir peu radieux. Louis s'éprend violemment de la petite, et tous les trois vivront ensemble, dans un bonheur simple mais fragile, et qui ne manquera pas de se briser en mille morceaux.

Si le début du récit m'a semblé lent, le reste de l'histoire a réussi à me captiver sans un moment de relâche. Il faut dire qu'Anne Rice aime nous trimballer de par le monde. Creusant d'abord les sinuosités de la Nouvelle-Orléans, ville mythique qui a vu naître les plus grandes légendes vampiriques et qui encore aujourd'hui est à la source de nombreux récits, l'auteur nous entraîne ensuite dans les contrées de l'Europe de l'est, puis nous invite à Paris, pour finalement revenir à la Nouvelle-Orléans, là où tout commence et s'achève. Le mythe du vampire est ainsi exploité sous ses différents angles, variant au rythme des paysages. Si Lestat est un hédoniste insouciant et peu maniéré, Louis est au contraire un être sensible pour qui la vie humaine représente un précieux trésor à ne pas profaner. Les deux personnages sont donc radicalement différents, mais pourtant jamais manichéens. En effet, ils évoluent, montrent leurs faiblesses mutuelles et surprennent le lecteur à plusieurs reprises. Si sa sensibilité est parfois outrancière et passablement niaise, le protagoniste, Louis, est néanmoins très intéressant à disséquer. C'est un vampire étonnamment humain, respectueux de la vie humaine, pétri d'amour pour Claudia, sa fille vampire. Mais avant tout, Louis cherche à comprendre ce qu'il est, dans les profondeurs de son âme maudite. Est-il damné ? Est-il un dieu ? C'est en cherchant des réponses et ses congénères qu'il parcourra le monde, mais en vain. Car le mystère ne doit-il pas persister afin que l'illusion du magicien fonctionne ?
Anne Rice livre ainsi une réflexion plus profonde que l'on pourrait le croire, et le lecteur se surprend à s'identifier au vampire, à sa quête de vérité et d'identité. Comme tout humain, Louis se soumet à un processus de maturation douloureux et souvent incompréhensible. Il s'accroche à ses principes, ses réflexes et ses émotions humains, refusant de laisser la part de vampire prendre le contrôle de sa vie. Le récit de sa vie, narré de ses mots à un journaliste à la Nouvelle-Orléans, est un périple passionnant que l'on suit avec délectation jusqu'à sa fin, où le retour à la réalité paraît brutal, aveuglant. Comme de voir la lumière du soleil après avoir longtemps vogué à travers les ténèbres.

Entretien avec un vampire, Anne Rice, Pocket, 443 pages.

6 commentaires:

  1. J'ai apprécié le roman, même si je l'ai trouvé très lent par moment.
    Commencé en VO.... Mais flemmingite aigue.... :-) puis c'était très long à lire en VO...
    Par contre, je me rends compte que ma chronique est restée dans pon clavier (ou alors je suis dingo et j'oublie ce que je chronique :-))
    À noter pour la sortir pour le challenge Halloween.

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    1. C'est vrai que le roman est très dense et comporte des longueurs. J'ai trouvé qu'il mettait beaucoup de temps à se mettre en place, pour ma part, avec une très grande partie qui se déroule à la Nouvelle-Orléans, la transformation de Louis, etc. Je trouve qu'il est un peu déséquilibré, mais j'ai beaucoup aimé, cela dit.
      Je comprends ta flemme pour la VO, en tout cas, car c'est tout de même un petit pavé, et je lirai ta chronique avec grand plaisir !

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    2. C'est pour ça que c'était dur avec la VO... me suis arrêtée un peu avant la page 100. Donc, on est toujours à la Nouvelle Orléans, Louis vient à peine d'être transformé, juste avant l'incendie il me semble.

      Tu lis aussi en VO ou juste les VF?
      J'aime bien lire en anglais (et j'adore leur format de bouquin), mais vu le nombre de livres qui attendent, et mon rythme moins soutenu en anglais... j'ai tendance à ne pas faire trop d'effort (idiot parce que si je lisais plus, j'aurais un meilleur rythme...)

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    3. Ah oui, le début est vraiment lent à décoller !
      Je lis parfois en VO mais vu que je suis une flemmarde aussi et que je lis beaucoup plus lentement en anglais et que ma PAL est colossale, j'arrête d'acheter des bouquins en VO sinon je ne m'en sors plus ! :) Mais j'adore aussi leurs bouquins, ils sont beaux, sauf le papier que je trouve souvent de mauvaise qualité (pour les poches).

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    4. Lol :-) pareil :-)
      Oui le papier est plus "poreux".
      Je ne peux m'en empêcher d'en acheter de temps en temps. C'est maladif (enfin comme les livres en français finalement).
      Je viens d'acheter la bio de Slash en VO...(un grand format, donc beau papier :-) )
      Bon les bio, je me dis que ça peut se lire plus vite (j'ai commencé, et ça va quoi :-) je m'en sors).

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  2. Encore une belle critique, bravo !
    Nous avons le même ressenti concernant la profondeur de ce récit, loin de n'être qu'une banale histoire fantastique pour lecteurs en quête de sensations fortes.

    Ondine

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