mardi 27 août 2013

Dracula, Bram Stoker


Jonathan Harker, jeune notaire dont les compétences et ses futures épousailles avec la belle Mina lui assurent un avenir prometteur, traverse l'Europe en direction de la Transylvanie, où l'un des clients de sa firme l'attend pour discuter de formalités administratives au sujet de l'achat d'une demeure à Londres. Il s'agit d'un certain comte, nommé Dracula. Au fil de son voyage, Jonathan perçoit néanmoins des signes étranges de la part des habitants locaux, qui se signent et le mettent en garde en entendant le nom redouté du comte. Mais les affaires avant tout. Prenant son courage à deux mains, le jeune notaire se rend au château du curieux personnage et découvre un lieu aussi terrifiant que son hôte bien pâle et à la force extraordinaire pour un vieillard. Peu à peu, tandis que les deux hommes apprennent à se connaître, Jonathan se rend compte que le comte n'est pas près de le libérer de son emprise et qu'il se trouve prisonnier d'un être qui n'a finalement pas grand-chose d'humain. Ayant réussi à s'échapper, Jonathan échoue dans un hôpital, traumatisé, et sa future épouse Mina court le rejoindre pour le soigner. Mais pendant ce temps, l'amie de toujours de la jeune femme, Lucy, est victime d'une étrange maladie et perd un sang qui se volatilise mystérieusement. Le docteur Seward, l'un de ses soupirants, et le professeur émérite Van Helsing vont tout tenter pour la sauver, mais ils ignorent qu'un mal bien plus grand la ronge. Après avoir hanté les Carpates, l'ombre menaçante du comte planerait-elle sur l'Angleterre ?

C'est un mythe de la littérature, un chef-d'oeuvre, presqu'une entité à part entière que le Dracula de Bram Stoker. Et dans mon étude de la littérature vampirique, je ne pouvais contourner ce masterpiece du genre, celui qui a tant influencé les écrivains qui l'ont suivi, pour ne parler que des livres, car prolifiques ont été également les productions visuelles découlant de cette oeuvre magistrale. Dracula ou le vampire par excellence, le vampire absolu. La première référence, l'origine de tout.

Ce n'était pas rien de s'attaquer à un monument littéraire tel que celui-ci, et c'est avec engouement que je m'y suis donnée corps et âme (sans vouloir faire de jeu de mots douteux). Un temps d'adaptation m'a cependant été nécessaire. Le récit est bien entendu emblématique des modes narratifs du XIXe siècle, et la plume de l'auteur, empruntant celles fictives de ses différents personnages à travers leurs journaux intimes et leur correspondance, est lente, extrêmement prolifique et nourrie d'un goût de la description et du détail fort prononcé. C'est un rythme auquel je n'étais plus accoutumée, mais malgré cet ajustement nécessaire, quelle plume ! C'est un texte précis, précieux et je dirais, envolé. Imagé, de même, et d'une grande poésie, les personnages jouissant d'un rang social convenable et d'une expression délicieuse. La beauté de la langue porte ainsi le roman et lui donne toute son envergure.
Mais le coeur de ce roman est sans conteste ses personnages, et mon coeur va à celui du docteur Van Helsing. C'est avec désarroi que l'on assiste à la désillusion de Jonathan lors de son séjour au château de Dracula, mais son côté chevaleresque m'a parfois laissée une sensation d'inadéquation. En effet, il incarne un idéal de courage et de dévotion, mais qui m'a semblé légèrement exagéré en comparaison avec sa jeunesse et son inexpérience du monde. Au contraire, Van Helsing, professeur âgé et au savoir respecté de tous, se révèle le véritable cerveau du roman, celui qui ose remettre en cause ses propres croyances pour accepter qu'un tel être puisse parcourir leur monde. Il se dévoile le plus ouvert et le plus critique de tous, et c'est grâce à lui que le combat contre Dracula peut être mené. Car il faut bien le traquer, Lucy courant un grave danger. Quant à Mina, qui se retrouve elle aussi la proie du monstre, elle est un exemple de vertu et de bonté. Heureusement, cet aspect très lisse du personnage est contrebalancé par son intelligence et son efficacité au sein du petit groupe d'hommes qui cherche à anéantir le vampire. Même si elle ne peut être l'égale d'un homme (et qu'on l'envoie gentiment se coucher quand les choses deviennent sérieuses), elle offre cependant une image positive de la femme, surtout à une telle époque, et c'est un point d'honneur que j'accorde à l'auteur, avec mes remerciements sincères !
Enfin, il est étonnant de comparer le concept de vampire à l'époque de Bram Stoker avec celle d'aujourd'hui. Car ici, Dracula n'est autre qu'un monstre sanguinaire sans émotions ni soupçon d'humanité. Il est entièrement démoniaque et n'appartient qu'à l'enfer. Par ailleurs, contrairement à ce que montre le film de Francis Ford Coppola, il n'est guère question dans le roman d'amour ou de désir entre le comte et Mina, mais seulement d'une emprise infernale et destructrice.

De par la beauté de la langue et le voyage passionnant que nous offre l'auteur de l'Angleterre du XIXe siècle et notamment de sa capitale à la Transylvanie enneigée, mystérieuse et pleine de secrets, ce fut ainsi une lecture mémorable qui restera longtemps avec moi. Un morceau de littérature qui reste gravé en nous, comme une épitaphe sur une pierre tombale.

Dracula, Bram Stoker, Le Livre de poche, 594 pages.

7 commentaires:

  1. Je l'ai relu tout récemment et ca a été une vraie redécouverte également. C'est la solidarité entre les personnages, leur union contre le monstre incarné par Dracula, leur amitié dans le sens le plus pur du terme qui m'ont beaucoup touchée. Et Je ne suis on ne peut plus d'accord concernant Mina: même si elle est "victime" des conventions sociales de la fin 19e, son perso est très moderne et j'applaudis aussi le pari osé de Stocker la concernant.

    Et qu'est-ce que je suis d'accord concernant la version de Coppola !! Franchement, je n'ai pas du tout adhéré à la prétendue histoire d'amour entre Mina et Dracula, pour moi, il est bien question de vengeance et de pouvoir, pas autre chose. Mais bon, le réalisateur devait bien imaginer un motif pour faire venir Dracula en Angleterre (un aspect que Stocker ne traite pas du tout dans son roman)

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  2. J'ai été aussi portée par cette amitié à toute épreuve qui lie les personnages et leur volonté de faire le bien, même au prix de leur peau ! Une vraie leçon de solidarité et d'humilité. Aujourd'hui, à l'ère de l'individualisme, on peut même trouver ça bizarre de voir des gens s'entraider jusqu'à la mort, notamment dans le cas de Lucy qui refuse la demande en mariage de deux de ses amis. Après ça, qui pourrait croire qu'ils voleraient à son secours ? :) Et pourtant ils le font sans réfléchir !

    Et oui, du coup, la relation entre Mina et Dracula chez Coppola paraît vraiment saugrenue. Je me souviens avoir trouvé ça bizarre du temps du film, car je trouve que ça ne colle pas. Après, c'est peut-être aussi un parti pris en raison de l'époque : les spectateurs d'aujourd'hui veulent de l'amour, ou du moins une relation dangereuse et impossible... Sans oublier le sexe, bien sûr. :)

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  3. Si je ne me trompe pas, la première référence est Carmilla de Le Fanu ;) D'ailleurs, Stoker s'en est inspiré et le signe même en hommage. Mais il est vrai qu'il est beaucoup moins connu...
    J'ai particulièrement apprécié les personnages moi aussi :) C'est tout de même une sensation étrange qui nous envahit quand on lit ce livre et qu'on a l'impression de lire un "guide de référence" sur les vampires.

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    1. Oui, en effet, Carmilla précède Dracula dans la chronologie ! En revanche, ce récit a moins bien traversé la postérité que Dracula, c'est pour ça que je le considère comme la référence, puisque pour les lecteurs d'aujourd'hui, Dracula c'est ZE livre vampirique. Mais tu as bien fait de préciser ! :)
      C'est vrai qu'on appréhende ce genre de livres avec un grand respect, et la sensation de toucher du grand art ! Ça fout même un peu les chocottes de s'attaquer à quelque chose de si grand. :)

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  4. J'ai vraiment bien aimé ce roman.
    En effet, Bram a une belle plume!
    Je ne sais pas si tu en as parlé en comm, mais il y a aussi le vampire de Polidori comme ancêtre du genre. Si je me souviens bien mon cours de littérature de masse en commu, c'était le tout premier du genre.

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    1. Ahhh, oui, tout juste ! Je n'avais jamais entendu parler de Polidori avant de lire Stoker, et en fouinant un peu sur le sujet, je l'ai découvert et il est maintenant dans ma wishlist ! En plus, il est publié chez Actes Sud avec en couv l'un de mes tableaux préférés de Delacroix, que demander de plus ? :)

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    2. Je ne l'ai jamais lu. Je viendrai voir ce que tu en penses :-)

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