vendredi 17 mai 2013

Peter Pan, James Matthew Barrie


Un soir, les parents Darling vont dîner à l'extérieur et laissent la garde de leurs trois enfants, Wendy, John et Michael, à la chienne-nurse Nana. Alors qu'ils pensent leurs petits sagement endormis, un drôle d'enfant, accompagné d'une lumière scintillante, s'immisce par la fenêtre ouverte de la chambre à la recherche de son ombre. Celle-ci lui a en effet été arrachée quelques nuits auparavant par Nana tandis qu'il s'enfuyait. Le petit garçon parvient ainsi à retrouver l'ombre dans un tiroir, mais rien n'y fait, il ne peut la rattacher. Ses sanglots réveillent l'aînée, Wendy, qui recoud généreusement son ombre à son propriétaire. Ragaillardi, l'enfant malicieux propose aux enfants Darling de se rendre au pays incroyable du Neverland, une île exotique où ils vivront des aventures formidables et inoubliables... Séduits par une si alléchante proposition, les quatre enfants s'envolent ainsi par la fenêtre vers le pays de Peter Pan.

L'histoire de Peter Pan fait désormais partie de l'anthologie de la littérature jeunesse et n'est plus à raconter tant elle est célèbre, notamment grâce à l'adaptation en dessin animé par les studios Walt Disney. J'avais bien-entendu vu ce dernier dans ma tendre enfance, mais heureusement, j'en ai gardé très peu de souvenirs (non pas en raison de mon grand âge mais tant ce visionnage est éloigné dans ma mémoire hélas bien sélective et capricieuse). Ainsi, j'ai pu me plonger dans le roman sans attentes ni a priori parasitaires.

Ambigu, tel est le terme qui définirait ce récit. Un temps assez long m'a été tout d'abord nécessaire afin que j'entre pleinement dans l'histoire. Peut-être est-ce dû au fait que la narration s'inscrive au départ dans un univers réaliste et pesant, celui du monde des adultes avec la figure du père distant qui calcule chaque centime dépensé et considère ses enfants comme un gouffre financier. Ou bien, peut-être est-ce dû à mon âme d'enfant perdue ? J'en doute, et j'incrimine davantage l'univers de Barrie qui a peiné à me saisir au vol, ainsi que ses personnages que j'ai hélas souvent trouvés niais voire têtes à claques (mention spéciale pour ce casse-pieds de Peter et cette petite peste de fée clochette !). En lectrice moderne que je suis, j'ai également trouvé le récit vieilli et démodé, impression qui ne m'a, en comparaison, pas effleurée une seule fois lors de ma lecture d'Alice au pays des merveilles. Bien-entendu, il ne faut guère oublier que ces personnages sont le reflet d'une société passée et d'une conception de l'enfant différente de celle d'aujourd'hui. Toutefois, malgré ce sentiment de désuétude, j'ai été sensible à la poésie du récit et à l'imaginaire ici tout-puissant du monde enfantin. Afin d'illustrer la poétique du texte, je cite une phrase de Peter sur l'existence des fées et le désenchantement des enfants que je trouve très jolie :
« Parce que, vois-tu, les enfants savent tant de choses maintenant, que très vite ils ne croient plus aux fées et, chaque fois qu'un enfant dit : « Je ne crois pas aux fées », il y en a une, quelque part, qui tombe morte. »

Le récit est ainsi parsemé de petites pépites, qui ont fort heureusement rehaussé ma lecture. Par ailleurs, ma difficulté à prendre part à l'histoire réside également dans l'ambiguïté permanente de celle-ci. La vraisemblance est en effet souvent remise en cause : s'agit-il d'un jeu d'enfants ? D'un rêve ? Les enfants rêvent tous du Neverland lorsque la nuit vient les border ; pourquoi ces aventures seraient-elles donc réelles ? En outre, j'ai été singulièrement surprise par l'ethos du personnage de Peter Pan, amoral, égoïste et vantard, qui vit comme un petit sauvage et n'hésite pas à avoir recours à la violence. Barrie ne se pose pas en figure moralisatrice et refuse l’idéologie de l'enfant comme être pur et innocent, comme c'était davantage le cas avec Lewis Carroll et son Alice aux bonnes manières, même si le personnage de Peter est contrebalancé par la sagesse et la responsabilité de Wendy, ici plus adulte qu'enfant puisqu'elle joue le rôle de la mère des petits garçons de l'île.
Néanmoins, s'il n'est pas moralisateur, Barrie se glisse tout de même dans la peau de l'éducateur, car il révèle aux enfants la fatalité de leur destin, à savoir, grandir et devenir adulte. Précisément ce à quoi Peter veut échapper à tout prix et refuse en bloc. L'histoire de Peter Pan est bien sûr le vœu de rester enfant à jamais pour vivre dans le jeu et le plaisir, loin du sérieux et des soucis de la vie adulte. A la suite de cette lecture, on regrette donc presque d'avoir nous aussi poussé aussi vite, le temps de l'enfance étant désormais révolu pour toujours. Cependant, plonger dans cette fiction, c'est retrouver son âme d'enfant qui n'est finalement pas entièrement perdue, mais plutôt cachée au fond d'un tiroir. L'enfance apparaît en effet comme un âge d'or face au monde des grandes personnes, et le passage à l'âge adulte comme la perte de cette chose qui fait la capacité de s'émerveiller des enfants. Ainsi, lorsque l'enfant grandit, il ne peut plus accéder au Neverland. Mais ses enfants pourront, eux, à leur tour prendre le relais et continuer le voyage.

Peter Pan, James Matthew Barrie, Folio Junior, 239 pages.

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