dimanche 3 février 2013

Un dimanche avec Edgar Poe #1


En ce début frisquet de février, inaugurons le premier dimanche de l'année 2013 avec le grand Edgar Allan Poe ! Rappelons tout d'abord le concept de ce nouveau rendez-vous ; un dimanche avec Edgar Poe est l'occasion de présenter, au moins un dimanche par mois, une ou plusieurs de ses nouvelles. Tout au long des différents mois de l'année, nous explorerons donc à chaque fois plus profondément son œuvre en découvrant de nouveaux récits. De sorte qu'à la fin, nous ayons une plus large connaissance de Poe et de ses nombreux écrits.

Commençons ainsi cette année placée sous le signe du poète américain avec le célèbre Double assassinat dans la rue Morgue, qui ouvre le recueil des Histoires extraordinaires. Après un préambule portant sur le phénomène de l'analyse, l'auteur cède la voix à son narrateur. Celui-ci décrit sa rencontre à Paris avec un certain Dupin, gentleman à la perception particulièrement aiguisée et à la capacité d'analyse extrêmement fine. Alors qu'ils se promènent dans la capitale de nuit, les deux amis sont pris d'intérêt par la nouvelle d'un double assassinat fraîchement commis. Le crime, atroce, demeure un mystère complet, car personne, y compris au sein de la police, ne parvient à faire concorder les différents éléments entre eux. Mais Dupin ne s'avoue pas vaincu et décide de mener son enquête, et là où tous ne voient que l'impossible, lui entrevoit la solution...
Un peu abracadabrantesque, cette nouvelle, qui signe pour certains le début du roman policier et du schéma de l'enquête, est sombre et bavarde. Grâce à ses longs soliloques, Dupin démonte petit à petit les difficultés de l'affaire et dévoile des indices que personne n'avait décelés jusque-là. Celui-ci prend le temps d'expliquer tous les rouages de sa réflexion, et expose devant le narrateur et le lecteur son incroyable perspicacité. Un procédé et un ton qui rappellent quelque peu Sherlock Holmes ou encore la Miss Marple d'Agatha Christie – si vous me pardonnez l’anachronisme – qui résout l'affaire confortablement installée dans son fauteuil. Ainsi, je dois dire que tout au long de la nouvelle, Poe m'a bien fourvoyée, et, si j'ai été déçue par la résolution, j'étais cependant loin de m'attendre à un tel scénario. L'auteur imbrique les différentes pièces de l'affaire avec intelligence, et à travers l'élucidation de Dupin, révèle son grand esprit. Rares sont ceux qui ont réussi à deviner le fin mot de l’histoire ! Une pièce maîtresse et bien connue de la littérature, qui est depuis devenue un classique dans le genre de la nouvelle.

A cette enquête s'ensuit une autre, intitulée La Lettre volée et qui rassemble une nouvelle fois Dupin et le narrateur autour d'une lettre très importante qui a été dérobée dans le boudoir royal. La lettre s'avère un atout dangereux pour le voleur, capable de faire chanter le volé. Il est donc capital de la retrouver au plus vite avant que la personne concernée ne soit déshonorée. Le préfet de police G. s'occupe de l'affaire et recherche la lettre, mais face à son échec, il frappe à la porte de Dupin pour lui demander son aide. Et, à la surprise de tous, celui-ci démêle l'affaire avec une simplicité étonnante.
Encore une fois, Dupin démontre ici ses incroyables capacités d'analyse et de déduction, et cherche là où personne ne regarde : dans la simplicité. En effet, les perquisitions minutieuses de G. n'ont pas abouti, et Dupin met en cause la réflexion trop profonde du préfet de police. Pour dénicher cette lettre, il convient de se mettre dans l'esprit du voleur et de prendre en compte son intelligence. Et pour tromper la police, ce dernier use d'un stratagème si enfantin que personne – sauf Dupin – ne peut le détecter. Dans La Lettre volée, Poe révèle ainsi qu'il est parfois inutile de chercher avec trop d'intensité ou de profondeur, et qu'il suffit de regarder l'évidence devant notre nez ; une nouvelle pleine d'ironie qui piétine joyeusement les dogmes de la pensée. Cette nouvelle nous invite donc à mieux réfléchir en transformant notre pensée et en l'adaptant au cas étudié. Dupin serait-il ainsi le premier profiler de l'Histoire ? En avance sur son temps, Poe l'était assurément.

Voici pour ce premier dimanche avec Edgar Poe, qui j'espère aura piqué votre curiosité et votre intérêt. En attendant de vous retrouver au plus tôt autour d'autres nouvelles, je vous souhaite donc une agréable semaine ainsi qu'une bonne lecture ! A un prochain dimanche...

Œuvres en prose, Edgar Allan Poe, Bibliothèque de la Pléiade, 1165 pages, octobre 2011.

3 commentaires:

  1. J'aime beaucoup l'idée de ce rendez-vous! Et tu m'as peut-être réconciliée avec Double assassinat dans la rue Morgue : une surveillante du collège me l'avait donné à lire quand j'étais en 6è, j'ai été proprement terrifiée, et incapable de le terminer. C'était l'hiver, et ma rue (à l'époque) n'était éclairée que par un réverbère, ce qui me donnait systématiquement des sueurs froides en rentrant à la maison. A tel point que je n'ai jamais relu cet ouvrage, ni n'ai pu l'achever!

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    1. Il faut dire que la description du meurtre est proprement horrifique, j'en ai encore des frissons!
      Je découvre ce rendez-vous avec bonheur, alors même que je finis de lire Selected Tales.
      Tu n'as d'ailleurs pas parlé de la première séquelle du Double Assassinat dans la rue Morgue : Le Mystère de Marie Roget. Par choix, ou par oubli?

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    2. Ah, ravie que ce rendez-vous te plaise ! ❤
      Pour Le Mystère de Marie Roget, tu m'as posé une colle, je dois bien l'avouer, et c'est un peu honteuse que j'ai couru vers ma Pléiade pour vérifier. :) Et en jetant un oeil à la table des matières, j'ai vu que la nouvelle fait partie des Histoires grotesques et sérieuses (tandis que Double assassinat dans la rue Morgue fait partie des Histoires extraordinaires), qui se trouvent à la fin de mon édition, voilà la mystérieuse raison ! J'en parlerai donc certainement beaucoup plus tard, mais c'est au programme ! :)

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