samedi 9 février 2013

Le Lièvre de Vatanen, Arto Paasilinna


Un soir de juin, le journaliste Vatanen parcourt avec lassitude la campagne finlandaise en compagnie d'un collègue photographe. Sans prévenir, un petit lièvre se plante soudain au milieu de la route. Réagissant tardivement, le conducteur ne parvient pas à l'éviter et heurte le jeune animal qui est envoyé dans les fourrés. Vatanen part alors à sa recherche dans la forêt, et soigne le levraut blessé. Tout d'abord apeuré par cet étranger, le lièvre s'habitue néanmoins au journaliste et s'apaise petit à petit. Tandis que le photographe, impatient de repartir, appelle Vatanen, celui-ci décide de l'ignorer et part s'aventurer dans la forêt, le lièvre dans les bras. Commencent alors les aventures des deux amis à travers les paysages enneigés de la Finlande.

Roman nordique culte, Le Lièvre de Vatanen est, en cette fin d'hiver froide et languissante, un livre de saison. Arto Paasilinna conte avec poésie le voyage de Vatanen, journaliste las de sa routine pesante, de son épouse qu'il n'aime pas et de son métier assommant, et du lièvre qu'il recueille à la suite d'un accident de voiture. Au fil des saisons, les deux amis vont traverser la Finlande, mais aussi la Laponie, et finiront même par franchir la frontière de l'URSS. Vatanen abandonne sans un regard en arrière la vie morne et inintéressante qu'il menait à Helsinki pour s'aventurer dans la campagne finlandaise et mener une autre vie. Au cours de son périple, il visite de petits villages, mène une vie simple et rustique, trouve des petits boulots manuels pour se nourrir, couche dans des cabanons et rencontre tout un tas de curieux personnages, tous plus étranges et excentriques les uns que les autres. Citons par exemple Hannikainen, commissaire à la retraite pêchant toute la journée et persuadé qu'un complot gigantesque entoure le président, ou encore le pasteur Laamanen, qui tente d'abattre le lièvre au fusil dans les murs de son église. Au fur et à mesure de sa progression, Vatanen croise ces drôles de personnalités, mais continue à marcher seul avec son lièvre vers une destination inconnue.

Cela faisait un moment que Le Lièvre de Vatanen m'appâtait, mais le bilan de cette lecture est malheureusement mitigé, le roman de Paasilinna n'ayant pas su combler mes attentes. Tout d'abord, c'est un récit assez lent, dont les chapitres sont souvent déconnectés les uns des autres, ce qui déroute parfois la lecture. De plus, et outre ce manque de connexion, j'ai trouvé plusieurs chapitres assez ennuyeux et sans importance pour le fil de l'histoire. Le récit est donc souvent ralenti par ces évènements qui n'apportent rien de consistant au voyage du journaliste. Quant au personnage de Vatanen, celui-ci manque de relief et de charisme ; il semble détaché de tout et sa psychologie est totalement laissée de côté. Explorer davantage ses pensées aurait été intéressant, car Vatanen prend une décision peu banale en quittant tout pour une vie plus authentique. Il trouve ainsi un nouveau sens à son existence en se liant au lièvre et en se rapprochant de la nature. Toutefois, si je n'ai pas réussi à m'attacher au protagoniste, j'ai cependant été très attendrie par le lièvre. Au début levraut, celui-ci grandit au fil des chapitres et devient adulte. Paasilinna retranscrit le comportement du petit animal de façon très réaliste, et l'affection et la confiance qui lient les deux amis est réellement touchante. Tous deux mûrissent ensemble à travers les différentes épreuves qu'ils rencontrent sur leur parcours et l'auteur sait rendre la petite boule de poils aussi vivante qu'attachante. Il est cependant dommage que le lièvre ne soit pas davantage au centre du roman – comme le titre le fait miroiter au lecteur. J'aurais en effet aimé que l'animal soit plus exploité et développé au fil de l’histoire, mais il reste tristement au second plan.
Enfin, l'écriture de Paasilinna, emplie de poésie et de jolies métaphores, compense ces faiblesses et se révèle très agréable à lire. Si le rythme du roman est plutôt lent et déséquilibré, le style est quant à lui lyrique et imagé, ce qui contrebalance parfois la lourdeur du récit. Une petite déception, donc, pour ce roman qui s'embourbe quelque peu dans la neige de la campagne finlandaise, mais qui est heureusement rehaussé par une écriture d'une beauté lumineuse.

Le Lièvre de Vatanen, Arto Paasilinna, Folio, 236 pages, janvier 2010.

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