jeudi 31 janvier 2013

Moins que zéro, Bret Easton Ellis


Clay a tout pour lui ; issu d'un milieu aisé, il est beau garçon et jouit pleinement de sa jeunesse. Et, avec les vacances qui s'amorcent, Clay est bien décidé à profiter de ses atouts. Adieu le campus du New Hampshire, bonjour la côte ensoleillée ! Arrivé à Los Angeles, Clay retrouve ses parents divorcés, ses sœurs désinhibées, ses potes de lycée, son ex-copine et amie Blair et son dealer. Volant de fête en fête, il cherche à s'éclater, croit parfois qu'il y arrive, mais ne connaît qu'une suite de cuisants échecs, l'ennui et l'angoisse ne tardant pas à refaire surface. Comme un zombie, il répond sans conviction « Pourquoi pas ? » à quiconque lui demande « On va là-bas ? » et se laisse entraîner à travers la cité des Anges, qu'il parcourt sans vraiment savoir où il va ni dans quel but. Coke, alcool et sexe rythment ses jours comme ses nuits... Mais ne parviennent pas à remplir ce vide béant qui s'accroche à lui. Alors, Clay prend la route et s'enfuit faire la fête de plus belle.

A travers les yeux souvent embués par quelques substances de son protagoniste, Brest Easton Ellis nous offre un voyage halluciné à travers la cité des Anges, ville lumineuse, dure et violente. Le programme de Clay est des plus effrénés ; il accumule soirées, rendez-vous, sorties imprévues et suit ses amis dans de luxueuses demeures munies de piscines chauffées et d'appareils high-tech dernier cri, où le champagne coule à flot, la poudre se prend aux toilettes, et les chambres restent rarement inoccupées. Bienvenue parmi la jeunesse branchée et blindée de L.A.

Moins que zéro. Hélas, ce titre est une métaphore ironique du maigre plaisir de lecture que j'ai éprouvé à lire ce roman. Pourtant prometteuse de prime abord, cette première œuvre du célèbre Ellis n'a effectivement pas réussi à me séduire.
L'écriture, qui porte ici le roman et constitue son essence, est tout d'abord singulière. Sans fioritures, le ton est neutre, froid, détaché, et la narration enlevée ; l'auteur nous implante dans une scène pour nous projeter quelques paragraphes plus loin dans une autre, brusquement, sans transition. L'impression de vitesse, d'ivresse et de vertige est ainsi réussie et étourdit le lecteur, mais elle accentue aussi la distance entre ce dernier et le narrateur, qui semble s'éloigner toujours plus loin au fil des pages dans une autre galaxie. Les nombreux dialogues s'enchaînent eux aussi avec rapidité, du tac au tac, et sont souvent creux, dépourvus de sens, ou du moins, de consistance. Les personnages passent peut-être tout leur temps ensemble, mais ils se connaissent finalement très peu et sont des étrangers familiers. Cette sensation de chaos et de trouble m'a donc souvent empêchée de m'ancrer dans l'histoire, d'autant plus que celle-ci fuse dans tous les coins, s'arrête parfois puis repart, revient en arrière. De même, il m'était difficile d'apprécier le personnage de Clay. Peu sympathique, celui-ci apparaît comme un gosse de riche perpétuellement insatisfait, incapable d'être heureux malgré l'argent, les gens, la fête et les substances diverses et variées qui altèrent son organisme. Toujours à la recherche de plaisir, il ne peut le goûter que du bout de la langue grâce à l'alcool et la cocaïne. Et parfois, cela ne semble pas suffire. Clay n'est pas heureux et ne s'amuse pas réellement dans ces fêtes souvent ternes et ratées. Lors de ces soirées de déchéance et de débauche, la jeunesse dorée de Los Angeles ne nous apparaît donc ni brillante ni glamour. Leurs parents ont beau être dans le milieu pailleté du cinéma d'Hollywood, leur vie ne fait pas envie et donne plutôt la nausée. Tous ces jeunes étudiants se ressemblent : cheveux blonds, peau ultra bronzée, voitures de luxe. Les uns entraînent les autres dans un tourbillon dangereux d'excès de toutes sortes, tout le monde couche avec tout le monde, les couples se font et se défont le temps de sabrer une énième bouteille de champagne et au matin, aucun d'entre eux ne se souvient avec qui il a couché. Les jeunes mannequins aux airs de surfers se prostituent dans le but de pouvoir se payer ensuite un petit sachet de poudre. Vu leur rythme de vie, on s'étonne d'ailleurs qu'il n'y ait pas plus de morts dans le roman – même si quelques overdoses sont mentionnées par-ci par-là.
Bret Easton Ellis livre ainsi avec Moins que zéro un roman frénétique où les scènes se succèdent et s'entrecoupent mais sont finalement dépourvues de saveur, Clay étant la plupart du temps totalement indifférent à ce qui l'entoure. Tout semble se dérouler comme dans un rêve, où le protagoniste ne répondrait plus de ses actes et serait emporté par le flot de la ville. Cru et insensible, c'est un texte qui dérange, notamment à cause du style ascétique et fragmenté d'Ellis qui déboussole le lecteur, le trimballe d'une party à l'autre sans le ménager. On sort de cette épopée à travers Los Angeles fatigué et, comme Clay, avec une sensation de vide, causée par la vitesse, l'enivrement et la violence qui détruisent peu à peu cette jeunesse désenchantée.

Moins que zéro, Bret Easton Ellis, 10/18, 250 pages, septembre 2001.

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