lundi 28 janvier 2013

Les Enfants du crépuscule, Serge Brussolo


Dans la petite ville de Floride nommée Saltree, Lisa Williams, veuve au chagrin inguérissable depuis la mort de son mari et diseuse de bonne aventure à ses heures perdues, est retrouvée assassinée dans la maison familiale. Sa sœur cadette, Peggy Williams est ainsi appelée pour identifier le corps et prend la route de sa ville d'enfance. Arrivée à destination, elle fait face à une maison sens dessus dessous et dévorée par les termites ; Peggy n'a qu'une hâte, s'occuper de sa besogne et ficher le camp sans demander son reste. Mais en remettant de l'ordre dans les affaires de sa sœur défunte, la jeune femme fait une découverte capitale : l'empreinte ensanglantée d'une paume sur le mur de la bibliothèque. Lisa lisait les lignes de la main... Coïncidence ? Le mystère s'opacifie davantage lorsque Peggy déterre une magnifique poupée au réalisme sidérant, qui était enfouie dans le jardin. Cette poupée est la reproduction minutieuse d'une vraie petite fille, Peggy en est convaincue, le souci du détail est trop parfait. Était-ce ce que le meurtrier était venu chercher ? Dans quelle étrange affaire Lisa avait-elle fouiné avant sa mort ? Face à l'inertie de la police locale, Peggy décide de mener l'enquête, et débarque dans la maison des McGregor, qui abrite une maison de poupées géante et fait le bonheur des touristes du coin. Mais la maison de poupées renferme des secrets qu'il ne vaut mieux pas exhumer...

Avis aux âmes sensibles et froussardes, passez votre chemin ! Petite bombe d'épouvante, Les Enfants du crépuscule (quel beau titre, cette fois-ci !) promet des instants cauchemardesques, dont on ressort tendu et diablement mal à l'aise.

Alors qu'elle mène une existence discrète loin de sa ville natale, Peggy Williams est contrainte de retourner sur les lieux de son enfance après le meurtre de sa sœur aînée, perdue de vue depuis longtemps. Se sentant obligée de rétablir un peu d'ordre dans les affaires de Lisa en sa mémoire, la jeune femme découvre l'étrange vie que menait sa sœur ; lecture des lignes de main, tarots et alcool, tel était son quotidien. Qui en voulait à Lisa ? Dans quelles sales affaires avait-elle mis son nez ? Désireuse d'élucider le mystère, Peggy se lance sur les traces de son aînée. Celles-ci l'amènent tout droit à la maison des McGregor, célèbre pour abriter une grande maison de poupées dans la cave, et tenue par Jod, artiste en mal d'argent et sa sœur Lorraine, à la grâce de ballerine. S'inventant une autre identité, Peggy s'installe chez les McGregor dans le but officiel d'écrire un livre sur le père défunt et créateur de l'incroyable maison de poupées. La jeune femme s'intéresse de près à cette étonnante confection, où toutes les poupées représentent les membres de la famille McGregor à différents âges. Elle découvre avec stupeur que tout y est réel : les lampes s'allument, les fers à repasser et plaques de cuisson fonctionnent, les tiroirs des commodes renferment des vêtement miniatures et même les minuscules boîtes de conserve sont remplies de vraie nourriture. Ce n'est pas une maison de poupées, c'est une vraie maison à l'échelle miniature où il serait possible de vivre – à condition de mesurer moins d'un mètre. N'est-ce pas là l’œuvre d'un fou à la recherche de la plus pure perfection ? Mais à force de creuser, Peggy va faire remonter à la surface des secrets terribles et compromettants. La poupée volée par Lisa n'est autre qu'une des répliques d'Angie, petite sœur de Jod et Lorrie, enfant préférée du père McGregor et morte noyée dans le bassin du jardin. Accident ou assassinat ? On prétend que la maison de poupées est depuis hantée par un petit fantôme... Les doutes et hypothèses envahissent Peggy, bien décidée à mettre à jour la vérité. Et petit à petit, la jeune femme devient une menace pour la famille McGregor...
Malgré la chaleur et la moiteur ambiante de la Floride, l'histoire fait froid dans le dos. Lentement, au fil de ses recherches, Peggy va mettre à nu des histoires de famille particulièrement malsaines et dérangeantes. Serge Brussolo multiplie les pistes possibles, les hypothèses de scénario, change brusquement de cap lorsque de nouveaux indices apparaissent et manipule les personnages pour mieux désorienter le lecteur. De sorte qu'à la fin, Peggy ne sait plus ce qui est réel et ce qui est faux. Quelle est l'histoire tragique des McGregor ? La maison de poupées est-elle habitée ou est-ce le fantasme de son imagination ? Les retournements de situation ne cessent de démolir les théories de Peggy, qui ne sait plus qui croire ou à qui se fier. L'auteur joue habilement avec ses personnages, petites marionnettes dont il est le maître, à l'image du père McGregor et de ses poupées œuvres d'art. Symbole de beauté et du jouet innocent de la fillette par excellence, la poupée a aussi développé toute une toile d'histoires effrayantes. D'où l'aura inquiétante, toujours ambigüe de la maison de poupées des McGregor. Je dois avouer que, pour ma part, j'éprouve une sensation de réel malaise devant des poupées, nombreuses ont donc été mes sueurs froides au fil des chapitres !

Malgré une ouverture un peu longue et une intrigue qui met du temps à se mettre en place à et à démarrer concrètement, ce roman ne m'a pas seulement tenue en haleine jusqu'à la fin, il m'a également coupé le souffle durant les nombreuses scènes où la peur et l'inconfort saisissent le lecteur. Seul regret : la résolution finale, qui est en-dessous de la qualité du reste de l'ouvrage. Mais les dernières lignes ouvrent néanmoins le roman, et font courir l'imagination du lecteur... Avec Les Enfants du crépuscule, Serge Brussolo livre un roman sombre et angoissant, à l'atmosphère étrange et étouffante qui reste accrochée au lecteur une fois le livre posé. Car le danger rôde toujours dans les herbes folles des marais. Par ailleurs, Serge Brussolo décrit avec une grande précision l'atmosphère de la Floride, son climat, sa faune, ses habitants. L'illusion est parfaite, et si j'avais ignoré le nom de l'auteur, j'aurais juré lire un roman américain pur sang. Le décor de fond, avec ses marais, sa chaleur et ses moustiques, est ainsi très réussi et renforce l'ambiance moite, poisseuse et oppressante qui hante le roman. Enfin, cette intrigue absorbante et ingénieuse est servie par une écriture délectable, fine et aboutie, ce qui rehausse encore davantage le plaisir de lecture.
Un petit bijou d'horreur qui fera pâlir plus d'un lecteur.

Les Enfants du crépuscule, Serge Brussolo, Le Livre de Poche, 251 pages, février 1999.

2 commentaires:

  1. Ta chronique donne envie mais, ma foi, si ça fait peur, je vais passer mon chemin (je suis une lectrice très courageuse!)!

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    1. Je comprends ta réticence, il est vrai que certains passages m'ont donné la chair de poule. En revanche, c'est peut-être moi qui suis particulièrement sensible et il est possible que tu n'aies pas le même ressenti ! En tout cas, j'ai vraiment beaucoup aimé, alors si tu changes d'avis, fonce !

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