jeudi 27 décembre 2012

Fahrenheit 451, Ray Bradbury


451 degrés Fahrenheit : point de non-retour des livres victimes du crime de l'autodafé. Dans cette cité futuriste, la corporation des pompiers a changé de cap : les soldats du feu ne s'occupent plus d'éteindre les incendies mais les provoquent en brûlant les livres (et les maisons qui les abritent en passant), ces objets de savoir inutile devenus dangereux pour les habitants et leur sacro-sainte tranquillité. Guy Montag est l'un de ces pompiers combattant ce danger, et exerce joyeusement sa profession, jusqu'à ce qu'il rencontre une étudiante nommée Clarisse. Cette jeune fille est résolument différente et contemple le monde, la lune, les étoiles, les feuilles d'automne, mais observe aussi les gens. Intrigué par ce curieux spécimen, Montag se lie d'amitié avec la jeune Clarisse et grâce à elle, apprend à regarder le monde d'un œil nouveau. Et, lorsqu'elle lui demande s'il est heureux et s'il lui arrive de lire les livres qu'il brûle, les ennuis commencent pour Montag. Le pompier va peu à peu remettre en question le sens de sa vie quotidienne, de son métier, ainsi que la valeur des livres. Dans sa tentative de percer le mystères de ces drôles d'objets indésirables, Montag deviendra lui-même une inquiétante cible à éliminer, un rebelle à mater pour le maintien de l'harmonie de la société.

Si l’œuvre phare de Ray Bradbury a été publiée dans les années 1950, elle fait encore de nos jours froid dans le dos. Cette effrayante dystopie révèle des gens qui se gavent de télévision, d'images, de couleurs et de bruits à longueur de journée afin de ne pas avoir à penser par eux-mêmes. Les habitants sont indifférents les uns aux autres, dénoncent leurs voisins (ou même leur conjoint !) s'il le faut, et recherchent à tout prix à s'amuser. Ainsi, puisqu'ils portent atteinte à cette si précieuse quiétude, les livres sont interdits et réduits en cendres par les pompiers. L'un d'entre eux, Guy Montag, qui au départ se conforme parfaitement au moule, va néanmoins prendre conscience de l'absurdité de la situation grâce à une rencontre décisive et pourtant innocente, celle de Clarisse, jeune fille un peu bizarre dans cet univers si homogène. Par la suite, Montag va remettre en cause la pseudo normalité de ce monde qui tourne à l'envers et s'intéresser aux suppliciés de ses interventions enflammées : les livres. S'ils sont jugés dangereux et mis au bûcher, c'est qu'ils possèdent un pouvoir... Et le piège se referme sur Montag. Devenu un traître, il n'a plus de choix que de fuir, la ville étant à ses trousses et tous les habitants suivant avidement la chasse à l'homme sur leurs écrans géants. Mais cette cavale est aussi le chemin de sa rédemption, car c'est à travers les livres qu'il regagnera peu à peu son libre-arbitre et son humanité.

Fahrenheit 451 retrace ainsi l'histoire d'une lutte, celle de la liberté de penser, de s'exprimer et d'agir. Un combat contre l'uniformité, le lavage de cerveau, l'abrutissement du peuple. Le roman n'a donc pas pris une ride, aucun pays n'étant jamais à l'abri d'un régime totalitaire, aussi civilisé soit-il. L'Histoire nous l'a démontré à plusieurs reprises. La dystopie de Bradbury remet les pendules à l'heure et force la réflexion du lecteur qui ne peut rester indifférent face aux dérives de cette société imaginaire, mais qui présente bien des similitudes avec notre monde : on cherche avant tout à se divertir, à avoir tout, tout de suite, de façon digérée et condensée et l'on croit que cela nous apporte le bonheur. Mais les comportements de ces habitants résultent tous d'une inquiétante aliénation. Une fois conditionnés, ils sont dociles – ou plutôt « dressés » – et ne questionnent guère le fonctionnement de la société ni son gouvernement. Néanmoins, certaines âmes, rares, réussissent à préserver ce don inestimable de la liberté. Ce libre-arbitre est incarné par la douce et singulière Clarisse, personnage touchant et d'une grande poésie. Sensible et curieuse, elle apporte un souffle de fraîcheur rédempteur à Montag, qui ne vit que dans le pétrole et les flammes. Malheureusement, la société ne ménage pas ce genre d'individus libres-penseurs, et l'infortunée Clarisse en fera les frais, seule sensée au royaume des aliénés.
Enfin, Fahrenheit 451 est un cri d'amour poignant aux livres, et un bel hommage à la littérature. Dans cette société où les livres sont bannis et détruits, Bradbury révèle leurs incroyables pouvoirs et la menace qu'ils représentent face à une société uniforme et une pensée unique, atrophiée. Véritables armes, les livres sont ici l'espoir des intellectuels qui ont réussi à conserver leurs principes et leur amour du savoir. Ceux-ci sont persuadés que le livre connaîtra un nouvel âge d'or et attendent patiemment l'heure du changement. Les livres sont donc le remède à l'oppression et le symbole de la liberté et du progrès de l'humanité ; c'est en acceptant de remettre en cause ses certitudes que l'Homme avance. Certains ont parfois choisi de condamner des idées nouvelles et dérangeantes en brûlant des livres (et leurs auteurs avec !) et ont mené à une régression. Espérons ainsi que ce monde à la dérive imaginé par Ray Bradbury ne vienne plus jamais à se réaliser...

 Fahrenheit 451, Ray Bradbury, Folio SF, 236 pages, septembre 2000.


3/3

3 commentaires:

  1. Bradbury a, comme Orwell et tant d'autres, le talent pour rendre réaliste et effrayants ce genre de récits ; ça fait vraiment frémir quand on y pense. En même temps, ça fait pas mal réfléchir... des fois, je me dis que les dystopies de cette époque sont vraiment des œuvres intemporelles!

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  2. Ce livre, c'est un de ceux qui m'a le plus marqué avec 1984 je crois. Il est vraiment effrayant, et en même temps fascinant... Et puis c'est fou à quel point ce genre de romans ne prend pas une ride...

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    1. Ça c'est certain, c'est un livre qui marque !
      Je suis tout à fait d'accord avec toi, ce genre de romans est simplement intemporel et il continuera longtemps à fasciner les lecteurs... Parce que ça fait froid dans le dos ! Mais quelle puissance !

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