vendredi 5 octobre 2012

Les Sorcières de Salem, Arthur Miller


Salem, 1692. La fille du prêtre Parris, Betty, est atteinte d'un étrange mal. Serait-ce le Démon qui s'est emparé de son esprit et la tourmente ainsi ? Dans la petite ville de Nouvelle-Angleterre, le bruit ne tarde pas à se répandre que Betty et d'autres jeunes filles ont été découvertes en pleine nuit dansant autour d'un feu dans la forêt. S'agit-il de sorcellerie ? Il n'en faudra pas moins pour faire imploser Salem, les adolescentes étant prêtes à tout afin de garder ce secret. Trahisons, dénonciations et mensonges mettent alors la communauté à feu et à sang. Une cour de justice est bientôt érigée, et tandis que les arrestations s'enchaînent, aucun citoyen, même le plus honnête, n'est à l'abri de la potence.

Après les histoires de monsieur le Barde, continuons notre initiation à la sorcellerie ! Œuvre majeure du théâtre contemporain, Les Sorcières de Salem n'ont pas seulement connu un immense succès, elles ont également marqué la littérature américaine au fer rouge, de par la critique sous-jacente (mais pas moins virulente) qu'effectue Arthur Miller du maccarthysme.
Ainsi, le premier acte s'ouvre sur une scène où règne une grande confusion, et ceci annone l’ambiguïté omniprésente de la pièce ; le prêtre de la ville, Parris, est inquiet pour la santé de sa fille Betty, qui souffre d'un curieux mal. Une autre jeune fille est également atteinte, et l'on en conclut hâtivement que c'est là l’œuvre du diable. Mais la situation dégénère bien vite. Et le lecteur stupéfait voit peu à peu la petite communauté de Salem perdre la raison et tomber dans le fanatisme absolu. Purifier Salem des souillures du Vilain : telle est la mission qu'une poignée des habitants se sont donnée. La Cour, menée par un groupe de jeunes filles dépourvues de toute innocence – mais pas de talent de persuasion –, accumule donc les accusations et condamne de nombreuses personnes à la potence. Les gens les plus honorables ne sont guère épargnés et une terreur oppressante s'infiltre dans les rues et maisons de Salem.
Arthur Miller établit subtilement une atmosphère angoissante qui ne cesse de s'intensifier jusqu'à son paroxysme. Qui sera le prochain accusé ? Comment raisonner cette communauté ultra-puritaine devenue hystérique ? Aveuglée par la volonté de détruire Satan, la Cour croit faire ce qui est bon. Mais elle ignore qu'elle est au service des sombres desseins d'adolescentes immatures. Et leurs mains sont chaque jour un peu plus tachées de sang. C'est avec horreur que l'on constate, au nom de Dieu et de la religion les folies dont l'homme est capable. Car tout comportement qui ne correspond pas à celui d'un bon chrétien devient une menace pour la ville, et une menace qu'il faut à tout prix anéantir. Afin de sauver leur vie, certains confessent des pratiques diaboliques qu'ils n'ont jamais perpétrées. D'autres, au contraire, restent nobles et dignes jusqu'à la peine de mort. Arthur Miller façonne des personnages d'une grande force et complexité. A commencer par Proctor, homme droit et lucide, néanmoins rongé par le péché qu'il a commis. Empli de bon sens et fidèle à ses principes, le révérend Hale est également un souffle d'air frais dans ce chaos abject. Mais le personnage le plus puissant est certainement Abigaïl, la nièce de Parris. Au commencement de la pièce, elle apparaît bienveillante, sensible et altruiste, mais sous cette fausse ingénuité se cache une garce impitoyable et d'une cruauté sans nom qui se délecte du mal qu'elle engendre. Rusée et opportuniste, elle s'octroie une position intouchable auprès de la Cour et mène par le bout du nez le juge Danforth qui voit en elle une créature pure et naïve. Comédienne hors pair, Abigaïl a en effet l'art de retourner les situations à son avantage pour se donner le beau rôle et règle allègrement ses comptes avec les habitants de Salem.
C'est à travers des personnages riches et hétérogènes, entre ombres et lumières, que Les Sorcières de Salem à la fois fascinent et révoltent. Une œuvre puissante, qui dénonce l'obscurantisme et la dangerosité des croyances et des religions poussées à l'extrême. L'on pourrait se dire qu'une telle paranoïa meurtrière ne relève que de la fiction... Mais le procès de Salem a bien été réel dans l'Histoire.

Les Sorcières de Salem, Arthur Miller, Robert Laffont, 8 euros, avril 2010.


2/3

3 commentaires:

  1. Le deuxième tome de Dark shadows m'a transportée dans le Salem de l'époque. Je devrais peut-être lire celui-ci pour parfaire mon éducation !

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  2. Je n'accroche pas à cette pièce mais j'aimerais la voir jouer !

    Ondine

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  3. jé vrémant addorées se livre plain de suspance

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