mardi 11 septembre 2012

Le Magasin des Suicides, Jean Teulé


« Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! » Voici le slogan qu'arborent les sacs de la boutique glauquissime nommée Le Magasin des Suicides. Ici, les propriétaires Tuvache vous saluent par un « Mauvais jour, madame » et ne vous congédient pas avec un « Au revoir » mais un « Adieu » solennel. Car les clients ne sont pas censés revenir à la boutique après leurs achats… Caverne d'Ali Baba pour gens désespérés au bout du rouleau, la boutique des Tuvache vend toutes sortes d'outils permettant de mettre fin à ses jours, de la façon la plus classique à la plus originale : nœuds coulants, poisons, rasoirs, seppuku… il y en a pour tous les goûts. Client décédé ou remboursé ! Mais l’atmosphère lugubre du Magasin des Suicides se trouve un jour menacée par le fils cadet des Tuvache, à la gaieté un peu trop prononcée…

Les Tuvache forment une bien curieuse famille pour qui la vie, c'est le suicide. Le ton est donné dès le départ, ce n'est guère conventionnel ! Humour noir à foison, répliques cinglantes et cynisme absolu, l'ambiance chez les Tuvache n'est pas folichonne et même carrément sinistre. Dehors, il pleut de l'acide sulfurique, les gens se suicident par vagues entières du haut des tours d'immeubles des cités et les informations n'annoncent que des catastrophes. En bref, Jean Teulé esquisse un décor qui serait plutôt enclin à ôter le sourire…
Et pourtant, ce petit ovni de littérature nous réserve de nombreux gloussements. C'est, par ailleurs, assez déconcertant au départ car on ne sait si l'on doit rire ou non. Au fil du texte, l'auteur anéantit en effet les tabous et la pudeur liés d'ordinaire au suicide et à la mort, et nous prouve que l'on peut en rire. Banalisée, la mort est ici la seule raison de vivre. Les parents Tuvache regorgent de conseils astucieux à l'égard de leurs clients sur les différentes façons de se suicider : quelle posture adopter, les gestes à faire pour mourir proprement et ne pas salir la pièce, etc. Le Magasin des Suicides prospère donc tranquillement. Et, entre leur aîné Vincent, anorexique aux migraines incessantes qui rêve de parcs d'attraction pour suicidaires, et leur fille Marilyn, un peu enveloppée, gauche et godiche qui ne trouve pas sa place ni son utilité au sein de l'entreprise familiale, les parents Tuvache seraient comblés. Mais leur petit dernier, Alan, ne sort visiblement pas du même moule. Boucles blondes, bouille à croquer et toujours le sourire aux lèvres, Alan répond lorsqu'on lui demande à l'école ce que sont les suicidés : « Les habitants de la Suisse ». Le cadet voit toujours la vie en rose, les bons côtés des choses et fait le malheur de ses parents qui ne savent plus comment remédier à cette insupportable joie de vivre qui nuit à l'image du magasin. Mais petit à petit, sans même que la famille ne s'en rende compte, Alan va déteindre sur ses proches et l'équilibre des Tuvache s'en trouver bouleversé.

Cela aurait pu être une petite perle de noirceur. Mais je n'ai pas été conquise. Pas totalement, du moins. Je reconnais que j'ai peut-être commencé cette lecture du mauvais pied, étant un peu distraite, mais je n'ai pas réussi à accrocher. L'histoire est en outre assez décousue, comme une suite de saynètes plutôt qu'une véritable histoire continue. Mais les dialogues sont, bien que complètement inattendus, très drôles. C'est un petit roman irrévérencieux, politiquement incorrect, et, ce n'est pas rien de le dire, qui sort de l'ordinaire ! Il plane sur ce Magasin des Suicides un parfum aux effluves Tim Burtonesques, et qui n'est pas sans rappeler également la série Six Feet Under et sa famille de croque-morts.
Une lecture un peu indolente dans l'ensemble, mais néanmoins rehaussée par l'humour noir et le sarcasme omniprésents dans le récit qui m'ont souvent fait pouffer. Ce n'est peut-être pas le meilleur Teulé, donc, mais étant donné tout le bien que j'ai entendu de cet auteur, je ferai volontiers un autre essai à l'avenir.

Le Magasin des Suicides, Jean Teulé, Pocket, 5,20 euros, mars 2008.

3 commentaires:

  1. Ta chronique donne, en tout cas, l'envie de tenter l'aventure!

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  2. Je ne sais pas si c'est le meilleur Teulé, car je n'en ai lu aucun, mais c'est peut-être le plus soft !

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  3. Je n'ai pas été emballé non plus; j'ai trouvé ce livre gentillet, finalement, au-delà de quelques petits gags sur les noms des personnages. Je m'attendais à quelque chose de nettement plus cruel...

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