dimanche 19 août 2012

Un jour, David Nicholls


15 juillet 1988. Emma et Dexter se réveillent dans les bras de l'autre après une nuit alcoolisée. Elle, arborant un look négligé et d'épais binocles, est une intellectuelle idéaliste et engagée qui tente de masquer son manque d'assurance par un verbe volontiers sardonique. Lui, beau spécimen emblème du carpe diem, est issu d'un milieu aisé et ne sait pas vraiment où il se dirige et, à vrai dire, il s'en moque, son seul objectif étant de « S’ÉCLATER ». Cette nuit du 15 juillet 1988 sera le début d'une longue histoire, d'amitié tout d'abord, parfois de rancœur et de regrets, mais surtout, d'un amour à toute épreuve. Année après année, Em et Dex vont évoluer, rencontrer tour à tour succès et échecs. Et leurs destins, une fois croisés, seront entremêlés pour toujours.

Particulièrement enthousiaste de prime abord à l'idée de découvrir ce livre, beau succès en librairie outre-manche, je n'ai malheureusement pas été aussi séduite qu'escompté par cette histoire d'amour mignonne, mais qu'on attend de voir se réaliser un peu (trop) longtemps.

A la fois force et faiblesse de ce roman, la structure se trouve être, tout d'abord, intelligente et originale. Comme le titre l'indique, chaque chapitre relate une journée, la même de chaque année : le 15 juillet. Sur presque deux décennies, on retrouve Emma et Dexter lors de cette même date, qui montre au fur et à mesure l'évolution de leur situation personnelle, professionnelle et de leur relation. Le procédé est intéressant, très cinématographique – peut-être ce pourquoi il a été ensuite porté à l'écran. Mais ces nombreuses ellipses sont parfois frustrantes pour le lecteur, qui souhaiterait assister à certaines étapes importantes de la relation entre Em et Dex, et auxquelles l'auteur fait seulement allusion, ce qui démunit le récit de spontanéité et donc, d'un certain charme. Le rythme narratif qui en découle est assez inégal. Certains chapitres captent aisément le lecteur alors que d'autres regorgent de détails ennuyeux qui ralentissent et alourdissent la progression du récit. S'essoufflant à plusieurs reprises, celui-ci aurait, à mon avis, gagné à être plus condensé. C'est, par ailleurs, l'impression que j'ai eue en visionnant après ma lecture l'adaptation cinématographique de Lone Scherfig, qui se focalise sur les moments cruciaux et le rend plus digeste que le livre. Regrettable, donc, car le matériau de base était prometteur et aurait pu être davantage peaufiné. David Nicholls parvient cependant à surprendre son lecteur à plusieurs reprises, notamment par la fin de son roman, très inattendue et qui m'a particulièrement touchée. L'auteur alterne subtilement légèreté et drame, et saupoudre son récit d'humour et de dialogues bourrés d'ironie et de cynisme, qui m'ont tantôt fait sourire, tantôt laissée de marbre.
Contrebalançant cet aspect mitigé, les personnages d'Emma et Dexter sont, quant à eux, l'âme du roman. Leur personnalité, radicalement différente, les rend très attachants, car sous les apparences bourrue d'Emma et insouciante de Dexter, ce sont deux personnes pleines de fragilités et d'incertitudes. David Nicholls réussit à les rendre très vivants, et vrais, car chacun évolue avec ses forces, ses faiblesses, ses rêves et ses doutes. Les choses ne se déroulant pas toujours comme ils le souhaiteraient, Em et Dex perdent peu à peu les illusions de leur jeunesse. Car leurs routes ne coïncident pas toujours, à l'image du labyrinthe où se retrouvent Em et Dex au mariage de Tilly – symbolique assez poétique, le labyrinthe représentant les chemins différents que les deux personnages s'apprêtent à prendre et les détours de l'existence qui vont les séparer un temps, puis les rapprocher lors de diverses intersections. Les personnages secondaires sont, en revanche, moins attrayants et souvent caricaturaux, comme Ian, pour citer un exemple, balourd loser plutôt agaçant. De même, la psychologie des personnages, un peu grossière, manque généralement de finesse.

En conclusion, ce Un jour, qui s'étale en fait sur vingt ans, est une petite déception me laissant sur ma faim. David Nicholls signe ici un roman certes, imparfait, mais grâce auquel on passe néanmoins un bon petit moment. A mettre, par exemple, dans sa valise pour voyager cet été.

Un jour, David Nicholls, Belfond, 22,30 euros, février 2011.
Existe aussi en poche chez 10/18.

3 commentaires:

  1. C'est un roman qui me tentait bien. Je n'ai pas pu le lire mais j'ai acheté le film que je n'ai toujours pas vu d'ailleurs ;-)

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    1. Ce n'est, après tout, peut-être pas plus mal ! J'ai vraiment eu une bonne surprise avec le film, plus qu'avec le roman. J'ai trouvé qu'il rassemblait le meilleur du livre et élaguait au contraire les longueurs. De plus, le scénario étant écrit par David Nicholls lui-même, le film est très fidèle au livre, et l'essence, intacte.
      N'hésitez donc pas à nous donner votre avis une fois le film visionné, je suis curieuse d'avoir les impressions de quelqu'un qui n'a pas lu le roman avant. :)

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  2. Il ne me tentait pas de prime abord, même si je pense que l'angle narratif choisi par l'auteur est intéressant...

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