dimanche 5 août 2012

Le Deuxième Été, Ann Brashares


Un an s'est égrené depuis l'été de leurs quinze ans. Lena, Bridget, Tibby et Carmen s'apprêtent ainsi à accueillir un nouvel été, impatientes de ressortir le jean magique. Mais tout ne se déroulera pas exactement comme prévu... Cette année, en effet, les rôles s'inversent. Seule Tibby quitte Bethesda dans le but de suivre un stage de cinéma à l'université de Virginie, tandis que les trois autres amies restent dans leur ville natale où elles espèrent trouver un job d'été. Alors que Carmen se fait baby-sitter pour des voisins, Lena est embauchée dans une boutique de mode et Bridget, qui devait chercher du travail avec elle, prend finalement la poudre d'escampette sur un coup de tête et se rend en Alabama chez sa grand-mère, Greta, qu'elle n'a pas revue depuis son enfance. Ce deuxième été, placé sous le signe de l'imprévisible, réserve bien des surprises aux quatre filles et à leur jean fétiche.

Si ce second tome peine à prendre son envol dans les premiers chapitres, il promet néanmoins de belles aventures et bon nombre d'évènements inattendus ! Car, si les filles ont chacune un projet à l'origine, leurs plans vont vite se trouver chamboulés. Première concernée : Bridget, qui part subitement pour l'Alabama. De même, Carmen doit faire face à une situation déroutante ; après des années de célibat, sa mère est retombée amoureuse. Et la Grèce, qui ne l'a jamais quittée, frappera à la porte de Lena...

Mais ce deuxième été est également celui de la maturité. Nous avions, à la fin du premier tome, quitté les quatre adolescentes déjà grandies. Néanmoins, on constate une nette évolution des personnages dans ce volume, les quatre filles franchissant un pas important sur le chemin qui les mène à l'âge adulte. Au fil des pages, chacune d'entre elles va devoir faire face à des révélations douloureuses, des déceptions, de tragiques accidents et surtout, se confronter à son passé. Autant d'obstacles à braver et sur lesquels elles trébucheront parfois.
Dans un premier temps, Tibby oscille entre l'image qu'elle voudrait donner d'elle-même afin de plaire à Alex, un camarade désinvolte et rebelle du stage de cinéma dont elle s'est entichée, et la Tibby véritable, l'amie de Bailey et de Brian. Au cours de cette drôle de phase, elle va perdre de vue ses principes, ce en quoi elle croit, et ce qu'elle est profondément. Et c'est un désastre complet. Blessant les personnes qu'elle chérit le plus, c'est une fois au fond de l'abîme qu'une soudaine prise de conscience l'assaille. Pour se retrouver elle-même et regagner l'estime de ses proches, l'unique solution est de rouvrir les déchirures du passé, pour refermer ensuite définitivement ces blessures.
Quant à Bridget, radicalement transformée depuis son aventure à Bahia l'été dernier, elle a totalement cessé de pratiquer le football et arbore une chevelure brune factice et quelques kilos en plus. Dans la petite ville d'Alabama, lieu de ses vacances lorsqu'elle était enfant, Bee va se reconstruire petit à petit, et réapprendre à vivre à son rythme. Employée par Greta pour réaménager le grenier, elle n'a guère d'autre choix que de plonger dans les cartons de sa défunte mère, et se retrouve face à son passé, à la douleur de cette perte qu'elle doit accepter pour se retrouver, enfin. Semblable à un animal blessé recueilli et soigné par Greta, Bridget, détruite, est d'une extrême fragilité, et son apprentissage lent et douloureux. Son évolution est donc poignante, Ann Brashares décrivant avec finesse sa progressive renaissance.
Enfin, Lena expérimente des sentiments très extrêmes durant ce deuxième été. Elle met, comme à son habitude, un temps assez long à reconnaître l'erreur qu'elle a commise en rompant avec Kostos pendant l'année et à s'avouer ses sentiments. Et la situation se corse lorsque le concerné débarque à Washington à l'occasion d'un stage professionnel... Osera-t-elle finalement prendre son courage à deux mains ? Ann Brashares partage des scènes singulièrement émouvantes qui nous font découvrir une nouvelle Lena, changée, plus sûre d'elle et qui se laisse (enfin !) aimer, même si cela la rend plus vulnérable. Mais après s'être laissée apprivoiser pour la première fois et avoir ouvert son âme, la terre s'ouvre sous ses pieds, et son cœur se brise. Le personnage de Lena évolue considérablement dans ce volume, et de manière très positive. La jeune fille fragile et indécise se métamorphose ici en jeune femme courageuse, confiante, qui cesse de se tourmenter pour s'autoriser à être heureuse. Tel un papillon qui sort de sa chrysalide, et prend son envol, un peu hésitant au début, mais qui ose malgré tout. Seul bémol, j'ai été un peu déçue par la tournure des évènements à la toute fin, que j'ai trouvée hâtive et saugrenue.

L'identité et sa construction sont, par conséquent, les mots-clefs de ce deuxième volume. Les quatre amies apprennent à mieux se connaître et à s'accepter telles qu'elles sont, malgré des tâtonnements et des erreurs – dont elles tirent toutefois des leçons. Nombreuses sont les scènes où l'émotion et la sensibilité affleurent. Je pense notamment à deux scènes fortes, la première où Bee s'effondre de douleur dans la boue, la seconde où Tibby se rend sur la tombe de Bailey, sorte de catharsis, de retour aux sources et à la terre. Ce tome est, par ailleurs, plus sérieux que le précédent, l'humour s'y faisant plus rare.
Ainsi, après un début un peu maladroit, la série retrouve son souffle dans la seconde moitié du roman, les rebondissements s'enchaînant par la suite à toute allure. L'épilogue, empli de mélancolie, clôt le livre sur une belle image : les quatre amies penchées sur une vieille photographie de leurs mères, alors liées par une solide complicité, et toutes vêtues d'un jean. Ann Brashares signe décidément une très belle fresque de l'adolescence et de l'amitié.
Un deuxième été qui donne envie de se jeter sur le troisième pour le dévorer sans attendre.

Quatre filles et un jean : Le Deuxième Été, Ann Brashares, Gallimard Jeunesse, octobre 2009.
Existe aussi en poche au pôle Fiction, Gallimard.

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